La version imprimée est arrivée!

La version papier d’Opération éléphants est maintenant en ligne sur Amazon.ca!

Opération éléphants, un livre sur l’échange et la coopération, est le premier d’une série de livres qui vise à présenter aux jeunes lecteurs des principes d’économie et de finance à travers des histoires amusantes. Groupe d’âge cible: 6-9 ans.

Aussi disponible en version électronique pour tablettes et Kindle.

 

Achetez le livre ici:   https://www.amazon.ca/dp/2981768409/ref=sr_1_5?ie=UTF8&qid=1533759116&sr=8-5&keywords=descoteaux

 

 

Économie 101 pour les jeunes

Vous voulez initier votre enfant aux bases de l’économie et de la finance? Je viens de publier « Opération éléphants », un livre pour enfant sur l’échange et la coopération. C’est le premier d’une série de livres qui vise à présenter aux jeunes lecteurs des principes d’économie et de finance à travers des histoires amusantes. Seulement 3,93$ en version électronique, en français ET en anglais! Des versions papiers (paperback) seront disponibles dès jeudi.

Voir le livre ici.

Mise à jour sur les points de vente D’endetté à Millionnaire

Chers lecteurs potentiels, je vous informe qu’après les Renaud-Bray, Archambault, la plupart des librairies indépendantes et Amazon, notre livre est maintenant en vente dans la plupart des Walmart du Québec, ainsi que dans six Costco (Québec, Sainte-Foy, Lévis, Chicoutimi, Trois-Rivières et Gatineau).

C’est évidemment une excellente nouvelle pour moi et Ian, car nous pensions depuis longtemps que les consommateurs de chez Walmart, et surtout Costco, sont un bon public-cible pour notre livre (nous avons un tas de conseils pour les jeunes familles, par exemple). C’était donc important, dans un contexte où nous n’avons pas beaucoup de publicité et qu’on ne risque pas de se retrouver à Tout le monde en parle, que ces gens puissent voir le livre et le feuilleter.

Si ces six points de vente de Costco vendent assez de livres, Costco va en commander d’autres, pour la plupart de ses succursales. On se croise les doigts!

D'endetté à millionnaire : un plan pour les milléniaux, les jeunes familles et tous ceux qui veulent s'enrichir

La Dernière Partie De Poker

(Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

J’ai fait un drôle de rêve hier soir.

Il est vingt heures. J’entre dans une pièce mal éclairée. À travers l’épaisse fumée de cigare j’aperçois une table ronde. Une lampe suspendue y éclaire sept têtes. Chacun tient des cartes entre ses mains, l’air soucieux.

La partie de poker se déroule depuis un moment.

Je m’approche sans faire de bruit. J’observe. De gauche à droite, je compte sept joueurs : Mme Crise économique, Gouvernement, Consommateur, Payeur de taxe, Économiste conventionnel, Banquier, et une bibitte étrange – elle possède des cuisses de fermier, des mains d’artistes, le corps d’un PDG d’entreprise et la tête d’un chef syndical. Appelons-la « Groupe de pression ».

Sur le tapis vert de la table, Consommateur et Gouvernement jouent comme des débutants. Ils gaspillent des jetons sans compter, incapables de s’en empêcher.

Après un mauvais bluff, Consommateur perd tous ses jetons. Ça fait trois fois qu’il se ruine, et remprunte à Banquier pour continuer à jouer. Il a déjà mis son auto et sa maison en garantie. « Assez, c’est assez! » Il se lève et quitte la table.

Je me tourne pour regarder Payeur de taxe. Il semble contrarié. Il joue de façon prudente et disciplinée, mais perd des jetons chaque tour. Parce que Gouvernement joue de façon agressive, mais aussi parce que Groupe de pression, assis à côté de Gouvernement, pige dans les jetons de ce dernier et le relance à chaque mise, créant une surenchère. Payeur de taxe est incapable de suivre le rythme.

