Comment se fera l’atterrissage immobilier?

(Extrait du livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

Le marché immobilier canadien va-t-il se dégonfler en douceur ou en catastrophe? On peut en débattre. Mais une chose est certaine : l’économie canadienne — et québécoise — va en souffrir.

Près de la moitié (45 %) de la croissance du PIB depuis 2000 au Canada peut être attribuée directement aux industries de la construction. Et à celles qui gravitent autour (finance, assurance, immobilier, etc.) C’est le constat que faisait récemment l’analyste Ben Rabidoux, président de la société de recherche North Cove Advisors.

C’est l’immobilier et la construction qui a tiré l’économie ces dernières années. Et qui, conjugué à notre surconsommation et notre endettement record, nous a permis de passer à travers la dernière crise. Mais tout ce que l’économie canadienne a fait, c’est acheter du temps. Sacrifier demain pour éviter de payer aujourd’hui. Or, demain s’en vient. Et ce même marché immobilier — avec ses effets d’entraînement sur une foule d’industrie —, risque d’envoyer l’économie au tapis. Si les dominos commencent à tomber, nul ne sait où ils s’arrêteront.

Sur son blogue, Rabidoux calculait que le pourcentage de la population active employé dans la construction est de 7,3 % au Canada (en forte hausse depuis le début des années 2000) comparé à 4,2 % aux États-Unis. « Attendez-vous à ce que l’investissement résidentiel et l’emploi dans la construction deviennent des freins à la croissance du PIB à partir de maintenant », écrit-il.

La Banque complice

Quelqu’un est-il surpris? Depuis 10 ou 15 ans, le prix des maisons a explosé dans plusieurs villes du Canada. Même à Montréal et Québec, les prix sont à des niveaux qui n’ont aucune mesure avec la hausse des salaires pendant la même période. Pourquoi? Parce que cette bulle a été gonflée au crédit. La dette personnelle des Canadiens bat un record tous les trimestres, et dépasse aujourd’hui celle des Américains avant leur effondrement immobilier. De plus, selon la Banque du Canada, la part des marges hypothécaires du crédit à la consommation a monté en flèche, ce qui rend plusieurs Canadiens vulnérables à une hausse des taux d’intérêt.

Ça peut durer longtemps, une bulle. Mais ça finit toujours par dégonfler. Ou éclater.
Les avertissements de la Banque du Canada, et les nouvelles règles hypothécaires du gouvernement, arrivent trop tard. C’est d’ailleurs cette même banque qui a contribué à gonfler la bulle, en maintenant artificiellement bas les taux d’intérêt. Certains diront qu’elle n’avait pas le choix. Mais du coup, elle a stimulé la surconsommation, l’endettement et les bulles spéculatives.

Que fait-on quand les taux d’intérêt (et par ricochet, les taux hypothécaires) sont bas? On s’endette pour acheter une maison. On prend une marge de crédit et on achète une auto. Épargner? Vous voulez rire… Quand un certificat de placement rapporte 1 %? Non merci.

Mais la route vers une véritable reprise économique passe par l’épargne, non par la consommation. Les Canadiens doivent nettoyer leur bilan. Cesser de consommer à crédit, et épargner. Ce sera dur pour l’économie à court terme, mais c’est l’inévitable chemin de croix par lequel nous devons passer. Retarder cet ajustement ne fait qu’empirer les choses.

Nous avons longtemps festoyé à crédit. Par conséquent, préparons-nous, au minimum, à un sérieux mal de tête dans les années à venir.

(Extrait du livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

 

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Si Robin des Bois vivait au Québec

Je me suis loué le film Robin des Bois. Je ne cours pas les films de superhéros, vraiment pas. Mais celui-là est différent. Pertinent. En fermant la télé je me suis dit : le Québec a besoin d’un Robin des Bois.

Rectifions d’abord la légende. On croit à tort que Robin des Bois prenait aux riches pour donner aux pauvres. Trop simpliste. Robin des Bois défendait la propriété privée. Il se battait pour la liberté pour tous de jouir, en vertu de la loi, du fruit de son travail. Il décochait ses flèches pour permettre aux citoyens – riches et pauvres – de protéger leur terre et leur argent de leur vol par le roi et ses percepteurs d’impôts. Son ennemi, c’était l’État. Celui dépensier et boulimique. Celui qui, lâchement, préfère fouiller plus profond dans les poches du peuple plutôt que de réduire ses trop nombreux fonctionnaires et ses dépenses, souvent somptuaires.

