La commission Charbonneau va-t-elle changer quoi que ce soit?

(Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

J’en doute fortement.

Avant que ce cirque ne débute, j’avais déjà exprimé mes réserves. En 2011 j’écrivais :

La Commission Gomery sur les commandites a changé quoi? La commission Cliche sur la construction? (Pas grand-chose, de toute évidence.) La Commission Bastarache? On aura droit à un gros spectacle, on va en apprendre un peu sur les rouages du système, quelques personnes seront éclaboussées, d’autres congédiées. Et quand ce sera fini, on retournera s’obstiner sur la place ou non de Desharnais sur le deuxième trio du Canadien.

 Je me méfie surtout des recommandations que ferait une telle commission. Un p’tit 2 $ sur : plus de gouvernement, plus de pouvoir aux fonctionnaires, plus de règles.

 Je ne m’étais pas trompé. Je comprends que les Québécois, écoeurés par les histoires de corruption, avaient besoin qu’un tel « procès » se déroule. Mais la suite était prévisible.

Comme la drogue

La lutte à la corruption me fait penser à la lutte à la drogue. Dans les ghettos d’une métropole, des jeunes deal des pilules ou de la poudre sur des coins de rues sales. Soudain des policiers, après des mois de surveillance, sautent dans le tas. Et réussissent à coincer deux ou trois revendeurs intermédiaires. On se donne des tapes dans le dos, des high-five. Mission accomplie!

La semaine suivante un Ford Expedition noir aux vitres teintées s’arrête au même coin de rue. Des jeunes à l’allure louche débarquent. Le King du quartier est en prison, la place est libre. Une autre gang prend le relais. Et le commerce reprend. Des nouveaux visages, la même drogue, les mêmes junkies.

Tant que la drogue est disponible, des demandeurs vont échanger avec des offreurs. Dans le cas qui nous occupe au Québec, la drogue, c’est l’argent des autres. Plus il y a d’argent des autres disponible (l’argent des contribuables), plus de gens corruptibles, et de corrupteurs, se pointent le museau.

La nature humaine

L’économiste et prix Nobel Milton Friedman disait qu’il existe quatre façons de dépenser :

1— Vous dépensez votre propre argent, pour vous-même : vous exigez le maximum pour votre argent.

2— Vous dépensez votre argent, pour un autre (ex: échange de cadeaux) : vous cherchez le meilleur prix, mais vous portez parfois moins d’attention à ce que vous achetez, que si vous l’achetiez pour vous-même.

3— Vous dépensez l’argent des autres, pour vous : le prix vous importe peu, et vous vous payez le gros luxe.

 
4— Vous dépensez l’argent des autres, au profit d’un autre : vous vous souciez peu du prix, ou de la satisfaction de l’autre.

Le no 4, c’est ce que font la plupart des politiciens. Qui n’ont souvent aucune idée de ce qui se passe dans leur propre ministère. On le voit dans la construction, mais aussi dans le système de garderies, les écoles, les hôpitaux, les milliards en subventions qu’on donne aux entreprises.

On appelle ça la nature humaine. Traitez-moi de cynique, mais ce n’est pas une commission qui va y changer quoi que ce soit. Ni de nouvelles règles, que les bandits vont contourner dès le lendemain. Tant qu’il y aura de l’argent des autres à dépenser, beaucoup d’argent des autres, le problème va demeurer.

MON LIVRE « L’ARGENT DES AUTRES » EST DISPONIBLE EN LIBRAIRIE DEPUIS LE 26 JANVIER, OU ICI: (VERSION PAPIER ET ÉLECTRONIQUE)

L'argent des autres

Le Grand Prix et la multiplication des pains

(Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

L’été arrive enfin. Le soleil brille, la bière coule. Malheureusement, un déplaisant visiteur s’invite une fois de plus aux célébrations : l’indécrottable étude de « retombées économiques ».

Que ce soit le Grand Prix de Montréal, un festival de musique ou d’humour, c’est la même rengaine. Dans le but de quémander une subvention, un groupe organisé se paye une étude pour expliquer que chaque dollar dépensé dans son projet va en faire apparaître trois dans l’économie. (Ils font souvent affaire avec le cabinet-conseil réputé Faitedir-Ôchif-Skilveul.) Le raisonnement est le suivant : vous mangez un repas au restaurant, que vous payez au propriétaire de l’établissement 60 $. Il dépense cette somme le lendemain chez le coiffeur et le boulanger. Avec cet argent, le coiffeur achète un steak chez le boucher, et ainsi de suite. On additionne tous ces montants et… Abracadabra! Votre 60 $ initial génèrerait 180 $ de retombées économiques.

