Les orgasmes multiples

(Tiré de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca)

Avez-vous le sentiment que la crise financière de 2008 est loin derrière nous? Qu’un tel événement ne risque pas de survenir de nouveau? C’est une erreur, pour la simple raison que nous n’avons tiré aucune leçon de cette crise.

C’est l’impression que j’ai après avoir lu Mastery, de George Leonard. Dans son livre (publié en 1992), ce professeur d’Aïkido trace la voie à suivre pour maîtriser un art, un sport, un métier. Pour atteindre un but.

Le lien avec l’économie? L’auteur fait l’éloge de la pratique. De l’effort patient, sans préoccupation pour les résultats immédiats. Appréciez le long chemin et les plateaux durant votre apprentissage, explique-t-il. C’est la clé du succès.

Quel contraste avec notre façon de vivre! Notre société de consommation, écrit Leonard, livre une guerre sans merci contre cette manière patiente de réussir. Notre vie s’organise autour d’un système économique qui exige toujours plus de dépenses. On nous bombarde d’une quantité infinie de biens de consommation, dont le marketing se base sur un climax, un point culminant qu’on atteint rapidement. « La famille réunie qui voit l’adorable enfant souffler les chandelles. L’athlète qui gagne la course. Les beaux et jeunes adolescents qui sautent d’excitation autour d’une canette de cola froide. Des hommes qui travaillent seulement quelques secondes et ensuite, c’est Miller time! »

La vie à son meilleur, selon ces publicités, est une série sans fin de climax. D’orgasmes multiples. Au diable l’effort et la patience. Votre fantaisie la plus folle peut se réaliser tout de suite, sans effort. Les climax se succèdent. Les orgasmes matériels s’empilent. Vite, une autre shot de gratification instantanée!

Mais les génies du marketing se gardent bien de vous dire que la poursuite de l’orgasme incessant peut mal se terminer…

Coït interrompu

Dans son livre sur la crise économique (Boomerang), le journaliste Michael Lewis cite le maire de San Jose, en Californie, dont la ville frôle la faillite. « Ce n’est pas une coïncidence si les dettes des États et des villes sont devenues hors de contrôle en même temps que celles des citoyens, dit-il. Les Américains, des riches aux plus pauvres, ont été conditionnés à s’approprier le plus qu’ils peuvent, sans penser aux conséquences à long terme. »

La crise financière, celle des hypothèques subprime, l’orgie du crédit, la bulle immobilière, tout ça vient en partie de cette mentalité. S’enrichir en peu d’efforts. En flippant des maisons, en prêtant des sommes immenses à des gens qui n’en ont pas les moyens, ou en maquillant les résultats de l’entreprise. Faire des millions en quelques secondes procure un gros climax… Même si on n’ajoute aucune valeur à l’entreprise ou à l’économie.

Est-ce un hasard si deux Canadiens sur trois ne contribuent pas à leur REER? Que l’endettement des Québécois a doublé depuis le tournant des années 2000? Que de moins en moins de gens épargnent pour leur retraite? Un hasard si nos gouvernements, poussés par les électeurs, font la même chose depuis 40 ans?

Vous pensez que la crise de 2008 a changé quoi que ce soit à nos habitudes? Je lisais récemment que Depuis 2007, les prêts automobiles ont quadruplé au Canada (de 16,2 G$ en 2007 à environ 64 G$ en 2013), ce qui placerait les consommateurs et les banques dans une situation délicate si l’économie venait à ralentir. Il n’est pas étonnant que l’industrie automobile canadienne se soit aussi bien relevée de la crise. La majeure partie de la récente hausse des dettes de consommation provient des prêts automobile, dont on peut maintenant échelonner les paiements sur huit ans!

Coup de barre

Malgré les balbutiements de reprise économique, cette mentalité demeure. Les citoyens et les gouvernements devront la mettre aux poubelles un jour ou l’autre. Sinon une crise attendra l’autre, à des intervalles de plus en plus courts.

Mais que nous changions de cap ou non, dans l’immédiat, il faut payer les excès des dernières années. Avant de réapprendre à vivre selon nos moyens, à tempérer nos désirs, il faudra accepter de payer la facture du dernier party. Quitte à jouir un peu moins souvent.

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L’ennemi commun

(Tiré de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca)

Au Québec, il faudrait garder une chose en tête : à droite comme à gauche, on se bat contre le même monstre.