Ça vous rappelle quelque chose?

Pas de doute, le Québec a besoin d’un Robin des Bois. Imaginons un peu ce qu’il ferait s’il vivait parmi nous…

Il irait, au galop, détrousser le « ministère des Subventions » et rapporterait au peuple les milliards que l’État pige dans nos poches pour donner en cadeau aux grandes entreprises. Il ferait même un détour à cheval, région par région, pour nous redonner nos impôts que les administrateurs de programmes comme le « Fonds vert » distribuent scandaleusement à leurs copains.

Robin des Bois et sa bande iraient terroriser les commissaires scolaires en « réunion » sur leur terrain de golf. Ils dévaliseraient les coffres bien remplis des centrales syndicales, plus préoccupées par le bien-être de leurs dirigeants que par celui de leurs membres.

Robin des Bois sèmerait la pagaille au ministère de l’Éducation. Pourchassé par des milliers de bureaucrates, il s’enfuirait à cheval avec un gros sac contenant le budget du ministère, et le rapporterait à ses légitimes propriétaires : les citoyens et les écoles de leur quartier. Nos enfants s’en porteraient mieux.

Et pour vous, milady contribuables désirant qu’on dépense vos impôts de façon responsable, imaginez le beau Russell Crowe décocher une flèche au derrière du premier ministre, pour qu’il se décide enfin à faire le ménage dans l’industrie de la construction et le ministère des Transports. Sexy, vous dites?

Nous avons plus que jamais besoin d’un Robin des Bois. Pas pour attaquer les riches. Pour protéger les pauvres et la classe moyenne contre le détournement de leurs impôts au profit des groupes d’intérêts – gros syndicats, grosses entreprises, etc. – et autres profiteurs du système.

Nous avons besoin d’un Robin des Bois pour freiner les excès des politiciens. Excès qui auront tôt fait d’enchaîner nos enfants à une dette écrasante, tout en étouffant leurs parents avec d’incessants nouveaux impôts et taxes.

Nous avons besoin d’un Robin des Bois pour nous défendre contre notre propre gouvernement.

Que d’évolution depuis le Moyen-Âge…

***

L’argent des autres est disponible dans toutes les librairies, Coop d’universités et sur Amazon.ca.

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La Dernière Partie De Poker

(Un extrait de mon livre L’argent des autres)

J’ai fait un drôle de rêve hier soir.

Il est vingt heures. J’entre dans une pièce mal éclairée. À travers l’épaisse fumée de cigare j’aperçois une table ronde. Une lampe suspendue y éclaire sept têtes. Chacun tient des cartes entre ses mains, l’air soucieux.

La partie de poker se déroule depuis un moment.

Je m’approche sans faire de bruit. J’observe. De gauche à droite, je compte sept joueurs : Mme Crise économique, Gouvernement, Consommateur, Payeur de taxe, Économiste conventionnel, Banquier, et une bibitte étrange – elle possède des cuisses de fermier, des mains d’artistes, le corps d’un PDG d’entreprise et la tête d’un chef syndical. Appelons-la « Groupe de pression ».

Sur le tapis vert de la table, Consommateur et Gouvernement jouent comme des débutants. Ils gaspillent des jetons sans compter, incapables de s’en empêcher.

Après un mauvais bluff, Consommateur perd tous ses jetons. Ça fait trois fois qu’il se ruine, et remprunte à Banquier pour continuer à jouer. Il a déjà mis son auto et sa maison en garantie. « Assez, c’est assez! » Il se lève et quitte la table.

Je me tourne pour regarder Payeur de taxe. Il semble contrarié. Il joue de façon prudente et disciplinée, mais perd des jetons chaque tour. Parce que Gouvernement joue de façon agressive, mais aussi parce que Groupe de pression, assis à côté de Gouvernement, pige dans les jetons de ce dernier et le relance à chaque mise, créant une surenchère. Payeur de taxe est incapable de suivre le rythme.

