Qui défend le consommateur?

Maxime Bernier a perdu son pari de gagner la chefferie du PPC en défendant les consommateurs contre le lobby agricole et la gestion de l’offre. Malheureusement pour lui (et pour les consommateurs), il était pas mal seul. Ce n’est pas nouveau: dans l’espace public, on préfère défendre les lobbys plutôt que les consommateurs.

Qui défend le consommateur?

(Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

Les discussions qui entourent un accord de libre-échange avec un autre pays sont loin d’être un sujet excitant à suivre. Pourtant, si vous y portez attention, vous remarquerez quelque chose d’intéressant : personne ne vous défend, vous, le consommateur.

Quand journalistes ou politiciens parlent de « nos » intérêts dans un accord, c’est presque toujours l’impact sur les entreprises d’ici. Est-ce que ça va être bon pour « nos » producteurs de lait, ou de fromage? Pour « nos » taxis. Pour « nos » entreprises manufacturières? Pour « nos » compagnies qui profitent en ce moment des lucratifs contrats des villes et des gouvernements?

Syndrome de Stockholm

Pourtant, la gestion de l’offre par exemple — un amas de quotas et tarifs douaniers (atteignant parfois 300 %) qui supprime la concurrence et fait grimper le prix du lait, des œufs et du poulet dans nos supermarchés — profite certes à des producteurs. Mais elle coûte cher à l’ensemble des consommateurs québécois. C’est une taxe régressive, qui frappe plus durement les pauvres.

Ce qui agace, c’est qu’on regarde toujours ce type de négociation commerciale sous l’angle des entreprises ou industries directement touchées. Au lieu de se demander si telle ou telle politique profiterait à la majorité des citoyens. Les taxes et tarifs à la frontière sont là pour protéger des groupes particuliers d’entreprises (et sont souvent le résultat de lobbying intense de la part de ces entreprises). Si ces tarifs disparaissaient, ces entreprises seraient forcées de s’ajuster. Mais l’ensemble des consommateurs y gagnerait.

Dans une étude, le Sénat dévoilait que le fédéral récolte 3,6 milliards $ en tarifs à la frontière chaque année. Sur des produits qui vont des pièces automobiles, à une paire de gants ou de culottes de hockey. Comme l’écrivait le chercheur Mark Milke, de l’Institut Fraser, c’est comme si le gouvernement vous imposait une taxe de 18 % sur l’équipement de hockey de votre garçon. Il le fait, mais comme la taxe n’apparaît nulle part, personne ne se plaint.

Le pire, c’est que beaucoup de gens aiment défendre les monopoles et cartels qui les font payer plus cher… en autant que ces monopoles soient publics, et frappés de l’estampe du gouvernement! Comme le disait avec un brin de sarcasme le professeur Stephen Gordon sur Twitter : si vous voulez mettre fin aux plaintes des consommateurs concernant les prix élevés de leur facture de cellulaire, vous n’avez qu’à créer une entreprise d’État, lui donner un monopole, et doubler les prix…

La chaise vide

C’est un peu la même histoire avec le contribuable québécois. Où est-il lorsque le gouvernement négocie avec les syndicats du secteur public? Qui le représente lors des renouvellements des conventions collectives? Quand le gouvernement décide de subventionner à coups de millions de dollars une entreprise? Pas surprenant que le contribuable passe au cash à chaque fois — d’un côté vous avez un groupe d’intérêt qui cherche à maximiser les gains pour ses membres, et de l’autre, des politiciens qui ne dépensent pas leur propre argent et qui souhaitent avant tout acheter la paix.

Celui qui paye au final, que ce soit le contribuable ou le consommateur, n’est jamais invité à la table de négociation.

 

MON LIVRE « L’ARGENT DES AUTRES » EST DISPONIBLE EN LIBRAIRIE DEPUIS LE 26 JANVIER, OU ICI: (VERSION PAPIER ET ÉLECTRONIQUE)

L'argent des autres

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