Les promesses intenables

Une bataille fait rage au Wisconsin. Et elle pourrait bientôt s’amener ici.

Elle oppose le gouvernement et les syndiqués de la fonction publique. Les travailleurs accusent le gouverneur de l’État de s’attaquer à leurs conditions de travail. Celui-ci réplique qu’il n’a pas le choix. Le Wisconsin frôle la faillite, dit-il. Il demande aux syndicats de contribuer un peu plus à leurs avantages sociaux, tout en essayant de casser leur pouvoir de négociation collective.

Ça a commencé au Wisconsin, mais c’est en train de se répandre en Amérique. Les régimes de retraite à prestations garanties sont en train de couler les États. En tout, les États américains traînent des obligations de plus d’un billion (1000 milliards $) envers les régimes de retraite de leurs fonctionnaires. Ce chiffre grossit chaque année. Si les fonctionnaires refusent toute concession, le reste des contribuables devra un jour payer.

La même chose se passe en Grande-Bretagne. Selon The Telegraph, un rapport qui sera dévoilé jeudi recommandera que les fonctionnaires reçoivent une rente de retraite moins généreuse. Celle-ci équivaudrait à la moyenne de leurs gains annuels pendant leur carrière (et non seulement la moyenne de leurs meilleures années). Le rapport exigera aussi que les fonctionnaires contribuent davantage (3 % de plus) à leur régime de retraite.

Pourquoi? Parce que vivre longtemps, ça coûte cher. En 1970, quiconque atteignait l’âge de 60 ans pouvait s’attendre à vivre un autre 18 ans. Aujourd’hui, cette même personne peut vivre 28 années de plus, selon les chiffres du gouvernement britannique. Elle passera 41 % de sa vie adulte à la retraite.

Et ici?

On apprenait la semaine dernière que plusieurs villes du Québec, dont Montréal, se préparent à aller voir Jean Charest. Elles réclament des modifications dans la loi afin d’accorder des conditions de travail et des avantages sociaux moins généreux à leurs futurs travailleurs. Pour combler le trou budgétaire créé par les régimes de retraite de leurs employés.

Rappelons que le renflouement des régimes de retraite des employés — à prestations garanties — est la principale raison pourquoi les Montréalais ont subi une hausse de taxes de 5 % dans le dernier budget. Selon les chiffres de la Ville, Montréal a dû payer 344 millions $ pour ses régimes de retraite, comparé à 205 millions $ l’an passé.

À Westmount, la contribution de la Ville à la caisse de retraite est passée, en 10 ans, de 250 000 $ par année à 1,4 million $. Le maire Peter Trent a bien résumé la situation à un journaliste de QMI : « Je trouve un peu ironique que la moitié des contribuables, sinon les deux tiers, n’aient même pas un fonds de pension, alors qu’ils contribuent à payer les pensions en or de nos employés par leurs taxes foncières. Ce n’est pas correct. »

À moins d’une reprise économique spectaculaire et durable (j’en doute), les déficits des régimes de retraite publics risquent d’empirer dans les années qui viennent.

Et il faudra tous contribuer — les fonctionnaires comme le reste des contribuables. Rien ne sert de blâmer les fonctionnaires, ou les baby-boomers. Les vrais coupables de ce gâchis sont les politiciens qui, année après année, leur ont fait des promesses intenables. Garantissant des sommes qu’ils n’avaient aucun moyen de payer, sachant que les autres ramasseraient la facture.

Les autres, c’est nous.