Salaire minimum : trop, c’est comme pas assez

Encore une fois, l’actualité me force à vous offrir un extrait de mon livre…

(Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

Imaginez-vous PDG d’une PME qui emploie des travailleurs payés au salaire minimum. Quelle serait votre réaction si on vous annonçait que celui-ci va passer graduellement de 10,75 $ à 15 $ de l’heure ?

Lundi matin, au bureau, vous diriez probablement à vos employés : « écoutez les gars, il va falloir que je réduise les heures de certains d’entre vous. Je n’ai pas le choix, puisque le gouvernement vient de hausser le salaire minimum. Ce qui signifie que vous me coûtez tous, du jour au lendemain, 33 % plus cher. Malheureusement, nos profits n’ont pas miraculeusement augmenté de 33 % du jour au lendemain. Je dois donc couper vos heures afin que le total de vos salaires demeure à peu près le même, en proportion de nos ventes. Sinon, on court vers la faillite. C’est malheureux, et moi-même je devrai probablement passer plus de temps ici afin de pallier les heures que vous ferez en moins, mais je n’ai pas le choix. »[1]

Voilà pour l’aspect « économie 101 » que les nombreux – et de plus en plus bruyants – partisans d’un salaire minimum à 15 $ semblent oublier.

Les travailleurs qui conserveront leur emploi après une telle mesure seront heureux, bien sûr, mais ceux dont la productivité ou l’expérience ne justifie pas un salaire de 15 $ l’heure, non. C’est comme si on disait à ces gens, souvent des étudiants ou des travailleurs sans expérience : il est désormais interdit par la loi d’offrir vos services contre un salaire moindre que 15 $ l’heure.

Imaginons une échelle, dans laquelle on grimpe comme on grimpe les échelons du marché du travail. Hausser le salaire minimum revient à éliminer le premier barreau, celui qui permet d’entrer sur ce marché et d’acquérir sa première expérience. Pour embarquer sur l’échelle, il faudra désormais atteindre un barreau encore plus haut, que la plupart des « petits » seront incapables d’atteindre.

Quel sera alors le « juste » salaire pour les gens au bas de l’échelle? Difficile à dire. Seul le marché, beaucoup plus que les politiciens, est à même de le déterminer. On a d’ailleurs vu cette fameuse « main invisible » à l’œuvre récemment aux États-Unis. Les géants Walmart, McDonald’s et Target ont tous annoncé des hausses du salaire de base pour leurs employés. La raison? La main-d’œuvre de qualité commence à se faire rare dans cette industrie, et les gros joueurs se font concurrence pour l’attirer chez eux et la retenir.

Attention aux robots

Aujourd’hui, une autre menace pèse sur les travailleurs sans grande expérience ni qualification : la robotisation. Les innovations technologiques s’améliorent constamment et coûtent de moins en moins cher. Désormais, une entreprise peut remplacer ses employés qui exécutent des tâches simples par des robots qui coûteront, à terme, moins cher. Les caisses automatisées dans les supermarchés en sont un bon exemple, tout comme les écrans tactiles qui permettent d’acheter son billet et ainsi d’éviter la file au comptoir du cinéma.

Dans les chaînes de restauration rapide, les salaires représentent près du tiers des coûts de l’entreprise. En conséquence les « burger-flipping robots », capables de cuire, de préparer et d’emballer un hamburger en quelques secondes, deviennent des options de plus en plus intéressantes pour les patrons, surtout lorsqu’ils tablent sur une hausse importante salaire minimum, rapportait le Washington Post l’an dernier.

On souhaite tous améliorer le sort de nos concitoyens, et une augmentation significative du salaire minimum va dans ce sens. Mais doubler le salaire minimum (comme certains le souhaitent aux États-Unis), ou le faire grimper à 15 $ comme ici au Canada, risque de causer plus de tort que de bien à ceux qu’on cherche à aider : les travailleurs en bas de l’échelle.

MON LIVRE « L’ARGENT DES AUTRES » EST DISPONIBLE EN LIBRAIRIE DEPUIS LE 26 JANVIER, OU ICI: (VERSION PAPIER ET ÉLECTRONIQUE)

L'argent des autres

[1] Inspiré d’une lettre envoyée il y a plusieurs années à Donald Boudreaux, professeur à George Mason University, qui l’avait publié sur son blogue Cafe Hayek.

 

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