Je ne parle pas de tel ou tel politicien. Je parle du capitalisme de copinage.

J’ai lu « A capitalism for the people », de l’économiste d’origine italienne Luigi Zingales. Ses écrits pourraient s’appliquer au Québec, et à beaucoup de pays riches.

Traditionnellement, écrit-il, le spectre politique américain a toujours été divisé entre un côté pro-business, qui apprécie le rôle des incitations économiques et de la concurrence, et un côté anti-business. Qui lui, voit l’entreprise soit comme une cible à abattre, soit comme une vache à traire, pour citer Churchill.

Mais ces différences idéologiques se sont gommées avec le temps, poursuit l’auteur. Et les deux côtés ont conspiré et se sont mis d’accord pour trouver qui allait jouer le rôle de la vache à traire : le contribuable. Aujourd’hui, plusieurs pro et anti-business endossent ce mariage entre entreprises et gouvernement. Le fossé sépare maintenant ceux qui profitent de cette union perverse, et ceux qui en sont exclus.

Capture de l’État

Nous vivons à l’ère du capitalisme de copinage (crony capitalism). Celui où on privatise les profits des banques, tout en refilant les pertes aux contribuables.

Celui où les grosses entreprises dépensent des millions en lobbyistes pour acheter les politiciens. Et pour faire jouer les règles en leur faveur. (Comme ériger des barrières aux produits concurrents étrangers, ou se partager des contrats gouvernementaux à prix gonflés.)

Celui où syndicats, bureaucratie et autres groupes d’intérêt échangent des votes contre des privilèges et des subventions à la pelle.

C’est la capture de l’État par les groupes d’intérêt — qu’ils soient de droite ou de gauche. Et ceux-ci se foutent bien qu’on endette à mort la prochaine génération.

Le gros bon sens

Zingales défend le libre marché. Ses écrits rejoignent pourtant ceux du mouvement Occupy, qui a beaucoup fait parler de lui aux États-Unis et à Montréal. Une déclaration de ce mouvement, entre autres, se lisait : « Nous ne sommes pas contre les riches, mais contre ceux qui utilisent leur richesse pour acheter des privilèges. Pas contre les entreprises, mais contre le fait qu’elles nous gouvernent. Pas contre le capitalisme, mais contre sa corruption. Pas contre les banques, mais contre leurs pratiques frauduleuses. Pas contre la haute finance, mais contre ses fraudes légales. Nous ne sommes pas contre la démocratie, mais contre le fait que nos élus sont à vendre. »

Qui s’oppose à ce discours?

On risque de s’obstiner encore longtemps sur les solutions. Certains veulent plus de gouvernement pour corriger la situation. D’autres veulent moins de gouvernement — un retour vers le vrai capitalisme. Enfin, il y a ceux qui croient qu’en plaçant au pouvoir la bonne personne, le système va se nettoyer.

Mais à part les extrémistes de chaque côté, on se bat tous, grosso modo, contre le même monstre.

Gardons cela en tête en buvant notre bière autour du BBQ cet été, ou en mangeant nos guimauves autour du feu.

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Pourquoi avez-vous droit à juste 1$ de baisse d’impôt par semaine?

Si vous vous demandez pourquoi, après le budget d’hier, vous n’avez droit qu’à l’équivalent de 1$ par semaine de baisse d’impôt de la part de notre cher gouvernement libéral, malgré des milliards $ en surplus, voici une piste de réponse:

(Tiré de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca)

 

Cul-de-sac à droite

Dans mes écrits, j’ai souvent le réflexe de défendre les contribuables contre le gaspillage de leurs impôts. Et contre le détournement de ceux-ci vers des groupes organisés. En faisant cela, j’ai l’impression naïve de parler à l’ensemble de la population. Mais quand je regarde les statistiques fiscales de plus près… Oh boy! Je réalise que je parle à peu de monde, finalement.

Dépendants de l’État

La moitié des Québécois ne payent aucun impôt, ou très peu (et peu de taxes, si on tient compte des remboursements de TPS/TVQ). L’État gaspille? Bof, c’est pas moi qui paye. Parmi l’autre moitié, plus d’un sur cinq travaille pour l’État (fédéral, provincial ou municipal). Et il y a aussi tous ceux dont le salaire dépend en tout ou en partie des subventions ou du monopole que leur confère le gouvernement, ou ceux qui ont le gouvernement comme principal client de leur entreprise.