Ce faisant, on compte en double ou en triple ce qui n’est, en réalité, qu’un déplacement d’argent. Peu importe sa nature, votre dépense initiale génère toujours des retombées, festival ou non, 365 jours par an. À ce compte, même les fraudeurs et les criminels génèrent des « retombées économiques »!

Vroum vroum 

Prenons l’exemple du Grand Prix de Montréal. Il en coûte aux contribuables de Montréal, du Québec et du Canada une vingtaine de millions de dollars chaque année. Peu importe, nous dit-on, car l’événement générerait 89 M$ de retombées par année. Or une nouvelle étude de juin dernier, à la méthodologie plus rigoureuse que celle utilisée par les gouvernements passés, arrive plutôt au chiffre de 42,4 millions $, soit moitié moins. Oups.

Quel que soit le chiffre avancé, demeurons vigilants. D’abord, bon an mal an, plus des deux-tiers des spectateurs proviennent du Québec (48 %) ou du Canada (20 %). Sans Grand Prix, ces gens ne jetteraient pas leur argent par la fenêtre. Ils le dépenseraient ailleurs – cinéma, restaurants, concerts, voyages en région, etc. – et créeraient autant de retombées économiques et d’emplois. C’est exactement ce qui s’est passé en 2009, quand que le Grand Prix n’a pas eu lieu.

Quant aux touristes, nous offrent-ils leurs dollars ou leurs euros gratuitement? Non. Ils les échangent contre nourriture, services hôteliers, transport, etc. Des biens et services que nos entreprises doivent produire exploitant des ressources (main d’œuvre, matières premières). L’industrie touristique doit être vue comme une entreprise exportatrice – comme Bombardier ou Magna International – ni plus ni moins, dans le sens où elle aussi vend un produit à un client, possiblement étranger. En ce sens, elle ne devrait pas bénéficier d’un traitement spécial.

Certes, la visibilité internationale du Grand Prix peut attirer les investisseurs et nous procurer une certaine fierté, mais à quel prix? Nous pourrions aussi choisir d’affecter nos ressources, notre talent local et… nos subventions à autre chose. Éducation? Santé? Transport en commun? Faites votre choix. 

Adepte moi-même du Festival de jazz de Montréal, je reconnais que les événements de ce type donnent sa saveur à l’été, tout en ayant une immense valeur pour les communautés impliquées. Mais justement, la rentabilité d’une dépense publique doit se mesurer à la valeur, aux yeux des membres de la société, du bien ou service qu’elle produit.

Alors, vantez-nous les mérites de chaque projet ou festival pour sa valeur intrinsèque. Mais de grâce, épargnez-nous les études de retombées économiques.

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L'argent des autres

Qui défend le consommateur?

Maxime Bernier a perdu son pari de gagner la chefferie du PPC en défendant les consommateurs contre le lobby agricole et la gestion de l’offre. Malheureusement pour lui (et pour les consommateurs), il était pas mal seul. Ce n’est pas nouveau: dans l’espace public, on préfère défendre les lobbys plutôt que les consommateurs.

Qui défend le consommateur?

(Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

Les discussions qui entourent un accord de libre-échange avec un autre pays sont loin d’être un sujet excitant à suivre. Pourtant, si vous y portez attention, vous remarquerez quelque chose d’intéressant : personne ne vous défend, vous, le consommateur.

Quand journalistes ou politiciens parlent de « nos » intérêts dans un accord, c’est presque toujours l’impact sur les entreprises d’ici. Est-ce que ça va être bon pour « nos » producteurs de lait, ou de fromage? Pour « nos » taxis. Pour « nos » entreprises manufacturières? Pour « nos » compagnies qui profitent en ce moment des lucratifs contrats des villes et des gouvernements?

Syndrome de Stockholm

Pourtant, la gestion de l’offre par exemple — un amas de quotas et tarifs douaniers (atteignant parfois 300 %) qui supprime la concurrence et fait grimper le prix du lait, des œufs et du poulet dans nos supermarchés — profite certes à des producteurs. Mais elle coûte cher à l’ensemble des consommateurs québécois. C’est une taxe régressive, qui frappe plus durement les pauvres.

Ce qui agace, c’est qu’on regarde toujours ce type de négociation commerciale sous l’angle des entreprises ou industries directement touchées. Au lieu de se demander si telle ou telle politique profiterait à la majorité des citoyens. Les taxes et tarifs à la frontière sont là pour protéger des groupes particuliers d’entreprises (et sont souvent le résultat de lobbying intense de la part de ces entreprises). Si ces tarifs disparaissaient, ces entreprises seraient forcées de s’ajuster. Mais l’ensemble des consommateurs y gagnerait.