À ma gauche, Économiste conventionnel est dans le trouble. Sa pile de jetons fond rapidement. Il ne comprend pas. Ses années de recherche lui ont enseigné que plus on dépense de jetons (même si on les gaspille), plus notre fortune grossit, puisque cette dépense entraîne des effets « multiplicateurs ». Confus, il se lève et quitte. Il retourne à sa tour d’ivoire peaufiner ses modèles mathématiques.

Pendant ce temps Mme Crise économique, sourire en coin, accumule les jetons que gaspillent tous les joueurs…

Le joueur le plus détesté, c’est Banquier. Lui, il mise un paquet de jetons à chaque tour, peu importe les cartes qu’il a entre les mains. Il s’en fout. Il sait très bien que son ami Gouvernement va le renflouer s’il perd tout. Mais au tour suivant, il tente un pari beaucoup trop risqué… et perd tout!

Bah! Il se lève, fait un clin d’œil à Gouvernement, et va préparer tranquillement du café.

Soudain, un cri fait sursauter tout le monde. « Lâche mes jetons, parasite! » Gouvernement vient de réaliser que Groupe de pression pige constamment dans sa pile.

Gouvernement place ce qu’il lui reste de jetons bien en vue devant lui, et jure qu’il adoptera dorénavant une façon de jouer plus « austère » d’ici la fin de la partie.

Groupe de pression ne survit pas à cette décision. Il se lève, furieux, et sort protester dans la rue. Il brandit une pancarte sur laquelle on peut lire : « Je mérite plus de jetons! »

Appauvri par l’agressivité de Gouvernement et de Groupe de pression depuis le début de la partie, Payeur de taxe fini par mourir, un deux de pique et un sept dans les mains. Il quitte la table en vociférant contre les autres joueurs : « Vous conspirez tous contre moi! »

La fin de partie approche.

Seuls deux joueurs demeurent à la table : Gouvernement et Mme Crise économique.

Mme Crise économique possède beaucoup plus de jetons que Gouvernement.

Gouvernement, désemparé, lance un coup de fil à Économiste conventionnel dans sa tour d’ivoire. « Vous n’avez qu’un choix, dit ce dernier : bluffer. Il faut faire peur à Mme Crise économique pour qu’elle se couche. Misez tout ce qu’il vous reste. Ce n’est pas le temps d’être radin et de penser à l’avenir. À long terme, nous sommes tous morts. »

Le gouvernement se lance all in. Il pousse tous ses jetons au centre de la table. Et prie.

Mme Crise économique tient une full house entre ses mains.

Le gouvernement, une paire de cinq.

Mme Crise économique va-t-elle se coucher?

À ce moment, je me suis réveillé.

MON LIVRE « L’ARGENT DES AUTRES » EST DISPONIBLE EN LIBRAIRIE DEPUIS LE 26 JANVIER, OU ICI: (VERSION PAPIER ET ÉLECTRONIQUE)

L'argent des autres

 

Redoutables lobbys

Aux États-Unis, des lobbys font toujours la loi et des entreprises québécoises en payent le prix.

(Publié en 2008 dans le défunte revue Commerce, mais toujours d’actualité semble-t-il…)

Palm Beach, en Floride. Par une matinée ensoleillée, José Fanjul vérifie son courrier. Il y trouve un chèque de cinq millions signé par le gouvernement américain. Cet exilé cubain, exproprié par Fidel Castro pendant la révolution, utilisera l’argent pour entretenir son yacht, le Crili. Il prête ce vaisseau de 95 pieds à des politiciens qu’il courtise à l’occasion de dîners-bénéfice. Il ajoutera aussi un ou deux Sorolla – un peintre espagnol qu’il affectionne – aux murs de sa somptueuse demeure de 30 pièces. Il peut se le permettre : des chèques comme celui-ci, il en reçoit douze par an. José Fanjul est propriétaire de Flo-Sun, un vaste empire sucrier de 400 000 acres qui fournit le tiers du sucre consommé annuellement par les Américains. Et, comme tous les mois, il réserve une partie du montant à l’American Sugar Alliance, le lobby le plus efficace des États-Unis.