(Ajoutons à cela le nombre croissant de baby-boomers à la retraite, qui ne payent plus d’impôt ou presque et qui exigent plus de services, notamment en santé.)

Si tous ces gens veulent préserver leurs revenus ou l’augmenter, ils vont souhaiter que l’État dépense plus, pas moins. Ne généralisons pas, mais une bonne partie va voter pour le politicien qui promet de dépenser plus et s’endetter davantage. (Soyons honnêtes, on ferait la même chose à leur place.)

Pour une bonne partie des électeurs québécois, le message de la droite, ou des « défenseurs des contribuables », passe dans le beurre.

Comment en sommes-nous arrivés là? Le mot magique : endettement. Les politiciens aiment dépenser pour s’acheter des clientèles et des votes. Mais pour dépenser, ils doivent d’abord taxer. Or, si l’État taxe trop, les contribuables vont se plaindre, ou n’auront plus d’argent. Comment contourner le problème? En s’endettant. Quelque 7 milliards $ par année en moyenne, depuis 40 ans. Celui qui va payer la facture peut difficilement se plaindre — il n’est même pas né! À l’aide de sa carte de crédit, l’État a accroché un nombre croissant de citoyens à ses mamelles.

Comme aime répéter Deric, un lecteur sur mon blogue, la droite n’a aucune chance face à la gauche et son slogan : « recevez maintenant, vos enfants paieront. »

Méchants et Gentils

Dans ce contexte, un parti politique « de droite », qui représente les intérêts de ceux qui veulent un État qui dépense moins, et mieux, n’a presque aucune chance au Québec.

Comme si ce n’était pas assez, la droite se fait planter sur le terrain des communications. Pour vendre ses idées, la droite parle au cerveau. La gauche parle au cœur. La droite peut trouver les meilleurs arguments du monde, mais la gauche a de bonnes intentions, et c’est tout ce qui semble compter. Elle veut aider les pauvres. La droite connaît peut-être un meilleur moyen de les aider, ces pauvres, mais on se méfie de ses intentions (c’est sûrement pour enrichir les riches!) Les méthodes de la gauche ne fonctionnent pas? Pas grave! Elle a de bonnes intentions

Résultat : la gauche gagne tous les concours de popularité. Et ce, même quand les faits ou les chiffres contredisent son discours. Les gens de droite ont pourtant autant de compassion, sinon plus. Mais un gros travail de relations publiques les attend.

Mettez tout ça ensemble, et bonne chance pour réformer le Québec!

Le plus ironique : ces réformes de droite — dégraissage de l’État, réduction de la fonction publique, moins de subventions — vont se produire. Et plus rapidement qu’on pense. Mais elles ne viendront pas d’idéologues ou de politiciens. Elles nous seront imposées de l’extérieur. Quand les taux d’intérêt vont se mettre à grimper, et avec eux le service de la dette de l’État.

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Comment se fera l’atterrissage immobilier?

(Extrait du livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

Le marché immobilier canadien va-t-il se dégonfler en douceur ou en catastrophe? On peut en débattre. Mais une chose est certaine : l’économie canadienne — et québécoise — va en souffrir.

Près de la moitié (45 %) de la croissance du PIB depuis 2000 au Canada peut être attribuée directement aux industries de la construction. Et à celles qui gravitent autour (finance, assurance, immobilier, etc.) C’est le constat que faisait récemment l’analyste Ben Rabidoux, président de la société de recherche North Cove Advisors.

C’est l’immobilier et la construction qui a tiré l’économie ces dernières années. Et qui, conjugué à notre surconsommation et notre endettement record, nous a permis de passer à travers la dernière crise. Mais tout ce que l’économie canadienne a fait, c’est acheter du temps. Sacrifier demain pour éviter de payer aujourd’hui. Or, demain s’en vient. Et ce même marché immobilier — avec ses effets d’entraînement sur une foule d’industrie —, risque d’envoyer l’économie au tapis. Si les dominos commencent à tomber, nul ne sait où ils s’arrêteront.

