La bulle automobile

Avez-vous remarqué que les « minounes » ont pratiquement disparu de nos routes? Tout le monde semble avoir une auto neuve ou presque, et la vue d’une Mercedes, voire d’une Porsche, n’émeut guère.

Je n’aime pas faire des généralités en partant d’anecdotes, mais cela m’a également frappé quand j’ai vu un livreur de pizzas stationner devant chez mon voisin un Honda CRV de l’année.

Je me disais, rien de nouveau, il y a toujours des gens qui choisissent de s’endetter par-dessus tête –parfois pour une durée de huit ans – pour « flasher » dans le voisinage avec un rutilant VUS dernier cri. Ils font grand plaisir aux banques, pour qui les prêts automobiles sont les nouveaux prêts « à risques » (subprime) à la mode.

Mais en creusant, j’ai découvert la réalité suivante[1], encore plus effarante :

– De 2007 à 2015, la valeur des prêts automobiles a presque doublé, et totalise aujourd’hui plus de 120 milliards de dollars.

– En 2007, seulement 14 % des prêts avaient des périodes d’amortissement de longue durée. Aujourd’hui, les prêts autos de 72 mois et plus constituent 69 % du marché au Canada.

– On estime que près de 40 % des prêts automobiles au Canada ont une période d’amortissement de 84 mois ou plus, et les prêts de 96 mois ont maintenant atteint environ 14 % du marché.

– Quant aux prêts à risque, ils comptaient l’an dernier pour 25 à 35 % du financement automobile au pays.

Sans oublier les boomers en quête de liberté qui se font financer une Harley Davidson ou un bateau sur 15 ans, ou des caravanes à 200 000 $ sur 20 ans. Une petite pensée aussi pour les gens avec un mauvais dossier de crédit qui se font offrir – et acceptent! – des prêts à 25 % d’intérêt. Ou ceux, de plus en plus nombreux, qui, avant même d’avoir fini de payer la précédente, s’achètent une auto neuve et se retrouvent avec des « prêts-ballons » où ils doivent plus que la valeur de leur auto.

Le jour de la marmotte

Les ventes d’automobiles ont dopé l’économie canadienne ces dernières années, notamment grâce aux banques. De plus en plus actives dans ce marché, notait récemment l’agence Moody’s, ces dernières ont augmenté leurs prêts auto depuis 2007 au rythme de 20 % par année. D’ailleurs la majeure partie de la récente hausse des dettes de consommation des Canadiens provient des prêts automobiles.

Mais ça ne s’arrête pas là. Avez-vous vu le film Le casse du siècle ? Il explique comment des institutions financières, juste avant la crise de 2008, regroupaient des prêts immobiliers à risque dans de complexes produits d’investissement qui engendraient de beaux profits pour les banques, tout en masquant le risque réel de ces produits. Et bien nos banques, et les banques américaines, répètent depuis déjà quelques années le même manège avec les dettes automobiles.

Sommes-nous dans un mauvais remake? Comme le souligne un rapport de l’Automobile consumer coalition, il y a une « grande poussée, dans le secteur financier, visant à accroître les prêts par l’entremise des titres adossés à des crédits mobiliers et à continuer d’abaisser les normes de solvabilité liées au crédit à la consommation (…) les entreprises de financement acceptent d’assumer des risques plus importants en espérant que, dans le court terme, la stratégie leur sera très profitable. »

Bien sûr, les prêts automobiles ont une importance minime dans l’économie comparée au marché immobilier. Ils risquent peu d’être le catalyseur de la prochaine grande crise. Mais ça ne veut pas dire pour autant que tout ça va bien finir…

[1] Les chiffres sont tirés, entre autres, de deux rapports. L’un d’eux publié par l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (mars 2016) et l’autre de l’Automobile consumer coalition (2014-2015).

 

Le texte est extrait de CPA Magazine, et a, en tout ou en partie, été utilisé avec l’aimable autorisation de Comptables professionnels agréés du Canada, Toronto, Canada.

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