Dans une étude, le Sénat dévoilait que le fédéral récolte 3,6 milliards $ en tarifs à la frontière chaque année. Sur des produits qui vont des pièces automobiles, à une paire de gants ou de culottes de hockey. Comme l’écrivait le chercheur Mark Milke, de l’Institut Fraser, c’est comme si le gouvernement vous imposait une taxe de 18 % sur l’équipement de hockey de votre garçon. Il le fait, mais comme la taxe n’apparaît nulle part, personne ne se plaint.

Le pire, c’est que beaucoup de gens aiment défendre les monopoles et cartels qui les font payer plus cher… en autant que ces monopoles soient publics, et frappés de l’estampe du gouvernement! Comme le disait avec un brin de sarcasme le professeur Stephen Gordon sur Twitter : si vous voulez mettre fin aux plaintes des consommateurs concernant les prix élevés de leur facture de cellulaire, vous n’avez qu’à créer une entreprise d’État, lui donner un monopole, et doubler les prix…

La chaise vide

C’est un peu la même histoire avec le contribuable québécois. Où est-il lorsque le gouvernement négocie avec les syndicats du secteur public? Qui le représente lors des renouvellements des conventions collectives? Quand le gouvernement décide de subventionner à coups de millions de dollars une entreprise? Pas surprenant que le contribuable passe au cash à chaque fois — d’un côté vous avez un groupe d’intérêt qui cherche à maximiser les gains pour ses membres, et de l’autre, des politiciens qui ne dépensent pas leur propre argent et qui souhaitent avant tout acheter la paix.

Celui qui paye au final, que ce soit le contribuable ou le consommateur, n’est jamais invité à la table de négociation.

 

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L'argent des autres

La charité, ça paye

Ce matin, l’animateur Jeff Fillion se questionnait, à son émission, sur les salaires que se versent les dirigeants de fondations. Ça m’a fait penser à un texte que j’avais écrit sur la question il y a quelques années, et dont les chiffres sont, disons, surprenants… 

(Écrit le 13 décembre 2012)

Vous êtes-vous déjà demandé combien gagnaient ceux qui travaillent pour des organismes de charité? J’espère que non. Car la réponse pourrait vous jeter à terre.

— Chez Vision Mondiale, qui nous invite à parrainer des enfants du tiers monde, un employé gagne jusqu’à 250 000 $. Cinq gagnent entre 160 000 et 200 000 $, et quatre sont payés entre 120 000 et 160 000 $, selon une recherche effectuée par Argent.

— Chez Centraide du Grand Montréal, près d’une dizaine de salariés gagnent dans les six chiffres ou presque, dont un qui gagne entre 200 000 et 250 000 $.

— Les écolos ne sont pas en reste. À la fondation David Suzuki, on trouve un employé qui gagne entre 200 000 et 250 000 $. Alors que neuf autres collectent entre 80 000 et 120 000 $ par année. Près de quatre millions et demi de dollars servent à payer des salaires. C’est 40,3 % de tous les revenus de la fondation…

Il y a quelque chose d’étonnant — pour rester poli — dans ces chiffres. Vous donnez 20 $ à la cause X, et sur ce don, 8,50 $ serviraient à faire vivre une « bureaucratie de la charité »? Ou à payer un cadre qui gagne 150 000 $, qui va peut-être passer son Noël dans le sud, pendant que vous gratterez vos fenêtres d’auto à -20 degrés…

Justifié? Pourquoi pas…

Si ces faits méritent d’être portés à notre attention, ça ne veut pas dire qu’il faut cesser de donner. Au contraire. Les donateurs québécois se font déjà relativement rares. Le Québec est la province la moins « généreuse » au pays en proportion de la taille de sa population, selon Statistique Canada. Et ne mettons pas tous les organismes de charité dans le même bateau — la plupart grattent les fonds de tiroirs pour arriver.

Mais au-delà de l’étonnement initial, se pourrait-il que ces chiffres soient en partie justifiés?

Mon collègue Jean-François Cloutier citait dans son texte Christian Bolduc, PDG d’une firme qui conseille les organismes de charité. Celui-ci croit que le déclin des pratiques religieuses au Québec a entraîné une baisse du bénévolat. Et les gens qui souhaitent consacrer leur vie à l’éradication de la misère — en échange d’une paye modeste — se font de plus en plus rares. « Les gens ne veulent plus travailler pour rien », dit-il. De là le besoin d’offrir une rémunération concurrentielle pour attirer des gens de talent.