Sur son blogue, Rabidoux calculait que le pourcentage de la population active employé dans la construction est de 7,3 % au Canada (en forte hausse depuis le début des années 2000) comparé à 4,2 % aux États-Unis. « Attendez-vous à ce que l’investissement résidentiel et l’emploi dans la construction deviennent des freins à la croissance du PIB à partir de maintenant », écrit-il.

La Banque complice

Quelqu’un est-il surpris? Depuis 10 ou 15 ans, le prix des maisons a explosé dans plusieurs villes du Canada. Même à Montréal et Québec, les prix sont à des niveaux qui n’ont aucune mesure avec la hausse des salaires pendant la même période. Pourquoi? Parce que cette bulle a été gonflée au crédit. La dette personnelle des Canadiens bat un record tous les trimestres, et dépasse aujourd’hui celle des Américains avant leur effondrement immobilier. De plus, selon la Banque du Canada, la part des marges hypothécaires du crédit à la consommation a monté en flèche, ce qui rend plusieurs Canadiens vulnérables à une hausse des taux d’intérêt.

Ça peut durer longtemps, une bulle. Mais ça finit toujours par dégonfler. Ou éclater.
Les avertissements de la Banque du Canada, et les nouvelles règles hypothécaires du gouvernement, arrivent trop tard. C’est d’ailleurs cette même banque qui a contribué à gonfler la bulle, en maintenant artificiellement bas les taux d’intérêt. Certains diront qu’elle n’avait pas le choix. Mais du coup, elle a stimulé la surconsommation, l’endettement et les bulles spéculatives.

Que fait-on quand les taux d’intérêt (et par ricochet, les taux hypothécaires) sont bas? On s’endette pour acheter une maison. On prend une marge de crédit et on achète une auto. Épargner? Vous voulez rire… Quand un certificat de placement rapporte 1 %? Non merci.

Mais la route vers une véritable reprise économique passe par l’épargne, non par la consommation. Les Canadiens doivent nettoyer leur bilan. Cesser de consommer à crédit, et épargner. Ce sera dur pour l’économie à court terme, mais c’est l’inévitable chemin de croix par lequel nous devons passer. Retarder cet ajustement ne fait qu’empirer les choses.

Nous avons longtemps festoyé à crédit. Par conséquent, préparons-nous, au minimum, à un sérieux mal de tête dans les années à venir.

(Extrait du livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

 

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Si Robin des Bois vivait au Québec

Je me suis loué le film Robin des Bois. Je ne cours pas les films de superhéros, vraiment pas. Mais celui-là est différent. Pertinent. En fermant la télé je me suis dit : le Québec a besoin d’un Robin des Bois.

Rectifions d’abord la légende. On croit à tort que Robin des Bois prenait aux riches pour donner aux pauvres. Trop simpliste. Robin des Bois défendait la propriété privée. Il se battait pour la liberté pour tous de jouir, en vertu de la loi, du fruit de son travail. Il décochait ses flèches pour permettre aux citoyens – riches et pauvres – de protéger leur terre et leur argent de leur vol par le roi et ses percepteurs d’impôts. Son ennemi, c’était l’État. Celui dépensier et boulimique. Celui qui, lâchement, préfère fouiller plus profond dans les poches du peuple plutôt que de réduire ses trop nombreux fonctionnaires et ses dépenses, souvent somptuaires.

Ça vous rappelle quelque chose?

Pas de doute, le Québec a besoin d’un Robin des Bois. Imaginons un peu ce qu’il ferait s’il vivait parmi nous…

Il irait, au galop, détrousser le « ministère des Subventions » et rapporterait au peuple les milliards que l’État pige dans nos poches pour donner en cadeau aux grandes entreprises. Il ferait même un détour à cheval, région par région, pour nous redonner nos impôts que les administrateurs de programmes comme le « Fonds vert » distribuent scandaleusement à leurs copains.

Robin des Bois et sa bande iraient terroriser les commissaires scolaires en « réunion » sur leur terrain de golf. Ils dévaliseraient les coffres bien remplis des centrales syndicales, plus préoccupées par le bien-être de leurs dirigeants que par celui de leurs membres.

Robin des Bois sèmerait la pagaille au ministère de l’Éducation. Pourchassé par des milliers de bureaucrates, il s’enfuirait à cheval avec un gros sac contenant le budget du ministère, et le rapporterait à ses légitimes propriétaires : les citoyens et les écoles de leur quartier. Nos enfants s’en porteraient mieux.

