Imposer les entreprises ou les citoyens?

Attention, scandale! Selon une étude de l’OCDE reprise mercredi par Le Devoir, le gouvernement fédéral va chercher plus de la moitié de ses revenus en imposant les particuliers. Et en même temps, il baisse les impôts des entreprises!

Injuste? Inéquitable? Non. Juste un faux débat.

Depuis toujours, l’impôt des particuliers représente grosso modo la moitié des revenus du fédéral. Pas grand-chose de nouveau ici.

Mais surtout : une entreprise ne mange pas. Elle ne boit pas. Elle ne se chauffe pas les fesses deux semaines à Cuba en février. Ce n’est ni un homme, ni une femme. C’est un bout de papier. Un numéro de dix chiffres qui dort sur un disque dur au ministère des Finances.

Qui paye les impôts d’une entreprise? Les actionnaires, les patrons, les employés et même les clients, d’une certaine façon. Et qui souffre le plus quand on impose trop les entreprises? À moyen et long terme, ce sont les salariés et les consommateurs, selon la plupart des études – notamment celles de l’OCDE.

Seuls les humains payent des impôts

Pourquoi? Parce que l’entreprise peut toujours refiler le coût aux clients, par des hausses de prix. Aussi : l’entreprise ne mange peut-être pas, mais elle a des jambes. Vous l’imposez trop? Elle s’en ira fournir des emplois à une province ou un pays moins gourmand. C’est vrai que certaines peuvent difficilement bouger — déménager du sable bitumineux, c’est compliqué pour une pétrolière. Dans ce cas, les propriétaires risquent de moins investir dans leur entreprise. Ils vont choisir de dépenser leur argent ailleurs. Sans investissement, l’entreprise va devenir moins concurrentielle. Cela risque de se traduire, à terme, par moins d’emplois, et des salaires moins élevés pour ses employés.

Bien sûr, à court terme les actionnaires et les patrons peuvent profiter d’impôts moins élevés sur l’entreprise. Notamment en se payant de gros dividendes. Mais si ça choque tant que ça, pourquoi ne pas imposer davantage leurs revenus directement? Ou s’attaquer sérieusement aux paradis fiscaux? On arriverait au même résultat, sans nuire à l’investissement, ni aux salariés.

Oui, il y a scandale. Ce sont les dépenses éhontées de ce gouvernement fédéral — supposément de droite —, qui nous plonge cette année dans un déficit record de 45 milliards $. Mais le fait que l’État aille chercher cet argent dans votre portefeuille ou dans celui de votre employeur ne change rien à ce problème. C’est lâcher la proie pour l’ombre. Car c’est toujours vous et moi, en fin de compte, qui payons.