Mais il y a plus. Nos bénévoles vieillissent. Je le notais dans une chronique l’an dernier. Selon un recensement, les centres d’action bénévole du Québec ont perdu 20 % de leurs bénévoles depuis 2001. Dans des organismes comme la société St-Vincent de Paul, l’âge moyen des bénévoles dépasse parfois 70 ans. Inquiétant, quand on sait que l’État, fortement endetté, a la fâcheuse habitude de couper là où se trouvent de réels besoins (tout en continuant de gaspiller partout ailleurs…)

Le talent, ça se paye

Vous m’excuserez cette observation prosaïque pour le temps des fêtes, mais la loi de l’offre et de la demande sévit même là où on ne l’attend pas. Et un gestionnaire de qualité — qui peut permettre à l’organisme de charité de dépasser ses objectifs —, ça se paye.

Mais quand même. Lorsqu’on réalise que la masse salariale de Vision Mondiale (d’environ 41 millions de dollars) dépasse celle du club de Baseball des Padres de San Diego, comme l’illustrait l’animateur Dominic Maurais dans ces pages, on se dit que certains devraient peut-être se garder une petite gêne.

Oui, charité bien ordonnée commence par soi-même. Mais il y a toujours bien une limite…

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L'argent des autres

L’Étatisme sauvage

(Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

Si vous croyez comme moi qu’on paye déjà trop de taxes, dites-vous que le pire est probablement à venir.

Pour les partis plus à gauche comme le PQ ou Québec solidaire, le gouvernement est toujours trop petit. Quant au parti libéral, ses relativement petites et maladroites coupures — que certains osent appeler de l’« austérité » — sont insuffisantes pour nous éviter, à nous contribuables, de payer la facture d’un état qu’on a engraissé comme un porc ces dernières années, et dont les politiciens ont perdu le contrôle.

Au Québec, c’est simple. Tout essor économique doit passer par l’État. Celui-ci guidera les entrepreneurs égarés vers le succès, la prospérité et le bonheur. Laisser ces derniers se débrouiller et alléger leur fardeau fiscal? Oubliez ça! C’est bien connu, le dynamisme économique d’une nation passe par plus de comités, plus de « plans » et plus de tables de concertation…

Ce qu’on oublie de vous dire, c’est que tous ces nouveaux programmes sont gérés par encore plus de fonctionnaires. Que vous devrez payer, eux et leurs généreux fonds de pension, avec plus de taxes. Et tenez-le-vous pour dit : aucun retour en arrière ne sera possible. Ces nouveaux « privilégiés de l’État » deviendront automatiquement indélogeables.

Pris à la gorge

À la place, pourquoi ne pas s’inspirer de la Suède? Un pays social-démocrate, qui a choisi de miser sur les forces du marché pour traverser la crise. Là-bas on soulage le fardeau fiscal des entrepreneurs, on choisit la voie de la concurrence — même en santé et en éducation —, et on coupe les dépenses. Et ça marche! Ce pays, où les taxes sont élevées, a compris une chose : l’individu est l’unité de base de la société, comme l’écrivait récemment l’historien suédois Lars Tragardh. Et c’est en encourageant son autonomie — et non sa dépendance au gouvermaman — qu’on arrive au bien commun.

Ici, on fait tout le contraire. On veut plus de ce qui ne marche pas. Les pourfendeurs du capitalisme aiment crier au « capitalisme sauvage » sitôt qu’une entreprise ferme ses portes. Tant qu’à user d’hyperboles, on peut dire que le chemin que trace les partis politiques, peu importe leurs couleurs depuis 40 ans, est celui de l’« Étatisme sauvage »…

En 2001, l’essayiste français Jean-François Revel écrivait dans le magazine Le Point « qu’un État tout à la fois pléthorique et incontrôlé tend à se mettre à son propre service plutôt qu’au service de toute la société. »

Il poursuivait : « Ainsi l’Étatisme sauvage, fort avec les faibles et faible avec les forts, justifie son existence par la correction des inégalités. Mais en introduit de pires qui sont, comme celles de l’Ancien Régime, structurelles et institutionnelles. Son tour de force consiste en outre à persuader les victimes du système qu’elles en sont les bénéficiaires. Et les sondages attestent que cette propagande réussit à duper une majorité de Français… »

Gardons une chose en tête : c’est vous et moi qui payons pour l’engraissement perpétuel du gouvernement. Et une part croissante de la population, prise à la gorge, ne peut plus payer pour les « initiatives » et les « plans » coûteux d’une poignée de politiciens de plus en plus déconnectés de leur réalité.