À ma gauche, Économiste conventionnel est dans le trouble. Sa pile de jetons fond rapidement. Il ne comprend pas. Ses années de recherche lui ont enseigné que plus on dépense de jetons (même si on les gaspille), plus notre fortune grossit, puisque cette dépense entraîne des effets « multiplicateurs ». Confus, il se lève et quitte. Il retourne à sa tour d’ivoire peaufiner ses modèles mathématiques.

Pendant ce temps Mme Crise économique, sourire en coin, accumule les jetons que gaspillent tous les joueurs…

Le joueur le plus détesté, c’est Banquier. Lui, il mise un paquet de jetons à chaque tour, peu importe les cartes qu’il a entre les mains. Il s’en fout. Il sait très bien que son ami Gouvernement va le renflouer s’il perd tout. Mais au tour suivant, il tente un pari beaucoup trop risqué… et perd tout!

Bah! Il se lève, fait un clin d’œil à Gouvernement, et va préparer tranquillement du café.

Soudain, un cri fait sursauter tout le monde. « Lâche mes jetons, parasite! » Gouvernement vient de réaliser que Groupe de pression pige constamment dans sa pile.

Gouvernement place ce qu’il lui reste de jetons bien en vue devant lui, et jure qu’il adoptera dorénavant une façon de jouer plus « austère » d’ici la fin de la partie.

Groupe de pression ne survit pas à cette décision. Il se lève, furieux, et sort protester dans la rue. Il brandit une pancarte sur laquelle on peut lire : « Je mérite plus de jetons! »

Appauvri par l’agressivité de Gouvernement et de Groupe de pression depuis le début de la partie, Payeur de taxe fini par mourir, un deux de pique et un sept dans les mains. Il quitte la table en vociférant contre les autres joueurs : « Vous conspirez tous contre moi! »

La fin de partie approche.

Seuls deux joueurs demeurent à la table : Gouvernement et Mme Crise économique.

Mme Crise économique possède beaucoup plus de jetons que Gouvernement.

Gouvernement, désemparé, lance un coup de fil à Économiste conventionnel dans sa tour d’ivoire. « Vous n’avez qu’un choix, dit ce dernier : bluffer. Il faut faire peur à Mme Crise économique pour qu’elle se couche. Misez tout ce qu’il vous reste. Ce n’est pas le temps d’être radin et de penser à l’avenir. À long terme, nous sommes tous morts. »

Le gouvernement se lance all in. Il pousse tous ses jetons au centre de la table. Et prie.

Mme Crise économique tient une full house entre ses mains.

Le gouvernement, une paire de cinq.

Mme Crise économique va-t-elle se coucher?

À ce moment, je me suis réveillé.

 

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Mami, papi et les banques

Un extrait de mon livre L’argent des autres:

 

Mamie, Papi et les banques

Les parents ou les psys qui s’inquiètent de la prolifération d’enfants-roi devraient jeter un œil sur le monde de la finance. Ils verront ce qui arrive, à long terme, quand on gâte et pourrit ces grands bébés.

Plusieurs scandales ont fait surface ces dernières années. Les milliards $ perdus par la banque JP Morgan, et cachés par ses courtiers. La manipulation des taux d’intérêt (Libor) par plusieurs grandes banques — sous le regard complice du gouvernement, soulignons-le. Et le blanchiment d’argent criminel par la banque HSBC.

Mais doit-on vraiment s’en surprendre? Quand les politiciens décident que les contribuables vont sauver le cul des banques quoiqu’il arrive, cela entraîne des conséquences.

Bébés gâtés

Dans son livre A capitalism for the people, l’économiste Luigi Zingales illustre avec brio ce problème d’« aléa moral ».

Imaginez que vos enfants se comportent mal. Vous essayez de les discipliner, mais chaque fois, leurs grands-parents arrivent et les « sauvent ». Pour acheter la paix, et préserver l’harmonie familiale.

À court terme, leur intervention semble bénéfique. Les enfants sont contents, personne ne pleure, et la belle journée se poursuit. Mais à long terme? On se retrouve avec des enfants gâtés pourris, et des parents malheureux.

Le lien avec la politique? Les grands-parents ont une motivation à gâter leurs petits-enfants, poursuit Zingales : obtenir la gratitude de ces derniers, et la paix temporaire. De plus, mamie et papi ne subiront pas les conséquences à long terme des comportements impunis des enfants. (Puisqu’ils sont rarement à la maison, et qu’ils vont mourir d’ici là).

