Essence : se fait-on avoir?

(Extrait de mon livre L’argent des autres)

« Ost%&@ d’pétrolières! On se fait vraiment fourrer! Vous devez écrire là-dessus, c’est un scandale! »

Je reçois ce genre de message, je dirais, tous les mois. Quand ce n’est pas parce que les pétrolières augmentent leur prix trop vite, c’est parce qu’elles le diminuent trop lentement…

Mais vous êtes-vous déjà demandé quelle partie du litre d’essence pouvait vraiment descendre? Car voyez-vous, sur un litre d’essence vendu 1,00 $ à Montréal, il y a 49,5 cents de taxes, dont 36,4 cents de taxes fixes (si on inclut 4,2 cents de taxe issue du marché du carbone, et refilé aux consommateurs par les entreprises). Des taxes qui ne bougent pas, peu importe les fluctuations du prix du baril de pétrole.

Ensuite, nos gouvernements perçoivent de la TPS et de la TVQ sur le coût de l’essence plus les taxes fixes. Et oui, ils « taxent des taxes »!

Ce qui fait qu’on se retrouve, lorsque le prix au litre est affiché à 1 $ à la station-service, à payer la moitié en taxes!

Et évidemment, quand le prix de l’essence augmente, les gouvernements sont contents puisque qu’ils reçoivent encore plus de taxes grâce à la TPS et la TVQ.

C’est vrai que le prix du baril de pétrole sur les marchés mondiaux a beaucoup fléchi récemment. Et plusieurs d’entre vous aimeraient bien voir ceci se refléter au prix payé à la station-service.

Mais comme on vient de le voir, si on veut comparer la baisse du prix du baril à celui de l’essence, il faut la comparer avec la partie du prix de l’essence qui peut baisser.

En faisant cela, on constate que le prix à la pompe a effectivement diminué ces derniers temps, mais pas autant, en proportion, que la dégringolade du prix du baril.

Les prix baissent!

Mais surtout : quand on observe les chiffres avec du recul, on doit conclure, si on compare toujours le prix du baril à celui à la pompe, que les pétrolières nous font plutôt… un bon deal.

Il y a un peu plus de 12 ans (en 1999), quand on craignait que notre toaster allait « boguer » le matin du 1er janvier 2000, le prix du baril (Brent) était aussi bas que 15 $ (comparé à environ 45 $ en 2016). Il a donc augmenté de près de 300 % depuis. L’essence à cette époque coûtait autour de 70 cents le litre, selon une étude de Desjardins. Le prix d’aujourd’hui (aux alentours de 1,10 $) représente donc une augmentation de moins de 60 %. C’est cinq fois moins que la hausse du prix du baril…

Pourquoi? Une foule de facteurs peuvent conspirer. Dont la fluctuation du dollar canadien, les innovations technologiques par les pétrolières, les changements d’habitudes des consommateurs, etc.

Imaginez : si le prix à la pompe avait augmenté aussi vite que celui du baril de pétrole depuis une douzaine d’années, on paierait plus de 2 $ le litre!

Oui, les marges que se prennent les raffineries augmentent parfois de façon drastique sans raison particulière. Oui, les pétrolières essaient d’étirer l’élastique le plus longtemps possible quand le prix du baril diminue. Et oui, les détaillants peuvent aussi décider de se prendre des marges plus élevées de temps en temps.

Mais la réalité des prix de l’essence n’est pas aussi simple qu’elle n’y paraît. Et le « vorace » dans l’histoire n’est pas toujours la méchante pétrolière. C’est aussi, et de plus en plus, le gouvernement.

***

L’argent des autres est disponible dans toutes les librairies, Coop d’universités, et sur Amazon.ca.

 

Partager cet article : Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInEmail this to someone