Et pour vous, milady contribuables désirant qu’on dépense vos impôts de façon responsable, imaginez le beau Russell Crowe décocher une flèche au derrière du premier ministre, pour qu’il se décide enfin à faire le ménage dans l’industrie de la construction et le ministère des Transports. Sexy, vous dites?

Nous avons plus que jamais besoin d’un Robin des Bois. Pas pour attaquer les riches. Pour protéger les pauvres et la classe moyenne contre le détournement de leurs impôts au profit des groupes d’intérêts – gros syndicats, grosses entreprises, etc. – et autres profiteurs du système.

Nous avons besoin d’un Robin des Bois pour freiner les excès des politiciens. Excès qui auront tôt fait d’enchaîner nos enfants à une dette écrasante, tout en étouffant leurs parents avec d’incessants nouveaux impôts et taxes.

Nous avons besoin d’un Robin des Bois pour nous défendre contre notre propre gouvernement.

Que d’évolution depuis le Moyen-Âge…

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Essence : se fait-on avoir?

(Extrait de mon livre L’argent des autres)

« Ost%&@ d’pétrolières! On se fait vraiment fourrer! Vous devez écrire là-dessus, c’est un scandale! »

Je reçois ce genre de message, je dirais, tous les mois. Quand ce n’est pas parce que les pétrolières augmentent leur prix trop vite, c’est parce qu’elles le diminuent trop lentement…

Mais vous êtes-vous déjà demandé quelle partie du litre d’essence pouvait vraiment descendre? Car voyez-vous, sur un litre d’essence vendu 1,00 $ à Montréal, il y a 49,5 cents de taxes, dont 36,4 cents de taxes fixes (si on inclut 4,2 cents de taxe issue du marché du carbone, et refilé aux consommateurs par les entreprises). Des taxes qui ne bougent pas, peu importe les fluctuations du prix du baril de pétrole.

Ensuite, nos gouvernements perçoivent de la TPS et de la TVQ sur le coût de l’essence plus les taxes fixes. Et oui, ils « taxent des taxes »!

Ce qui fait qu’on se retrouve, lorsque le prix au litre est affiché à 1 $ à la station-service, à payer la moitié en taxes!

Et évidemment, quand le prix de l’essence augmente, les gouvernements sont contents puisque qu’ils reçoivent encore plus de taxes grâce à la TPS et la TVQ.

C’est vrai que le prix du baril de pétrole sur les marchés mondiaux a beaucoup fléchi récemment. Et plusieurs d’entre vous aimeraient bien voir ceci se refléter au prix payé à la station-service.

Mais comme on vient de le voir, si on veut comparer la baisse du prix du baril à celui de l’essence, il faut la comparer avec la partie du prix de l’essence qui peut baisser.

En faisant cela, on constate que le prix à la pompe a effectivement diminué ces derniers temps, mais pas autant, en proportion, que la dégringolade du prix du baril.

Les prix baissent!

Mais surtout : quand on observe les chiffres avec du recul, on doit conclure, si on compare toujours le prix du baril à celui à la pompe, que les pétrolières nous font plutôt… un bon deal.

Il y a un peu plus de 12 ans (en 1999), quand on craignait que notre toaster allait « boguer » le matin du 1er janvier 2000, le prix du baril (Brent) était aussi bas que 15 $ (comparé à environ 45 $ en 2016). Il a donc augmenté de près de 300 % depuis. L’essence à cette époque coûtait autour de 70 cents le litre, selon une étude de Desjardins. Le prix d’aujourd’hui (aux alentours de 1,10 $) représente donc une augmentation de moins de 60 %. C’est cinq fois moins que la hausse du prix du baril…

Pourquoi? Une foule de facteurs peuvent conspirer. Dont la fluctuation du dollar canadien, les innovations technologiques par les pétrolières, les changements d’habitudes des consommateurs, etc.

Imaginez : si le prix à la pompe avait augmenté aussi vite que celui du baril de pétrole depuis une douzaine d’années, on paierait plus de 2 $ le litre!

Oui, les marges que se prennent les raffineries augmentent parfois de façon drastique sans raison particulière. Oui, les pétrolières essaient d’étirer l’élastique le plus longtemps possible quand le prix du baril diminue. Et oui, les détaillants peuvent aussi décider de se prendre des marges plus élevées de temps en temps.