De la même façon, les politiciens sont heureux de sauver les banques ou les pays qui dépensent trop. Car ils en profitent. C’est rentable politiquement d’avoir une économie qui donne l’impression (artificielle) de bien aller. Les politiciens profitent aussi de la gratitude des banquiers « sauvés », surtout lorsque viendra le temps de se trouver un emploi dans le privé… Et comme les grands-parents, les politiciens risquent peu de souffrir des conséquences à long terme de leur geste. Ils ne seront plus au pouvoir quand ces conséquences se produiront.

De pire en pire

Mais comme avec les enfants, si vous refusez de laisser le marché punir les mauvais comportements financiers, vous ne ferez qu’empirer la situation. Le capitalisme repose sur le principe qu’un individu doit subir les conséquences de ses erreurs. Sinon, jamais il n’apprendra.

La « politique de sauvetage » des banques, note Zingales, a commencé en 1994. Lors du sauvetage de l’économie mexicaine et du Peso. (Et surtout, des banques américaines, qui avaient prêté des milliards à ce pays.) Ce geste — et la promesse implicite de futurs sauvetages — a éliminé la peur chez plusieurs prêteurs et PDG. Grave erreur! La peur est un élément clé pour discipliner les décisions financières, rappelle l’auteur.

Résultat : aujourd’hui, l’aide gouvernementale est une drogue, dont le système financier est accroc, écrit Zingales. Arrêtez de lui en donner, et la panique s’empare des marchés. Sauf que, comme un junkie, le système financier en réclame toujours plus. Jusqu’au jour où ce sera impossible pour l’État de le sauver.

Vous vous souvenez de 2008? On disait qu’il fallait sauver les banques américaines, car elles étaient « trop grosses pour tomber ». Devinez quoi? Quatre ans plus tard, en 2012, elles étaient 23 % PLUS grosses que 5 ans plus tôt, selon le professeur Neil Barofsky, qui a lui-même supervisé le plan de sauvetage des banques en 2008.

On peut réprimander les banques, ou les enfants. Mais tant que les politiciens vont jouer à papi et mamie, le problème va empirer. Un jour ou l’autre, il faudra changer de stratégie. Et laisser le marché sortir la strap.

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Pour en finir avec les garderies subventionnées

Un collectif de gens bien intentionnés n’exige rien de moins que la « gratuité » dans nos garderies. Passons outre le fait que tout ce que le gouvernement offre de « gratuit » revient au final trois fois plus cher, et laissez-moi plutôt vous dire ce que je pense de ce merveilleux système dont personne n’a encore jugé bon de copier. (Extraits de mon livre L’argent des autres.)

 

Les insoutenables garderies subventionnées (1)

Se pourrait-il qu’on exagère un tantinet les vertus de notre système de garderies subventionnées, qu’aucune autre province n’a jugé bon de copier après 15 ans?

« Ça profite surtout aux pauvres. » Non. Ce sont majoritairement les familles mieux nanties qui profitent du système, et des places, selon une étude. Pendant que des mères monoparentales poireautent sur des listes d’attente.

« Mais les garderies subventionnées ont engendré un baby-boom… » Vraiment? Le taux de natalité a bondi encore plus en Alberta et en Saskatchewan qu’au Québec en 10 ans, sans garderies subventionnées. Les gens font-ils des enfants parce que le gouvernement créé un programme de garderies subventionnées, ou parce que l’économie va bien, et qu’ils ont confiance en l’avenir? D’ailleurs à cet effet, le programme d’assurance parentale a probablement eu plus d’impact que les garderies subventionnées.

« OK, mais ça permet aux femmes d’accéder au marché du travail! » Le taux d’activité des femmes a progressé partout au Canada depuis 15 ans. Et pourtant, les autres provinces n’ont pas de garderies subventionnées. Mais c’est vrai que le Québec a connu un solide rattrapage depuis 15 ans. Sauf que les provinces maritimes aussi, certaines encore plus que le Québec! Le lien n’est donc pas aussi clair que certains le prétendent. De toute façon, si on donnait l’argent directement aux mères pour qu’elles placent leur enfant dans une garderie privée, on atteindrait le même but.