Rue Notre-Dame, à Montréal, l’usine de Sucre Lantic a repris son activité depuis quelques heures déjà. Une épaisse fumée s’échappe des trois cheminées surplombant la raffinerie. Même si ses fondations datent du 19e siècle, l’usine de Sucre Lantic est plus concurrentielle que celle de Flo-Sun. Elle pourrait vendre du sucre aux Américains pour deux fois moins cher. Mais si elle tente de le faire, elle devra payer une taxe de 100 % sur chacun de ses sacs de sucre qui passeront la frontière. Alors, elle ne le fait pas. Le protectionnisme, c’est ça. Et José Fanjul s’y connaît. Talonné par une armée de lobbyistes, non seulement le gouvernement américain lui verse les subventions les plus scandaleuses de la planète, mais il le protège aussi de la concurrence étrangère.

Les sacrifiés de l’ALENA

Le sucre est un exclu du libre-échange, comme le sont les produits laitiers, la dinde, le poulet, les arachides et certains produits cosmétiques, entre autres. Ils ne font pas partie des quelque 28 000 produits qui circulent librement entre le Canada et les États-Unis grâce à l’Accord de libre-échange (maintenant l’ALENA) signé en 1989 entre les deux pays. Menacés d’être frappés de tarifs douaniers allant jusqu’à 300 % du prix de vente s’ils entrent aux États-Unis, ces produits doivent trouver preneur ailleurs. Pour certains, c’est le désastre. Les entreprises sucrières canadiennes perdent chaque année 120 millions de dollars, et leur nombre est passé de quatorze en 1970 à quatre aujourd’hui. « Le marché des États-Unis étant fermé, il est très difficile de réaliser des économies d’échelle. Les raffineries ont dû fusionner pour survivre, explique Ed Makin, président de Sucre Lantic. Si on nous permettait de vendre notre sucre là-bas, nous prendrions des parts de marché aux entreprises américaines, c’est sûr. »

Les producteurs de sucre ne sont pas les seuls à souffrir des exceptions de l’ALENA. Outre l’exclusion de certains produits, certaines lois américaines l’emportent sur l’accord et empêchent des entreprises québécoises et canadiennes de vendre leur produit ou service aux États-Unis. À 24 ans, Denise Verreault a dû prendre la tête du chantier maritime Verreault, fondé par son père aux Méchins, en Gaspésie. Depuis ses débuts en affaires – elle a aujourd’hui 42 ans -, elle est privée de la moitié de sa clientèle potentielle. La raison : le Jones Act, une loi américaine signée en 1920 qui invoque des motifs de sécurité, et interdit aux entreprises canadiennes de construire, réparer ou exploiter des navires commerciaux qui font plus d’un arrêt dans les eaux américaines. Les navires qui vont livrer leur marchandise aux États-Unis doivent avoir été construits par des Américains et ne peuvent être réparés qu’aux États-Unis. À la grande joie des chantiers maritimes du pays. « Il est clair que cette mesure protectionniste va à l’encontre de tous les principes de libre-échange. Mais les Américains y tiennent mordicus », dit Denise Verreault.

Depuis 1992, les revenus de l’industrie canadienne des chantiers maritimes ont diminué de moitié. Le chantier de Denise Verreault est fermé depuis janvier dernier : il n’y a plus de navires à réparer. À Lévis, le chantier maritime de la Davie, le plus important du Canada, menaçait lui aussi de fermer en octobre 2006. Il a finalement été acheté par un concurrent. « Le protectionnisme américain a imposé le Jones Act aux négociateurs du libre-échange, dit Gilles Gagné, chef de la direction de la Davie. C’est sûr que le marché américain serait intéressant pour nous, mais nous devons nous concentrer sur les marchés canadien, européen et asiatique. »

Outre le Jones Act, plusieurs lois font obstacle au commerce entre les deux pays. Le Buy American Act, par exemple, empêche des fournisseurs canadiens de soumissionner pour des appels d’offres du gouvernement américain. La loi des Marchés réservés aux petites entreprises, quant à elle, oblige les soumissionnaires d’un projet à donner en sous-traitance une part (habituellement 40%) de leurs travaux à des sociétés américaines. Un protectionnisme subtil, qui heurte des entreprises québécoises et canadiennes. Mais, surtout, qui profite à des firmes américaines.

