Investir : êtes-vous actif ou passif?

Votre fonds commun déçoit et vous lorgnez du côté des fonds indiciels? Sachez d’abord comment vous en servir.

Pour Jacques Landry, la journée s’annonce difficile. De retour de vacances ensoleillées, ce courtier chez Valeurs mobilières Desjardins doit nager dans les mauvaises nouvelles. Le marché a pris un dur coup. Les banques canadiennes dévoilent l’une après l’autre des pertes de centaines de millions dues à leur aventure sur le marché des prêts hypothécaires américains. « Et tout le monde a des banques dans son portefeuille! Moi j’en ai, et la plupart de mes clients aussi », dit-il. Mais le portefeuille de Jacques Landry, lui, est vacciné contre les banques. Son vaccin s’appelle XFN. « C’est le symbole boursier d’un iShare. Un fonds négocié en bourse », dit-il, tout en jetant un œil furtif sur son écran pour suivre l’évolution des cours. Le XFN reproduit le marché financier au Canada, m’explique-t-il. « Il contient des banques, mais aussi des compagnies d’assurance et des sociétés de portefeuille comme Power Corporation. Ces dernières, au contraire des banques, ne chutent pas en ce moment. »

Le prix de son iShare XFN a baissé de 57$ à 50$ en quelques mois. Mais s’il avait investi seulement dans la Banque Nationale, Jacques Landry aurait perdu le double en valeur depuis le début de l’été. « Grâce à ce fonds, j’investis dans les banques canadiennes tout en me protégeant d’elles », illustre-t-il. Jacques Landry est un partisan avoué des fonds négociés en bourse. « C’est une façon de choisir un secteur sans vivre avec le risque associé à une seule entreprise », dit-il. Rien de nouveau. Les fonds communs de placement font ça depuis toujours. « Sauf que je paie seulement 0,17% en frais de gestion. Alors qu’un fonds commun grugerait près de 2,5% de mon rendement! »

Depuis l’entrée des produits indiciels sur le marché canadien, il y a quelques années, un débat sévit dans l’industrie des produits financiers : vaut-il mieux investir dans les indices – via les fonds négociés en bourse (FNB) et les fonds communs indiciels – ou dans les fonds communs traditionnels, qui sont activement gérés? Les défenseurs des produits indiciels affirment que les gestionnaires sont incapables de battre le marché. Aussi bien acheter l’index. Les défenseurs des fonds communs répliquent que la plupart des investisseurs sont incapables de supporter la volatilité des indices. Résultat : ils achètent cher et vendent aussitôt que l’indice croule. Au final, leur rendement est désastreux. D’où l’avantage de payer un extra pour qu’un gestionnaire chevronné s’en occupe.

En fin de compte, le choix dépend de l’investisseur. L’important, c’est d’être confortable avec son portefeuille. Êtes-vous fait pour la gestion active ou passive? Quel produit vous convient le mieux? Les huit questions suivantes peuvent vous aider à y répondre.

Voulez-vous battre le marché?
Si vous avez peu de temps à consacrer à vos placements et que vous voulez battre le marché, il faut un produit géré activement, comme un fonds commun. Car sans intervention humaine, la performance d’un fonds indiciel ou d’un FNB est dictée par l’indice. Seul problème : les gestionnaires de fonds communs battent rarement le marché… De 2001 à 2006, les fonds d’actions canadiennes ont généré un rendement annuel de 11,4%. En comparaison, l’indice composé S&P/TSX de la Bourse de Toronto a obtenu un rendement de 13,6%, selon les chiffres de la firme Morningstar.

Êtes-vous capable de vivre avec la volatilité?
Le prix des FNB fluctue chaque minute. La tentation est grande de transiger abusivement ces produits. Si vous ne pouvez résister à la tentation de vous départir de votre titre quand sa valeur chute, ou si vous êtes du genre à succomber pour le nouveau secteur en vogue, ce serait préférable de confier vos avoirs à un gestionnaire. Car non seulement les frais de commissions ruineront votre rendement, mais vous avez peu de chance de vendre et d’acheter au bon moment.

Aimez-vous transiger?
Pour ceux qui aiment transiger, par contre, les FNB sont un choix idéal puisqu’ils sont aussi flexibles qu’une action. « Vous pouvez vérifier le prix d’un FNB à toute heure de la journée sur Internet, dit Jacques Landry. Si votre rendement est de 20%, vous pouvez dire : ok, j’arrête ici et je vends. » Avec un fonds commun, vous devez attendre à la fin de la journée pour connaître l’évolution du prix des parts. Mais attention. Comme pour une action, il faut payer une commission à chaque transaction sur un FNB. À environ 25$ la transaction chez un courtier exécutant, il est préférable de ne pas les négocier trop souvent. Il n’y a habituellement aucuns frais de transaction pour acheter ou vendre un fonds commun.