Mais la réalité des prix de l’essence n’est pas aussi simple qu’elle n’y paraît. Et le « vorace » dans l’histoire n’est pas toujours la méchante pétrolière. C’est aussi, et de plus en plus, le gouvernement.

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La Dernière Partie De Poker

(Un extrait de mon livre L’argent des autres)

J’ai fait un drôle de rêve hier soir.

Il est vingt heures. J’entre dans une pièce mal éclairée. À travers l’épaisse fumée de cigare j’aperçois une table ronde. Une lampe suspendue y éclaire sept têtes. Chacun tient des cartes entre ses mains, l’air soucieux.

La partie de poker se déroule depuis un moment.

Je m’approche sans faire de bruit. J’observe. De gauche à droite, je compte sept joueurs : Mme Crise économique, Gouvernement, Consommateur, Payeur de taxe, Économiste conventionnel, Banquier, et une bibitte étrange – elle possède des cuisses de fermier, des mains d’artistes, le corps d’un PDG d’entreprise et la tête d’un chef syndical. Appelons-la « Groupe de pression ».

Sur le tapis vert de la table, Consommateur et Gouvernement jouent comme des débutants. Ils gaspillent des jetons sans compter, incapables de s’en empêcher.

Après un mauvais bluff, Consommateur perd tous ses jetons. Ça fait trois fois qu’il se ruine, et remprunte à Banquier pour continuer à jouer. Il a déjà mis son auto et sa maison en garantie. « Assez, c’est assez! » Il se lève et quitte la table.

Je me tourne pour regarder Payeur de taxe. Il semble contrarié. Il joue de façon prudente et disciplinée, mais perd des jetons chaque tour. Parce que Gouvernement joue de façon agressive, mais aussi parce que Groupe de pression, assis à côté de Gouvernement, pige dans les jetons de ce dernier et le relance à chaque mise, créant une surenchère. Payeur de taxe est incapable de suivre le rythme.

À ma gauche, Économiste conventionnel est dans le trouble. Sa pile de jetons fond rapidement. Il ne comprend pas. Ses années de recherche lui ont enseigné que plus on dépense de jetons (même si on les gaspille), plus notre fortune grossit, puisque cette dépense entraîne des effets « multiplicateurs ». Confus, il se lève et quitte. Il retourne à sa tour d’ivoire peaufiner ses modèles mathématiques.

Pendant ce temps Mme Crise économique, sourire en coin, accumule les jetons que gaspillent tous les joueurs…

Le joueur le plus détesté, c’est Banquier. Lui, il mise un paquet de jetons à chaque tour, peu importe les cartes qu’il a entre les mains. Il s’en fout. Il sait très bien que son ami Gouvernement va le renflouer s’il perd tout. Mais au tour suivant, il tente un pari beaucoup trop risqué… et perd tout!

Bah! Il se lève, fait un clin d’œil à Gouvernement, et va préparer tranquillement du café.

Soudain, un cri fait sursauter tout le monde. « Lâche mes jetons, parasite! » Gouvernement vient de réaliser que Groupe de pression pige constamment dans sa pile.

Gouvernement place ce qu’il lui reste de jetons bien en vue devant lui, et jure qu’il adoptera dorénavant une façon de jouer plus « austère » d’ici la fin de la partie.

Groupe de pression ne survit pas à cette décision. Il se lève, furieux, et sort protester dans la rue. Il brandit une pancarte sur laquelle on peut lire : « Je mérite plus de jetons! »

Appauvri par l’agressivité de Gouvernement et de Groupe de pression depuis le début de la partie, Payeur de taxe fini par mourir, un deux de pique et un sept dans les mains. Il quitte la table en vociférant contre les autres joueurs : « Vous conspirez tous contre moi! »

La fin de partie approche.

Seuls deux joueurs demeurent à la table : Gouvernement et Mme Crise économique.

Mme Crise économique possède beaucoup plus de jetons que Gouvernement.

Gouvernement, désemparé, lance un coup de fil à Économiste conventionnel dans sa tour d’ivoire. « Vous n’avez qu’un choix, dit ce dernier : bluffer. Il faut faire peur à Mme Crise économique pour qu’elle se couche. Misez tout ce qu’il vous reste. Ce n’est pas le temps d’être radin et de penser à l’avenir. À long terme, nous sommes tous morts. »

Le gouvernement se lance all in. Il pousse tous ses jetons au centre de la table. Et prie.