Follow the money

Dans certains cas, il s’agit d’un compromis entre les deux pays, explique Lawrence Herman, avocat chez Cassels Brock. « Le sucre, par exemple, est un produit très sensible aux États-Unis. Le Canada se devait de tolérer cette exception. En retour, les Américains ferment les yeux sur notre système de gestion de l’offre pour le lait, les oeufs et la volaille », explique cet ancien diplomate canadien, qui a conseillé des juges de l’ALENA lors de conflits commerciaux. Ottawa empêche les producteurs américains de nous vendre ces produits parce qu’ici aussi, il y a des groupes de pression qui protègent leur marché. Le lobbying est pratiqué des deux côtés de la frontière.

Sauf que chez notre voisin du Sud, c’est bien connu, tout est plus gros. Y compris le lobbying. Quand une industrie américaine réussit à se soustraire au libre-échange, c’est parce que les groupes de pression qui la représentent sont riches, puissants et organisés. Et ils payent cher pour convaincre le Congrès américain de protéger leur marché. Une myriade de groupes de pression se battent pour l’industrie de la construction navale aux États-Unis. Les plus actifs sont le Maritime Cabotage Task Force – qui défend bec et ongles le Jones Act -, le Great Lakes Maritime Task Force et l’American Shipbuilding Association. Dans l’ensemble, le lobby du transport maritime dépense 17 millions par an pour représenter ses intérêts à Washington. Son message est clair : la sécurité nationale doit primer sur le libre-échange, et le Jones Act protège les Américains. Contre de tels moyens, les chantiers maritimes québécois sont impuissants. « Personne ne se bat pour notre industrie. Voilà pourquoi elle en arrache », déplore Denise Verreault.

Les producteurs canadiens de sucre sont tout aussi démunis. Sucre Lantic se frotte aux industriels les mieux protégés par Washington. L’American Sugar Alliance, le puissant lobby du sucre dominé par Flo-Sun, a versé 2,7 millions à divers élus au cours de l’année 2006, selon le Center for Responsive Politics, un centre de recherche non partisan qui étudie les filières des contributions financières aux partis politiques. Près de 60% de cette somme est allée au Parti démocrate, qui détient maintenant la balance du pouvoir à Washington. À lui seul, José Fanjul a contribué pour plus d’un million de dollars. Un bon investissement. Selon le General Accounting Office, le programme de soutien des prix rapporte cinq cents par livre aux producteurs de sucre. Avec sa production annuelle de 650 000 tonnes, Flo-Sun reçoit chaque année 65 millions de dollars du gouvernement.

« L’argent n’achète pas nécessairement les politiciens et les projets de loi, explique Larry Makinson, chercheur principal au Center for Responsive Politics. Le lien est souvent plus subtil. Mais une chose est sûre: les politiciens ont besoin de garnir leur trésor de guerre en période électorale. Et ils se sentent souvent redevables envers ceux qui les ont aidés », dit-il.

Dans certains cas, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le conflit du bois d’oeuvre entre les scieries canadiennes – dont plusieurs québécoises – et américaines en est un bon exemple. Une loi américaine, l’amendement Byrd, incite les sociétés américaines à jouer les victimes du libre-échange.

En vertu de cette loi, le gouvernement récompense les entreprises qui se plaignent de concurrence « déloyale ». Il impose des taxes au produit du concurrent étranger, et redonne l’argent ainsi perçu aux plaignantes. En 2004, le gouvernement américain imposait des tarifs de 27 % sur le bois d’oeuvre en provenance du Canada. Cette année-là, quatre producteurs forestiers de l’Oregon, du Tennessee et de la Georgie ont reçu plus d’un million de dollars en vertu de l’amendement Byrd, selon une étude du US Government Accountability Office. « Cette loi a prolongé le conflit », dit Carl Grenier, président du Conseil du libre échange pour le bois d’oeuvre, la principale organisation qui a défendu les entreprises canadiennes. « Nous exportons pour près de 11 milliards de dollars de bois d’oeuvre par an. Avec des tarifs de 27%, ça monte vite. Vous pouvez imaginer la motivation des PDG américains. »