 

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L'argent des autres

Salaire minimum : trop, c’est comme pas assez

Encore une fois, l’actualité me force à vous offrir un extrait de mon livre…

(Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

Imaginez-vous PDG d’une PME qui emploie des travailleurs payés au salaire minimum. Quelle serait votre réaction si on vous annonçait que celui-ci va passer graduellement de 10,75 $ à 15 $ de l’heure ?

Lundi matin, au bureau, vous diriez probablement à vos employés : « écoutez les gars, il va falloir que je réduise les heures de certains d’entre vous. Je n’ai pas le choix, puisque le gouvernement vient de hausser le salaire minimum. Ce qui signifie que vous me coûtez tous, du jour au lendemain, 33 % plus cher. Malheureusement, nos profits n’ont pas miraculeusement augmenté de 33 % du jour au lendemain. Je dois donc couper vos heures afin que le total de vos salaires demeure à peu près le même, en proportion de nos ventes. Sinon, on court vers la faillite. C’est malheureux, et moi-même je devrai probablement passer plus de temps ici afin de pallier les heures que vous ferez en moins, mais je n’ai pas le choix. »[1]

Voilà pour l’aspect « économie 101 » que les nombreux – et de plus en plus bruyants – partisans d’un salaire minimum à 15 $ semblent oublier.

Les travailleurs qui conserveront leur emploi après une telle mesure seront heureux, bien sûr, mais ceux dont la productivité ou l’expérience ne justifie pas un salaire de 15 $ l’heure, non. C’est comme si on disait à ces gens, souvent des étudiants ou des travailleurs sans expérience : il est désormais interdit par la loi d’offrir vos services contre un salaire moindre que 15 $ l’heure.

Imaginons une échelle, dans laquelle on grimpe comme on grimpe les échelons du marché du travail. Hausser le salaire minimum revient à éliminer le premier barreau, celui qui permet d’entrer sur ce marché et d’acquérir sa première expérience. Pour embarquer sur l’échelle, il faudra désormais atteindre un barreau encore plus haut, que la plupart des « petits » seront incapables d’atteindre.

Quel sera alors le « juste » salaire pour les gens au bas de l’échelle? Difficile à dire. Seul le marché, beaucoup plus que les politiciens, est à même de le déterminer. On a d’ailleurs vu cette fameuse « main invisible » à l’œuvre récemment aux États-Unis. Les géants Walmart, McDonald’s et Target ont tous annoncé des hausses du salaire de base pour leurs employés. La raison? La main-d’œuvre de qualité commence à se faire rare dans cette industrie, et les gros joueurs se font concurrence pour l’attirer chez eux et la retenir.

Attention aux robots

Aujourd’hui, une autre menace pèse sur les travailleurs sans grande expérience ni qualification : la robotisation. Les innovations technologiques s’améliorent constamment et coûtent de moins en moins cher. Désormais, une entreprise peut remplacer ses employés qui exécutent des tâches simples par des robots qui coûteront, à terme, moins cher. Les caisses automatisées dans les supermarchés en sont un bon exemple, tout comme les écrans tactiles qui permettent d’acheter son billet et ainsi d’éviter la file au comptoir du cinéma.

Dans les chaînes de restauration rapide, les salaires représentent près du tiers des coûts de l’entreprise. En conséquence les « burger-flipping robots », capables de cuire, de préparer et d’emballer un hamburger en quelques secondes, deviennent des options de plus en plus intéressantes pour les patrons, surtout lorsqu’ils tablent sur une hausse importante salaire minimum, rapportait le Washington Post l’an dernier.

On souhaite tous améliorer le sort de nos concitoyens, et une augmentation significative du salaire minimum va dans ce sens. Mais doubler le salaire minimum (comme certains le souhaitent aux États-Unis), ou le faire grimper à 15 $ comme ici au Canada, risque de causer plus de tort que de bien à ceux qu’on cherche à aider : les travailleurs en bas de l’échelle.

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L'argent des autres

[1] Inspiré d’une lettre envoyée il y a plusieurs années à Donald Boudreaux, professeur à George Mason University, qui l’avait publié sur son blogue Cafe Hayek.

 

Redoutables lobbys

Aux États-Unis, des lobbys font toujours la loi et des entreprises québécoises en payent le prix.