Mme Crise économique tient une full house entre ses mains.

Le gouvernement, une paire de cinq.

Mme Crise économique va-t-elle se coucher?

À ce moment, je me suis réveillé.

 

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Mami, papi et les banques

Un extrait de mon livre L’argent des autres:

 

Mamie, Papi et les banques

Les parents ou les psys qui s’inquiètent de la prolifération d’enfants-roi devraient jeter un œil sur le monde de la finance. Ils verront ce qui arrive, à long terme, quand on gâte et pourrit ces grands bébés.

Plusieurs scandales ont fait surface ces dernières années. Les milliards $ perdus par la banque JP Morgan, et cachés par ses courtiers. La manipulation des taux d’intérêt (Libor) par plusieurs grandes banques — sous le regard complice du gouvernement, soulignons-le. Et le blanchiment d’argent criminel par la banque HSBC.

Mais doit-on vraiment s’en surprendre? Quand les politiciens décident que les contribuables vont sauver le cul des banques quoiqu’il arrive, cela entraîne des conséquences.

Bébés gâtés

Dans son livre A capitalism for the people, l’économiste Luigi Zingales illustre avec brio ce problème d’« aléa moral ».

Imaginez que vos enfants se comportent mal. Vous essayez de les discipliner, mais chaque fois, leurs grands-parents arrivent et les « sauvent ». Pour acheter la paix, et préserver l’harmonie familiale.

À court terme, leur intervention semble bénéfique. Les enfants sont contents, personne ne pleure, et la belle journée se poursuit. Mais à long terme? On se retrouve avec des enfants gâtés pourris, et des parents malheureux.

Le lien avec la politique? Les grands-parents ont une motivation à gâter leurs petits-enfants, poursuit Zingales : obtenir la gratitude de ces derniers, et la paix temporaire. De plus, mamie et papi ne subiront pas les conséquences à long terme des comportements impunis des enfants. (Puisqu’ils sont rarement à la maison, et qu’ils vont mourir d’ici là).

De la même façon, les politiciens sont heureux de sauver les banques ou les pays qui dépensent trop. Car ils en profitent. C’est rentable politiquement d’avoir une économie qui donne l’impression (artificielle) de bien aller. Les politiciens profitent aussi de la gratitude des banquiers « sauvés », surtout lorsque viendra le temps de se trouver un emploi dans le privé… Et comme les grands-parents, les politiciens risquent peu de souffrir des conséquences à long terme de leur geste. Ils ne seront plus au pouvoir quand ces conséquences se produiront.

De pire en pire

Mais comme avec les enfants, si vous refusez de laisser le marché punir les mauvais comportements financiers, vous ne ferez qu’empirer la situation. Le capitalisme repose sur le principe qu’un individu doit subir les conséquences de ses erreurs. Sinon, jamais il n’apprendra.

La « politique de sauvetage » des banques, note Zingales, a commencé en 1994. Lors du sauvetage de l’économie mexicaine et du Peso. (Et surtout, des banques américaines, qui avaient prêté des milliards à ce pays.) Ce geste — et la promesse implicite de futurs sauvetages — a éliminé la peur chez plusieurs prêteurs et PDG. Grave erreur! La peur est un élément clé pour discipliner les décisions financières, rappelle l’auteur.

Résultat : aujourd’hui, l’aide gouvernementale est une drogue, dont le système financier est accroc, écrit Zingales. Arrêtez de lui en donner, et la panique s’empare des marchés. Sauf que, comme un junkie, le système financier en réclame toujours plus. Jusqu’au jour où ce sera impossible pour l’État de le sauver.

Vous vous souvenez de 2008? On disait qu’il fallait sauver les banques américaines, car elles étaient « trop grosses pour tomber ». Devinez quoi? Quatre ans plus tard, en 2012, elles étaient 23 % PLUS grosses que 5 ans plus tôt, selon le professeur Neil Barofsky, qui a lui-même supervisé le plan de sauvetage des banques en 2008.

On peut réprimander les banques, ou les enfants. Mais tant que les politiciens vont jouer à papi et mamie, le problème va empirer. Un jour ou l’autre, il faudra changer de stratégie. Et laisser le marché sortir la strap.

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