Avez-vous confiance en vous?
Vous voulez gérer activement votre produit indiciel au lieu de simplement le regarder suivre son indice? Une bonne dose de confiance est nécessaire, dit Frantz Pierre-Louis, investisseur autonome depuis plus de 20 ans et ancien professeur aux HEC. « Si vous n’avez pas confiance en vous, allez du côté des fonds communs. Pour transiger des FNB, il faut avoir de bonnes connaissances, car personne n’est là pour vous conseiller », dit-il. Comme pour les actions, vous êtes responsables de vos décisions et vous serez le seul à blâmer en cas de pertes. Si les FNB conviennent mieux à des investisseurs autonomes, il demeure difficile pour eux de battre le marché. Il faut posséder de solides connaissances pour dénicher les segments de marché prometteurs, dit Frantz Pierre-Louis. Ce dernier propose une règle simple : si vous n’avez jamais transigé une action, négocier des FNB n’est pas pour vous.

Aimez-vous donner de généreux pourboires?
Les frais de gestion des fonds communs de placement, c’est bien connu, grugent le rendement de l’investisseur. Si votre fonds d’actions canadiennes a obtenu un rendement de 8% en 2006, en réalité il a obtenu un rendement de 10% à 11%. Pour tous les fonds, le gestionnaire et sa firme prélèvent des frais de gestion, qui incluent les frais de marketing et les commissions versées aux conseillers. Une étude de la firme Morningstar évalue à 2,44% la moyenne des frais de gestion des frais communs. Sur un portefeuille de 300 000$, cette ponction représente 7320$ par année. Les frais de gestion des FNB varient quant à eux de 0,09% à 0,40%. « Comme les FNB calquent des indices boursiers, inutile d’embaucher un gestionnaire. Cela élimine les frais de gestion », explique Jean Soublière, président de l’ACTIF, une coopérative en animation et en formation financière au Québec. « Alors qu’avec un fonds commun de placement, on achète un gestionnaire. », dit-il.

Souhaitez-vous réinvestir vos dividendes?
Les détenteurs de fonds commun peuvent choisir de recevoir leurs dividendes en argent ou les réinvestir automatiquement dans des parts du fonds. Les investisseurs de FNB, eux, doivent accepter des versements en argent (dans leur compte). Seules quelques maisons de courtage disposent d’un programme privé de réinvestissement des dividendes. C’est ici qu’entrent en jeu les fonds communs indiciels : ils permettent de suivre un indice et de réinvestir automatiquement ses dividendes. Leurs frais de gestion sont légèrement supérieurs aux FNB, oscillant autour de 0,95%.

Quel est votre budget?
Les fonds communs sont plus accessibles. Vous pouvez acheter des parts pour aussi peu que 500$. Les FNB s’achètent habituellement en lot de 100 parts qui coûtent entre 50$ et 100$. Vous devez donc débourser environ 5000$, plus la commission de courtage. On peut parfois acheter moins de 100 parts, mais la commission de courtage minimale s’applique, ce qui en fait un achat moins économique qu’un lot régulier. En dessous d’une cagnotte de 10 000$ à investir, les fonds communs conservent leur supériorité, estiment la plupart des courtiers. Autre avantage des fonds communs : on peut y contribuer avec des versements périodiques (par exemple 100$ par mois). Ces achats ne vous coûtent rien, alors qu’avec un FNB, il faut payer une commission à chaque fois. Vous êtes tenté par un FNB au prix de 5000$ mais ne disposez pas d’un tel montant? Frantz Pierre-Louis propose une stratégie : achetez un fonds indiciel (où les dividendes seront réinvestis). Lorsque vous aurez accumulé 5000$, achetez le FNB correspondant à cet indice, pour profiter des frais moins élevés. Continuez ensuite d’investir vos versements périodiques dans un fonds commun indiciel, et répétez.

Le fisc est-il votre ami?
Les fonds passivement gérés sont plus avantageux du point de vue fiscal que les fonds activement gérés. La raison : moins il y a de transactions dans un portefeuille, moins il y a de gains en capital réalisés. En moyenne, le gestionnaire d’un fonds d’action remanie plus de 80% de son portefeuille au cours d’une année. Et quand un détenteur de parts rachète ses parts, l’impact fiscal de son geste (des gains en capitaux pour le fonds) se répercute sur tous les détenteurs de parts. L’indice S&P/TSX 60, de son côté, ne remanie que 8% de ses avoirs par année, selon Howard J. Atkinson, analyste financier chez Barclays Global Investors Canada. Puisque le gestionnaire de produit indiciel se contente de conserver son portefeuille semblable à l’indice de référence, il vous sauve de l’impôt.