Cependant, rien n’est gratuit. Pendant la même année, ces entreprises ont figuré parmi les plus importants contributeurs aux caisses électorales des partis démocrate et républicain, selon les chiffres du Center for Responsive Politics. International Paper, une entreprise qui est en activité dans plus de 40 pays et dont les ventes annuelles dépassent les 29 milliards de dollars, a « investi » 479 332 dollars en contributions politiques à divers sénateurs et représentants en 2004, et a récolté 761 907 dollars en droits compensatoires. Coïncidence? « Absolument pas, répond Carl Grenier. C’est clair qu’il y a un lien. Aux États-Unis, il y a une croissance phénoménale des activités de lobbying depuis quelques années. Au point où le système politique est corrompu », dit ce spécialiste des institutions politiques américaines qui est aussi professeur à l’Université Laval. La situation est, en effet, inquiétante. Les dépenses en lobbying ont presque doublé depuis 10 ans aux États-Unis, atteignant 2,45 milliards de dollars en 2006.

Ce n’est pas fini…

À la suite de plusieurs menaces de la part du Canada et de l’Union européenne, le Congrès américain a décidé il y a quelques mois d’abroger l’amendement Byrd. Celui-ci sera caduc le 1er octobre 2007. D’ici là, les droits de douane perçus continuent à tomber dans les poches des entreprises qui se plaignent au gouvernement (depuis 2001, quelque 1,26 milliard de dollars ont été distribués en vertu de cette loi).

Il s’agit d’une bonne nouvelle pour tous les partenaires commerciaux des États-Unis. Toutefois, envisager une réforme plus profonde du système – qui réduirait le pouvoir des lobbys – demeure utopique, selon plusieurs. « Le mécanisme de règlement de conflits de l’ALENA n’est pas encore assez fort pour contrer le jeu politique », dit Guy Stanley, consultant en commerce international chez Guy Stanley et associés. « Tant que les parts de marché des entreprises canadiennes aux États-Unis demeurent sensiblement les mêmes, les relations commerciales sont bonnes. Mais si ces parts augmentent trop, les pénalités et les menaces de représailles arrivent. »

Les premiers concernés ont appris à composer avec un marché américain bloqué. « Je ne me fais pas d’illusions, répond Ed Makin, de Sucre Lantic, lorsqu’on l’interroge sur une éventuelle ouverture du marché américain. Avec le renouvellement probable du Farm Bill – une subvention de 175 milliards versée aux agriculteurs américains sur une période de 10 ans, en attente d’approbation par le président -, je serais très surpris. En ce qui nous concerne, en tout cas, nous ne misons pas là-dessus pour assurer notre avenir. »

Sage décision. Car les producteurs sucriers américains ont un nouvel allié à Washington : le représentant démocrate du Minnesota, Collin Peterson, qui est depuis deux mois aux commandes du comité sur l’Agriculture à la Chambre des représentants. Son district électoral est bondé de fermiers qui cultivent la canne à sucre. Collin Peterson a récemment affirmé qu’il veut améliorer le sort de ses agriculteurs. Pour y arriver, il se dit prêt à faire monter le prix du sucre « par tous les moyens ».

POUR ACHETER MON LIVRE « L’ARGENT DES AUTRES », IL EST EN LIBRAIRIE DEPUIS LE 26 JANVIER, OU ICI: (VERSION PAPIER ET ÉLECTRONIQUE)

L'argent des autres

Place à la compétition!