(Publié en 2008 dans le défunte revue Commerce, mais toujours d’actualité semble-t-il…)

Palm Beach, en Floride. Par une matinée ensoleillée, José Fanjul vérifie son courrier. Il y trouve un chèque de cinq millions signé par le gouvernement américain. Cet exilé cubain, exproprié par Fidel Castro pendant la révolution, utilisera l’argent pour entretenir son yacht, le Crili. Il prête ce vaisseau de 95 pieds à des politiciens qu’il courtise à l’occasion de dîners-bénéfice. Il ajoutera aussi un ou deux Sorolla – un peintre espagnol qu’il affectionne – aux murs de sa somptueuse demeure de 30 pièces. Il peut se le permettre : des chèques comme celui-ci, il en reçoit douze par an. José Fanjul est propriétaire de Flo-Sun, un vaste empire sucrier de 400 000 acres qui fournit le tiers du sucre consommé annuellement par les Américains. Et, comme tous les mois, il réserve une partie du montant à l’American Sugar Alliance, le lobby le plus efficace des États-Unis.

Rue Notre-Dame, à Montréal, l’usine de Sucre Lantic a repris son activité depuis quelques heures déjà. Une épaisse fumée s’échappe des trois cheminées surplombant la raffinerie. Même si ses fondations datent du 19e siècle, l’usine de Sucre Lantic est plus concurrentielle que celle de Flo-Sun. Elle pourrait vendre du sucre aux Américains pour deux fois moins cher. Mais si elle tente de le faire, elle devra payer une taxe de 100 % sur chacun de ses sacs de sucre qui passeront la frontière. Alors, elle ne le fait pas. Le protectionnisme, c’est ça. Et José Fanjul s’y connaît. Talonné par une armée de lobbyistes, non seulement le gouvernement américain lui verse les subventions les plus scandaleuses de la planète, mais il le protège aussi de la concurrence étrangère.

Les sacrifiés de l’ALENA

Le sucre est un exclu du libre-échange, comme le sont les produits laitiers, la dinde, le poulet, les arachides et certains produits cosmétiques, entre autres. Ils ne font pas partie des quelque 28 000 produits qui circulent librement entre le Canada et les États-Unis grâce à l’Accord de libre-échange (maintenant l’ALENA) signé en 1989 entre les deux pays. Menacés d’être frappés de tarifs douaniers allant jusqu’à 300 % du prix de vente s’ils entrent aux États-Unis, ces produits doivent trouver preneur ailleurs. Pour certains, c’est le désastre. Les entreprises sucrières canadiennes perdent chaque année 120 millions de dollars, et leur nombre est passé de quatorze en 1970 à quatre aujourd’hui. « Le marché des États-Unis étant fermé, il est très difficile de réaliser des économies d’échelle. Les raffineries ont dû fusionner pour survivre, explique Ed Makin, président de Sucre Lantic. Si on nous permettait de vendre notre sucre là-bas, nous prendrions des parts de marché aux entreprises américaines, c’est sûr. »

Les producteurs de sucre ne sont pas les seuls à souffrir des exceptions de l’ALENA. Outre l’exclusion de certains produits, certaines lois américaines l’emportent sur l’accord et empêchent des entreprises québécoises et canadiennes de vendre leur produit ou service aux États-Unis. À 24 ans, Denise Verreault a dû prendre la tête du chantier maritime Verreault, fondé par son père aux Méchins, en Gaspésie. Depuis ses débuts en affaires – elle a aujourd’hui 42 ans -, elle est privée de la moitié de sa clientèle potentielle. La raison : le Jones Act, une loi américaine signée en 1920 qui invoque des motifs de sécurité, et interdit aux entreprises canadiennes de construire, réparer ou exploiter des navires commerciaux qui font plus d’un arrêt dans les eaux américaines. Les navires qui vont livrer leur marchandise aux États-Unis doivent avoir été construits par des Américains et ne peuvent être réparés qu’aux États-Unis. À la grande joie des chantiers maritimes du pays. « Il est clair que cette mesure protectionniste va à l’encontre de tous les principes de libre-échange. Mais les Américains y tiennent mordicus », dit Denise Verreault.