« OK, OK. Mais une chose est sûre : les CPE aident les enfants en milieu défavorisé. »

Là, j’ai tendance à être d’accord. Voilà un rôle pour les CPE. Aider les enfants défavorisés, pour qu’ils puissent mieux performer à l’école par la suite. Favoriser l’égalité des chances, quoi. Seul pépin : en comparant les résultats scolaires de jeunes Québécois et Canadiens de moins de cinq ans, le professeur de l’UQAM Pierre Lefebvre a conclu que le système de CPE n’a nullement amélioré les scores de développement cognitif des enfants… Ceci dit, il y a fort probablement des avantages à ce que les enfants issus de ces milieux fréquentent les CPE, surtout si l’environnement familial laisse à désirer.

L’argent au système

Comme on fait trop souvent, on confond les buts (louables) d’une politique, et les moyens d’atteindre ces buts. Imaginez : le coût du programme des garderies s’est multiplié huit fois depuis ses débuts. Alors que le nombre de places, lui, n’a même pas triplé! Les garderies subventionnées coûtent aujourd’hui plus de 2,5 milliards $ aux contribuables (probablement plus, mais les chiffres sont – volontairement? – difficiles à trouver et colliger). Pourquoi? Parce qu’au lieu de donner l’argent aux parents, on l’a donné au système. Ce faisant, on a transformé un programme destiné aux parents en programme d’emplois pour éducatrices et fonctionnaires…

Et quand un système est d’abord bâti pour plaire aux syndicats, et seulement ensuite aux parents, aucun retour en arrière n’est possible.

Il aurait fallu donner l’argent aux parents, en fonction de leurs revenus. Ou faire comme dans les pays sociaux-démocrates comme la Norvège ou la Finlande. Où on vous donne une allocation parentale, et vous choisissez de garder votre enfant à la maison ou de le placer en garderie.

L’État tient à imposer des normes de qualité? Il peut le faire en encadrant et réglementant le marché. Tout en laissant les garderies se concurrencer entre elles pour offrir le meilleur service, et attirer les parents chez elles. On peut toujours garder le concept de CPE en milieu défavorisé, en y consacrant les ressources nécessaires pour donner le plus de chances possibles à ces enfants.

Ce serait moins coûteux pour l’État, et plus sensé. C’est pourquoi ça n’arrivera jamais.

 

Les insoutenables garderies subventionnées (2)

Le système de garderies subventionnées est-il payant pour le Québec? Non. Le faible coût des frais de garde? Oui. Grosse différence.

Une étude des professeurs Luc Godbout, Pierre Fortin et Suzie St-Cerny révèle que le système de garderies subventionnées est « payant » pour Québec. La logique est la suivante : les garderies à subventionnées permettent à des milliers de mères de participer au marché du travail. Ces mères (et pères) gagnent des salaires et payent des impôts, ce qui gonfle les revenus de l’État. Au-delà de ce que coûte le programme.

Fortin et Godbout sont des sommités en économie et en fiscalité. Ce n’est pas moi qui vais remettre en question leurs calculs.

Sauf qu’il existe une nuance dans le débat sur les garderies subventionnées. Nuance qui échappe à beaucoup de monde. Mais vendredi matin à la radio, l’animateur Paul Arcand a eu l’intelligence de poser LA question à Luc Godbout en début d’entrevue :

« Est-ce que toute forme d’investissement, de crédits d’impôt, ou des montants versés directement aux familles auraient le même effet? » Réponse de M. Godbout : « l’effet pourrait être similaire, oui. » De l’avis même du fiscaliste, c’est le faible coût des services de garde qui permet aux mères d’accéder au marché du travail. Et non pas le système de garderies en tant que tel.

L’argent aux parents

Autrement dit, ce ne sont pas les CPE qui permettent à ces femmes d’aller sur le marché du travail. Mais plutôt le faible coût des services de garde. C’est-à-dire les subventions, gracieuseté de vous, contribuables.

Comme j’ai déjà écrit, si on prenait ces milliards $ pour donner une allocation directement aux familles afin qu’elles placent leur enfant dans une garderie de leur choix, on verrait grosso modo les mêmes effets sur le taux d’activité des femmes. Et sur les rentrées fiscales du gouvernement.

