CSeries: Kansas city a gagné
TweetDepuis l’annonce du projet de la CSeries à Mirabel – qui exigera des contribuables canadiens et québécois près de 500 millions de dollars – tout le monde se réjouit, politiciens et médias confondus. Nous avons «gagné» une bataille contre la ville de Kansas City, en lice pour assembler le nouvel avion.
Ce sont les contribuables du Missouri qui ont gagné, pas nous. Ceux-ci pourront dépenser leur argent sur des biens qu’ils désirent réellement. Une télévision, un voyage ou réparer leur toiture, tout dépend de leurs besoins. De notre côté, nous sommes contraints d’allonger nos dollars durement gagnés pour construire des avions dont on n’a aucune envie. (Si tel était le cas, les citoyens et les banques y auraient investi de leur propre gré.)
Mais au moins, nous créerons 3500 emplois… Erreur. La majorité de ces emplois aurait été créée de toute façon. Si je postule pour un des nouveaux emplois chez Bombardier, et qu’on rejette ma candidature, je ne vais pas rester assis sur ma chaise pendant les 15 prochaines années. Notre taux de chômage est à son plus bas des 30 dernières années – environ 6%. Les entreprises se battent pour attirer la main-d’oeuvre. Il est facile de se trouver un emploi, même payant.
On oublie surtout que les emplois créés grâce aux subventions – dans ce cas-ci, l’aide gouvernementale équivaut à près de 134 000$ par emploi «créé» – auraient été créés ailleurs si l’argent avait été retourné aux contribuables. Pour créer l’emploi de Pierre chez Bombardier, 134 000$ doivent être utilisés, donc soustraits du reste de l’économie. Ces dollars ne sont plus dans nos poches pour «stimuler» la création d’emplois pour Paul, Pierrette et Pauline, qui oeuvrent dans d’autres industries. Combien d’emplois auraient été créés si les contribuables québécois et canadiens avaient pu dépenser ce montant à leur guise? Les contribuables du Missouri, au moins, demeurent maîtres de leur argent et de leurs décisions. Avec un demi-milliard de plus dans leurs poches (l’équivalent des subventions offertes), ils consommeront et créeront les emplois qui, à leurs yeux, seront le plus utiles à la société.
Les investissements sont toujours bienvenus, et les bénéfices tangibles et non tangibles que la communauté en retire ont une valeur. Mais dans le cas de Bombardier, cette «victoire» est surtout une bonne nouvelle pour Mirabel et ses commerçants, qui profiteront du transfert de richesse que représente la subvention. Qu’en retire le contribuable de Chicoutimi, de Val-d’Or ou de Saint-Donat? Rien du tout, outre une fierté quelconque si un brin de nationalisme sommeille en lui. On lui a pris son argent de force pour le donner aux dirigeants, actionnaires et clients de Bombardier.
Le contribuable du Missouri, en plus de garder son argent, pourra bientôt voler au rabais sur un avion fabriqué par Bombardier. Au rabais, puisque l’avion aura été subventionné par vous et moi. Comme le dit la publicité: des milliers de Québécois sont derrière les projets de Bombardier. Soyez-en fiers! C’est votre avion!