Depuis 1992, les revenus de l’industrie canadienne des chantiers maritimes ont diminué de moitié. Le chantier de Denise Verreault est fermé depuis janvier dernier : il n’y a plus de navires à réparer. À Lévis, le chantier maritime de la Davie, le plus important du Canada, menaçait lui aussi de fermer en octobre 2006. Il a finalement été acheté par un concurrent. « Le protectionnisme américain a imposé le Jones Act aux négociateurs du libre-échange, dit Gilles Gagné, chef de la direction de la Davie. C’est sûr que le marché américain serait intéressant pour nous, mais nous devons nous concentrer sur les marchés canadien, européen et asiatique. »

Outre le Jones Act, plusieurs lois font obstacle au commerce entre les deux pays. Le Buy American Act, par exemple, empêche des fournisseurs canadiens de soumissionner pour des appels d’offres du gouvernement américain. La loi des Marchés réservés aux petites entreprises, quant à elle, oblige les soumissionnaires d’un projet à donner en sous-traitance une part (habituellement 40%) de leurs travaux à des sociétés américaines. Un protectionnisme subtil, qui heurte des entreprises québécoises et canadiennes. Mais, surtout, qui profite à des firmes américaines.

Follow the money

Dans certains cas, il s’agit d’un compromis entre les deux pays, explique Lawrence Herman, avocat chez Cassels Brock. « Le sucre, par exemple, est un produit très sensible aux États-Unis. Le Canada se devait de tolérer cette exception. En retour, les Américains ferment les yeux sur notre système de gestion de l’offre pour le lait, les oeufs et la volaille », explique cet ancien diplomate canadien, qui a conseillé des juges de l’ALENA lors de conflits commerciaux. Ottawa empêche les producteurs américains de nous vendre ces produits parce qu’ici aussi, il y a des groupes de pression qui protègent leur marché. Le lobbying est pratiqué des deux côtés de la frontière.

Sauf que chez notre voisin du Sud, c’est bien connu, tout est plus gros. Y compris le lobbying. Quand une industrie américaine réussit à se soustraire au libre-échange, c’est parce que les groupes de pression qui la représentent sont riches, puissants et organisés. Et ils payent cher pour convaincre le Congrès américain de protéger leur marché. Une myriade de groupes de pression se battent pour l’industrie de la construction navale aux États-Unis. Les plus actifs sont le Maritime Cabotage Task Force – qui défend bec et ongles le Jones Act -, le Great Lakes Maritime Task Force et l’American Shipbuilding Association. Dans l’ensemble, le lobby du transport maritime dépense 17 millions par an pour représenter ses intérêts à Washington. Son message est clair : la sécurité nationale doit primer sur le libre-échange, et le Jones Act protège les Américains. Contre de tels moyens, les chantiers maritimes québécois sont impuissants. « Personne ne se bat pour notre industrie. Voilà pourquoi elle en arrache », déplore Denise Verreault.

Les producteurs canadiens de sucre sont tout aussi démunis. Sucre Lantic se frotte aux industriels les mieux protégés par Washington. L’American Sugar Alliance, le puissant lobby du sucre dominé par Flo-Sun, a versé 2,7 millions à divers élus au cours de l’année 2006, selon le Center for Responsive Politics, un centre de recherche non partisan qui étudie les filières des contributions financières aux partis politiques. Près de 60% de cette somme est allée au Parti démocrate, qui détient maintenant la balance du pouvoir à Washington. À lui seul, José Fanjul a contribué pour plus d’un million de dollars. Un bon investissement. Selon le General Accounting Office, le programme de soutien des prix rapporte cinq cents par livre aux producteurs de sucre. Avec sa production annuelle de 650 000 tonnes, Flo-Sun reçoit chaque année 65 millions de dollars du gouvernement.

« L’argent n’achète pas nécessairement les politiciens et les projets de loi, explique Larry Makinson, chercheur principal au Center for Responsive Politics. Le lien est souvent plus subtil. Mais une chose est sûre: les politiciens ont besoin de garnir leur trésor de guerre en période électorale. Et ils se sentent souvent redevables envers ceux qui les ont aidés », dit-il.

Dans certains cas, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le conflit du bois d’oeuvre entre les scieries canadiennes – dont plusieurs québécoises – et américaines en est un bon exemple. Une loi américaine, l’amendement Byrd, incite les sociétés américaines à jouer les victimes du libre-échange.

En vertu de cette loi, le gouvernement récompense les entreprises qui se plaignent de concurrence « déloyale ». Il impose des taxes au produit du concurrent étranger, et redonne l’argent ainsi perçu aux plaignantes. En 2004, le gouvernement américain imposait des tarifs de 27 % sur le bois d’oeuvre en provenance du Canada. Cette année-là, quatre producteurs forestiers de l’Oregon, du Tennessee et de la Georgie ont reçu plus d’un million de dollars en vertu de l’amendement Byrd, selon une étude du US Government Accountability Office. « Cette loi a prolongé le conflit », dit Carl Grenier, président du Conseil du libre échange pour le bois d’oeuvre, la principale organisation qui a défendu les entreprises canadiennes. « Nous exportons pour près de 11 milliards de dollars de bois d’oeuvre par an. Avec des tarifs de 27%, ça monte vite. Vous pouvez imaginer la motivation des PDG américains. »