Et qui sait? Les rentrées fiscales seraient peut-être plus élevées. Puisqu’avec le système actuel, les enfants de milliers de femmes végètent sur des listes d’attente (car l’État freine la création de nouvelles places). Il y a donc beaucoup de femmes qui ne peuvent joindre le marché du travail.

Surtout : en donnant un bon de garde aux parents (pas pour acheter des chips, mais pour des services de garde seulement), on épargnerait sur le complexe bureaucratique-syndical qui fait exploser les coûts (trois fois plus vite que le nombre de places). Et qui, tous les deux ou trois ans, prend les parents — et les contribuables — en otage.

Bref, les défenseurs du système actuel peuvent vanter ses mérites financiers. Mais ils devraient considérer que si l’on donnait l’argent aux familles, au lieu de le donner au système, ce pourrait être encore plus « payant » pour l’État.

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Vous trouvez important d’acheter « local »? Lisez ceci

Je ne me suis pas fait d’amis avec cette chronique, et je ne m’en ferai pas plus aujourd’hui. Mais je fais le pari que cette réflexion vous trottera dans la tête lors de votre prochaine visite dans les boutiques. 🙂

Il s’agit d’un extrait tiré de mon livre « L’argent des autres ».

 

Acheter local : à quel prix?  

Samedi matin à la ferme Cormier, dans l’Assomption. Pendant que ma fille enfonce un épi de blé d’Inde dans la gueule d’un cheval, ma blonde achète des légumes frais à la sortie.

Voilà, c’est fait. La famille Descôteaux a acheté « local ». Vais-je poursuivre sur cette lancée? Acheter une scie à la quincaillerie du village plutôt qu’au Canadian Tire?

Non.

Parce que les vertus de l’achat local s’arrêtent ici. Des aliments frais? Oui. Des vêtements de création québécoise, un vélo québécois? Pourquoi pas. Du moment que ces produits rivalisent en prix et en qualité. Mais payer plus cher pour « encourager l’économie locale »? Non merci.

D’abord, en payant plus (trop) cher votre article, il vous reste moins d’argent à dépenser chez les autres commerçants locaux. Mais surtout, nous sommes riches parce que nous échangeons. Le producteur chinois, allemand, ontarien ou québécois se spécialise là où il excelle. En échangeant nos talents et ressources, nous accédons à un plus grand choix de produits. De meilleure qualité, et à meilleur prix. Plus nombreux sont les êtres humains qui apportent leur talent et créativité à la table, plus notre société prospère. Acheter local, c’est réduire le nombre de participants. C’est se priver de talent et étouffer la créativité.

Petit exercice : imaginez que les citoyens de votre ville adhèrent à l’achat local pendant 10 ans. Imaginez-vous ensuite franchir la porte de votre magasin favori. Que voyez-vous sur les tablettes? Presque rien. Normal. Dans une économie « locale », nous devons tout produire nous-mêmes. Comme nous possédons des talents limités, les iPod, les livres d’Harry Potter ou les vins d’Espagne, ça n’existe pas.

Et où tracer la frontière? Si acheter québécois profite au Québec, acheter strictement sur l’île de Montréal est forcément mieux pour l’économie montréalaise. Si j’habite Rosemont, dois-je m’assurer que l’argent «reste» dans Rosemont? Si les citoyens de Côte-des-Neiges commencent à acheter local, doivent-ils cesser d’acheter à Outremont?

C’est sérieux. Quand un président américain impose une clause « achetez américain » pour construire des routes, il dit à ses entreprises : achetez local. Résultat : des centaines de Canadiens et de Québécois perdent leur emploi.

Ici aussi, un nombre croissant d’intervenants veulent nous convaincre – sinon nous forcer – d’acheter local. Erreur. On enrichit une économie et ses participants en trouvant des façons moins chères de produire des biens. Et non l’inverse.

Dire non au talent des autres, c’est s’appauvrir.

 

ATTENTION: Le contenu de cette chronique ne s’applique PAS sur des biens très particuliers. Comme par exemple un livre, qui en plus aurait été écrit par moi récemment, du genre L’argent des autres. (C’est beau la théorie, mais faut pas virer fou non plus là…) 😀  

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