(Dernier extrait – et là c’est vrai – 🙂 ) de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca)

Un dimanche soir humide dans un parc de l’Est de Montréal. Le gros cogneur des Rotoculteurs se présente au marbre. Paul, mon lanceur, envoie la balle… Whack! Une flèche en ma direction. Je baisse mon gant pour l’intercepter. Trop tard… La balle file entre mes jambes. J’ai peur de relever la tête. Ce n’est pas le jugement des cinq spectateurs éparpillés dans les estrades qui me terrorise, c’est Paul. Il hait perdre. Je vais entendre parler de mon erreur pendant deux mois…

Paul est très compétitif. Notre équipe est loin de s’en plaindre. Paul trouve toujours le moyen de nous faire gagner. Même contre les plus coriaces adversaires. Mais ça, c’est le dimanche. Le lundi, tout change. Paul travaille à la Ville de Montréal. Il est col bleu. Et à l’entendre, il préfère la loi du moindre effort lorsque vient le temps de remplir un nid-de-poule.

J’ai pensé à Paul – et à ses contradictions – cette semaine. Peinant à boucler son budget, le gouvernement québécois fait grimper les tarifs, la TVQ, les impôts… Bref, la main de l’État fouille plus profond dans vos poches. Il existe pourtant une alternative : rendre l’État plus efficace et moins coûteux.

Comment? Les fonctionnaires syndiqués effectuent un travail de piètre qualité et sont payés trop cher, dit-on. Parce qu’ils sont paresseux et incompétents? Non. La plupart de ces hommes et femmes sont comme vous, comme moi, comme Paul. Dévoués et talentueux. Le problème : ils se trouvent prisonniers d’un système qui punit l’initiative, qui se fiche de l’efficacité, et qui récompense le gaspillage. Nos fonctionnaires travaillent pour des monopoles. Sans jamais se frotter à la concurrence. Difficile alors de sortir le meilleur d’eux-mêmes. Et c’est nous, contribuables, qui en payons le prix.

Stephen Goldsmith a compris cela. En 1995, cet ancien maire d’Indianapolis a décidé de lancer des appels d’offres, tous les cinq ans, pour l’entretien d’une partie des rues de la ville. Les syndiqués municipaux pouvaient aussi soumissionner, mais ils se mesureraient à des entreprises privées. Le contrat irait au groupe offrant un travail de qualité, au meilleur prix.

Devinez qui a remporté le contrat? Les employés de la Ville! Ils ont présenté une soumission nettement inférieure à celle de leurs concurrents privés. « Nous étions certains que les entreprises privées écraseraient nos travailleurs dans une situation de concurrence directe », raconte Goldsmith, aujourd’hui professeur à l’Université Harvard, dans son livre Resurrecting Urban America. « Mais les hommes et femmes qui font ce travail savent mieux que quiconque comment l’accomplir. En ayant leur destinée en main – et le contrôle sur les décisions –, ces travailleurs ont fait preuve de créativité. Ils se sont transformés en spécialistes de l’efficacité du jour au lendemain », dit-il.

La ville d’Indianapolis dépensait 425 $ par tonne d’asphalte chaud pour remplir les nids-de-poule. Avec la nouvelle soumission : 307 $. Une économie de 25 % pour les contribuables. Indianapolis n’est pas seule. La ville de Philadelphie économise bon an mal an 38 M$ par année depuis qu’elle fait jouer la concurrence dans les services municipaux. C’est la Grande-Bretagne, en 1980, qui a parti le bal. Les syndicats ont protesté au départ, mais ils ont raflé plus de 70 % des contrats! Normal, ils sont experts dans leur domaine. Motivez-les, et ils deviennent aussi innovateurs, efficaces et soucieux que leurs confrères du privé.

Pour rendre l’État plus efficace – et moins cher –, il faut introduire la compétition. En ce moment, les Montréalais et Québécois paient cher le manque de compétition dans la livraison des services gouvernementaux. Qu’on me comprenne bien. Des fonctionnaires qui se défoncent jour après jour, ça existe. Mais nombre de services – autant au municipal, au provincial qu’au fédéral – gagneraient à se frotter à la concurrence. Entretien des routes, déneigement, transport en commun, comptabilité, livraison du courrier… la liste est longue.

Et les économies réalisées? On pourrait les distribuer aux usagers par le biais de baisses de tarifs, aux contribuables en diminuant leurs impôts, et aux employés du secteur public sous forme de bonification des conditions de travail.

