La commission Charbonneau va-t-elle changer quoi que ce soit?

(Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

J’en doute fortement.

Avant que ce cirque ne débute, j’avais déjà exprimé mes réserves. En 2011 j’écrivais :

La Commission Gomery sur les commandites a changé quoi? La commission Cliche sur la construction? (Pas grand-chose, de toute évidence.) La Commission Bastarache? On aura droit à un gros spectacle, on va en apprendre un peu sur les rouages du système, quelques personnes seront éclaboussées, d’autres congédiées. Et quand ce sera fini, on retournera s’obstiner sur la place ou non de Desharnais sur le deuxième trio du Canadien.

 Je me méfie surtout des recommandations que ferait une telle commission. Un p’tit 2 $ sur : plus de gouvernement, plus de pouvoir aux fonctionnaires, plus de règles.

 Je ne m’étais pas trompé. Je comprends que les Québécois, écoeurés par les histoires de corruption, avaient besoin qu’un tel « procès » se déroule. Mais la suite était prévisible.

Comme la drogue

La lutte à la corruption me fait penser à la lutte à la drogue. Dans les ghettos d’une métropole, des jeunes deal des pilules ou de la poudre sur des coins de rues sales. Soudain des policiers, après des mois de surveillance, sautent dans le tas. Et réussissent à coincer deux ou trois revendeurs intermédiaires. On se donne des tapes dans le dos, des high-five. Mission accomplie!

La semaine suivante un Ford Expedition noir aux vitres teintées s’arrête au même coin de rue. Des jeunes à l’allure louche débarquent. Le King du quartier est en prison, la place est libre. Une autre gang prend le relais. Et le commerce reprend. Des nouveaux visages, la même drogue, les mêmes junkies.

Tant que la drogue est disponible, des demandeurs vont échanger avec des offreurs. Dans le cas qui nous occupe au Québec, la drogue, c’est l’argent des autres. Plus il y a d’argent des autres disponible (l’argent des contribuables), plus de gens corruptibles, et de corrupteurs, se pointent le museau.

La nature humaine

L’économiste et prix Nobel Milton Friedman disait qu’il existe quatre façons de dépenser :

1— Vous dépensez votre propre argent, pour vous-même : vous exigez le maximum pour votre argent.

2— Vous dépensez votre argent, pour un autre (ex: échange de cadeaux) : vous cherchez le meilleur prix, mais vous portez parfois moins d’attention à ce que vous achetez, que si vous l’achetiez pour vous-même.

3— Vous dépensez l’argent des autres, pour vous : le prix vous importe peu, et vous vous payez le gros luxe.

 
4— Vous dépensez l’argent des autres, au profit d’un autre : vous vous souciez peu du prix, ou de la satisfaction de l’autre.

Le no 4, c’est ce que font la plupart des politiciens. Qui n’ont souvent aucune idée de ce qui se passe dans leur propre ministère. On le voit dans la construction, mais aussi dans le système de garderies, les écoles, les hôpitaux, les milliards en subventions qu’on donne aux entreprises.

On appelle ça la nature humaine. Traitez-moi de cynique, mais ce n’est pas une commission qui va y changer quoi que ce soit. Ni de nouvelles règles, que les bandits vont contourner dès le lendemain. Tant qu’il y aura de l’argent des autres à dépenser, beaucoup d’argent des autres, le problème va demeurer.

MON LIVRE « L’ARGENT DES AUTRES » EST DISPONIBLE EN LIBRAIRIE DEPUIS LE 26 JANVIER, OU ICI: (VERSION PAPIER ET ÉLECTRONIQUE)

L'argent des autres

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