Des héros et des vilains

Des héros et des vilains

Si vous voulez avoir une foule en liesse à vos pieds, n’étudiez pas l’économie. Cela vous nuira. Dites plutôt aux gens ce qu’ils veulent entendre – et ils ne veulent pas entendre parler d’offre et de demande.

Ces mots sont du professeur de Stanford Thomas Sowell. Et c’est une phrase que devraient méditer tous ceux – incluant François Legault et l’ADQ – qui cherchent à proposer des réformes au Québec. Que ce soit pour rendre les hôpitaux plus efficaces, améliorer le système d’éducation, réduire les subventions aux entreprises, ou permettre à des entrepreneurs québécois de concurrencer la SAQ.

C’est aussi, un peu, le propos de ma chronique de jeudi dernier, mal comprise par certains. J’y critiquais la stratégie de l’ADQ face aux syndicats. Ce parti, qui se définit de centre-droit, veut que l’argent des cotisations payées par les syndiqués serve uniquement pour la négociation de leur convention collective, et non pour appuyer des partis politiques et faire de la pub.

C’est correct. Je trouve la cause juste. Ce que je dis, c’est que tant qu’à critiquer les syndicats, je trouve plus percutants les reproches adressés par Amir Khadir, de Québec solidaire, comme quoi les syndicats de la fonction publique se comportent comme des lobbys. Qui cherchent à protéger leurs privilèges, et qui sont prêts à refiler la facture – via des tarifs d’électricité plus élevés, par exemple – aux citoyens plus pauvres qu’eux. Je trouve cette critique, cet angle, plus efficace. C’est humain. Ça touche la cible.

De l’humanité, bordel!

Sowell écrivait que les concepts économiques abstraits, comme l’offre et la demande, ne sont pas émotionnellement satisfaisants pour les électeurs. Pour ça, il faut des mélodrames, des histoires avec des héros et des vilains.

L’ADQ et la coalition de François Legault veulent changer le Québec en réformant des pans de son économie. Mais pour réaliser ces réformes, ils doivent convaincre une majorité de la population du bien-fondé de ces réformes. Contre une multitude de lobbys qui tiennent au statu quo et au maintien de leurs privilèges – syndicats, corporations, patronat ou même politiciens.

Pour réussir, ils devront faire plus que parler d’économie. Ils devront toucher le cœur des gens.

Nous sommes au Québec. Pour faire accepter des idées de réforme, la droite doit démontrer que son but premier est d’aider la veuve et l’orphelin. Montrer de la compassion. Et aussi, se rappeler que nous vivons dans une collectivité. Que le « nous » existe bel et bien – même s’il n’a pas à être incarné par l’État et ses bureaucrates. Mais ça, la droite l’oublie trop souvent. Et sans ça, même les meilleures idées économiques meurent rapidement.

Le plus grand succès de la gauche est d’avoir fait passer les gens de droite pour des sans-cœur. Des gens qui ne pensent qu’à l’argent, et qui rêvent d’un monde où règne la loi de la jungle, la loi du plus fort. Et disons-le franchement, beaucoup de gens « à droite » ne s’aident pas beaucoup, et leur donnent raison.

Pour combattre cette perception bien enracinée, pour convaincre les Québécois de faire des réformes nécessaires, il faut plus que des idées. Plus que de la théorie, ou que du « gros bon sens ». Il faut de la compassion. Moins d’arguments économiques, plus de héros et de vilains.