Faux départ pour Target?
TweetMettez-vous à la place des milliers d’employés des Zellers au Québec. Avec l’arrivée du géant américain Target, qui vient d’acheter Zellers, ils n’ont plus de contrôle sur leur avenir.
On ne connait toujours pas le sort exact que leur réserve Target dans les années qui viennent. Mais beaucoup risquent de perdre leur boulot, ou à tout le moins perdre leur ancienneté et le salaire qui vient avec.
Comme le soulignait le journal Les Affaires, une bataille juridique se dessine. Target a seulement acheté les emplacements des Zellers, pas les employés. Le détaillant pourrait simplement demander à tout ce beau monde de renvoyer leur CV et de retourner à la case départ.
Ce n’est peut-être pas la mer à boire pour un étudiant qui travaille à temps partiel. Mais pour l’employé qui travaille au Zellers depuis 15 ans, qui a réussi à gravir quelques échelons et qui fournit le revenu principal de la famille, c’est un possible désastre.
Pour l’instant, Target ouvrira 19 nouveaux magasins, alors que Zellers en opère 60 au Québec. Il y aura d’autres annonces en septembre concernant l’ouverture possible d’autres magasins. Ça ne veut pas dire que les employés des Zellers aux autres emplacements vont nécessairement perdre leur emploi. Le magasin peut fermer, demeurer ouvert, ou être vendu à un autre détaillant. Mais pour l’instant, les employés sont dans la brume.
Les syndicats sont déjà sur un pied de guerre. Aucun des magasins Zellers syndiqués – il y en a 5 au Québec – ne fait partie des 19 emplacements choisis.
Bref, tout ça donne l’impression que le plan de match de Target est de se débarrasser des employés de Zellers – ou à tout le moins, de leurs conditions de travail actuelles – pour réduire ses coûts d’opération. On peut se tromper, mais disons que le travail de relations publiques de Target ne fait rien pour changer cette impression.
Question : serait-ce si dommageable pour Target de garder les travailleurs des Zellers avec leurs conditions actuelles? Il me semble que dans le contexte, c’eut été un bon coup de relations publiques. Cela aurait permis à Target de se distancer, aux yeux des consommateurs, de la réputation de son principal rival, Wal-Mart.
Oui, le commerce de détail est une industrie concurrentielle. Si vous ne contrôlez pas vos coûts, vous mourez tôt ou tard. Mais faut-il pour autant toujours niveler par le bas?
Chez Costco, qui est aussi un concurrent de Target et Wal-Mart (même si la clientèle cible diffère), entend-on parler de syndicats? Non. En partie parce que Costco offre, en général, de bonnes conditions à ses employés. Ça n’empêche pas l’entreprise d’être compétitive. Car en retour, elle exige beaucoup de ces mêmes employés. Le nivellement par le haut, ça existe aussi.
Laissons la chance au coureur. Mais jusqu’ici, Target donne l’impression de suivre le modèle Wal-Mart en matière de relations de travail. Il devra vivre avec l’image publique qui vient avec.




