Les boucs émissaires

(Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

Quand je discute avec les gens qui m’entourent – à gauche comme à droite –, tous s’accordent habituellement pour dire qu’un coup de barre s’impose dans les finances publiques du Québec.

Mais pour ce qui est des solutions, nous sommes rarement d’accord. Une majorité de Québécois aiment invoquer ce que j’appelle nos « boucs émissaires » : nos problèmes sont la faute des riches, des paradis fiscaux, de la corruption et bien sûr, des méchantes entreprises qui ne payent pas assez d’impôts. Il suffirait d’aller « chercher » cet argent pour régler nos problèmes budgétaires.

Je vous ai déjà parlé des « riches » au Québec. Une infime minorité d’entre eux payent déjà plus du tiers des impôts et taxes. Ils ont déjà un taux d’impôt marginal élevé, et presser ces citrons davantage résulterait en de minimes rentrées d’argent supplémentaires pour l’État. Et ça, c’est s’ils ne décident pas de déménager ailleurs!

Qu’en est-il alors de l’évasion fiscale, des paradis fiscaux et de la corruption? Le chroniqueur Francis Vailles chiffrait la chose de façon éloquente dans une chronique. Pour ce qui est de l’évasion fiscale, « jamais Revenu Québec n’a été aussi alerte. En 2014, l’organisme prévoit récolter des sommes records, à tel point qu’il met en péril des entreprises qui agissent de bonne foi. Difficile d’en demander plus. Quant aux paradis fiscaux, le Secrétariat intersyndical des services publics (SISP) estime que le Québec peut y récupérer 300 millions par année, somme toute assez peu. Et cette source, syndicale, ne détaille pas son estimation. Oui, mais la corruption? Le ministère des Transports du Québec soutient avoir économisé environ 240 millions en 2013, ce qui est fort intéressant. Mais je vous répète, on a besoin de 3,7 milliards [pour équilibrer le budget seulement cette année]. »

Bref, fouiller davantage dans la poche des plus riches, intensifier la « répression fiscale » de Revenu-Québec, s’attaquer aux paradis fiscaux et éliminer la corruption ne nous rapporteraient que du petit change comparé à l’ampleur des déficits passés et à venir.

Quant aux entreprises, elles versent déjà beaucoup plus à l’État que ce que certains commentateurs laissent entendre, notamment quand on tient compte de toutes les taxes et impôts qu’elles doivent payer. L’économiste Pierre Fortin, qui se décrit lui-même comme un social-démocrate, l’écrivait noir sur blanc en 2013 dans le magazine L’actualité : « Si on fait correctement le compte, la seule conclusion qui s’impose est que nos entreprises sont plus taxées aujourd’hui qu’il y a 15 ou 25 ans. »

Quant aux contribuables, ils sont déjà les plus taxés en Amérique du Nord. L’espace manque dans cette chronique pour faire la liste des multiples hausses de taxes et de tarifs depuis quelques années.

D’ailleurs, je vous pose la question : comment peut-on être à la fois les plus taxés en Amérique du Nord… et aussi les plus endettés? Comment arrive-t-on à faire ça? On ne peut pas être les deux en même temps, non?

Se pourrait-il que nous ayons un problème de dépense, et non de revenus?

Se pourrait-il qu’année après année, nous vivions au-dessus de nos moyens? Que les élus dépensent plus que les recettes, parce qu’ils jugent que c’est politiquement payant de le faire et parce qu’une horde de groupes de pressions les incitent à le faire? Et que lorsque l’argent manque pour payer les salaires des hauts fonctionnaires et les pensions en or des employés de l’État (ce qui semble être la priorité avant même de donner des services), on a recours à la bonne vieille méthode : plus de taxes?

Se pourrait-il que la solution à ce problème ne se trouve pas (seulement) chez nos boucs émissaires, que nous sommes si rapides à invoquer quand on discute de nos problèmes budgétaires?

 

MON LIVRE « L’ARGENT DES AUTRES » EST DISPONIBLE EN LIBRAIRIE DEPUIS LE 26 JANVIER, OU ICI: (VERSION PAPIER ET ÉLECTRONIQUE)

L'argent des autres

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