Au lieu de nous refiler la facture de leur piètre gestion, nos élus doivent ouvrir les portes de l’État à la concurrence.

Notre équipe de balle-molle? Elle s’est rendue en finale cet été-là. Grâce à Paul. Une chance qu’on jouait le dimanche.

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Comment se fera l’atterrissage immobilier?

(Extrait du livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

Le marché immobilier canadien va-t-il se dégonfler en douceur ou en catastrophe? On peut en débattre. Mais une chose est certaine : l’économie canadienne — et québécoise — va en souffrir.

Près de la moitié (45 %) de la croissance du PIB depuis 2000 au Canada peut être attribuée directement aux industries de la construction. Et à celles qui gravitent autour (finance, assurance, immobilier, etc.) C’est le constat que faisait récemment l’analyste Ben Rabidoux, président de la société de recherche North Cove Advisors.

C’est l’immobilier et la construction qui a tiré l’économie ces dernières années. Et qui, conjugué à notre surconsommation et notre endettement record, nous a permis de passer à travers la dernière crise. Mais tout ce que l’économie canadienne a fait, c’est acheter du temps. Sacrifier demain pour éviter de payer aujourd’hui. Or, demain s’en vient. Et ce même marché immobilier — avec ses effets d’entraînement sur une foule d’industrie —, risque d’envoyer l’économie au tapis. Si les dominos commencent à tomber, nul ne sait où ils s’arrêteront.

Sur son blogue, Rabidoux calculait que le pourcentage de la population active employé dans la construction est de 7,3 % au Canada (en forte hausse depuis le début des années 2000) comparé à 4,2 % aux États-Unis. « Attendez-vous à ce que l’investissement résidentiel et l’emploi dans la construction deviennent des freins à la croissance du PIB à partir de maintenant », écrit-il.

La Banque complice

Quelqu’un est-il surpris? Depuis 10 ou 15 ans, le prix des maisons a explosé dans plusieurs villes du Canada. Même à Montréal et Québec, les prix sont à des niveaux qui n’ont aucune mesure avec la hausse des salaires pendant la même période. Pourquoi? Parce que cette bulle a été gonflée au crédit. La dette personnelle des Canadiens bat un record tous les trimestres, et dépasse aujourd’hui celle des Américains avant leur effondrement immobilier. De plus, selon la Banque du Canada, la part des marges hypothécaires du crédit à la consommation a monté en flèche, ce qui rend plusieurs Canadiens vulnérables à une hausse des taux d’intérêt.

Ça peut durer longtemps, une bulle. Mais ça finit toujours par dégonfler. Ou éclater.
Les avertissements de la Banque du Canada, et les nouvelles règles hypothécaires du gouvernement, arrivent trop tard. C’est d’ailleurs cette même banque qui a contribué à gonfler la bulle, en maintenant artificiellement bas les taux d’intérêt. Certains diront qu’elle n’avait pas le choix. Mais du coup, elle a stimulé la surconsommation, l’endettement et les bulles spéculatives.

Que fait-on quand les taux d’intérêt (et par ricochet, les taux hypothécaires) sont bas? On s’endette pour acheter une maison. On prend une marge de crédit et on achète une auto. Épargner? Vous voulez rire… Quand un certificat de placement rapporte 1 %? Non merci.

Mais la route vers une véritable reprise économique passe par l’épargne, non par la consommation. Les Canadiens doivent nettoyer leur bilan. Cesser de consommer à crédit, et épargner. Ce sera dur pour l’économie à court terme, mais c’est l’inévitable chemin de croix par lequel nous devons passer. Retarder cet ajustement ne fait qu’empirer les choses.

Nous avons longtemps festoyé à crédit. Par conséquent, préparons-nous, au minimum, à un sérieux mal de tête dans les années à venir.

MON LIVRE « L’ARGENT DES AUTRES » EST DISPONIBLE EN LIBRAIRIE DEPUIS LE 26 JANVIER, OU ICI: (VERSION PAPIER ET ÉLECTRONIQUE)

L'argent des autres