Cependant, rien n’est gratuit. Pendant la même année, ces entreprises ont figuré parmi les plus importants contributeurs aux caisses électorales des partis démocrate et républicain, selon les chiffres du Center for Responsive Politics. International Paper, une entreprise qui est en activité dans plus de 40 pays et dont les ventes annuelles dépassent les 29 milliards de dollars, a « investi » 479 332 dollars en contributions politiques à divers sénateurs et représentants en 2004, et a récolté 761 907 dollars en droits compensatoires. Coïncidence? « Absolument pas, répond Carl Grenier. C’est clair qu’il y a un lien. Aux États-Unis, il y a une croissance phénoménale des activités de lobbying depuis quelques années. Au point où le système politique est corrompu », dit ce spécialiste des institutions politiques américaines qui est aussi professeur à l’Université Laval. La situation est, en effet, inquiétante. Les dépenses en lobbying ont presque doublé depuis 10 ans aux États-Unis, atteignant 2,45 milliards de dollars en 2006.

Ce n’est pas fini…

À la suite de plusieurs menaces de la part du Canada et de l’Union européenne, le Congrès américain a décidé il y a quelques mois d’abroger l’amendement Byrd. Celui-ci sera caduc le 1er octobre 2007. D’ici là, les droits de douane perçus continuent à tomber dans les poches des entreprises qui se plaignent au gouvernement (depuis 2001, quelque 1,26 milliard de dollars ont été distribués en vertu de cette loi).

Il s’agit d’une bonne nouvelle pour tous les partenaires commerciaux des États-Unis. Toutefois, envisager une réforme plus profonde du système – qui réduirait le pouvoir des lobbys – demeure utopique, selon plusieurs. « Le mécanisme de règlement de conflits de l’ALENA n’est pas encore assez fort pour contrer le jeu politique », dit Guy Stanley, consultant en commerce international chez Guy Stanley et associés. « Tant que les parts de marché des entreprises canadiennes aux États-Unis demeurent sensiblement les mêmes, les relations commerciales sont bonnes. Mais si ces parts augmentent trop, les pénalités et les menaces de représailles arrivent. »

Les premiers concernés ont appris à composer avec un marché américain bloqué. « Je ne me fais pas d’illusions, répond Ed Makin, de Sucre Lantic, lorsqu’on l’interroge sur une éventuelle ouverture du marché américain. Avec le renouvellement probable du Farm Bill – une subvention de 175 milliards versée aux agriculteurs américains sur une période de 10 ans, en attente d’approbation par le président -, je serais très surpris. En ce qui nous concerne, en tout cas, nous ne misons pas là-dessus pour assurer notre avenir. »

Sage décision. Car les producteurs sucriers américains ont un nouvel allié à Washington : le représentant démocrate du Minnesota, Collin Peterson, qui est depuis deux mois aux commandes du comité sur l’Agriculture à la Chambre des représentants. Son district électoral est bondé de fermiers qui cultivent la canne à sucre. Collin Peterson a récemment affirmé qu’il veut améliorer le sort de ses agriculteurs. Pour y arriver, il se dit prêt à faire monter le prix du sucre « par tous les moyens ».

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L'argent des autres

La « juste part » des entreprises

Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.

Au cours de la récente campagne électorale fédérale, certains ont proposé de hausser l’impôt des grandes entreprises. Qu’elles payent leur « juste part »! On a aussi entendu ce discours aux États-Unis, notamment de la bouche du candidat à l’investiture démocrate Bernie Sanders. L’impôt des entreprises diminue sans cesse, aime-t-il répéter, et cela expliquerait en partie le déficit budgétaire des États-Unis.

Dénoncer les « grosses entreprises » qui paient de moins en moins d’impôts séduit toujours une partie de l’électorat, mais c’est un faux débat.

Oui, dans plusieurs pays — dont le Canada — l’impôt sur les bénéfices des entreprises a diminué. Mais attention! En tenant compte de toutes les taxes et charges fiscales que les entreprises doivent assumer, le portrait change.

Un rapport de la firme PwC rapportait récemment que, pour chaque dollar payé en impôt sur le revenu, les entreprises canadiennes contribuent en plus 94 cents en taxes diverses (taxes sur la masse salariale, taxes de vente non remboursables, impôts fonciers, etc.). Résultat : les profits des grandes entreprises canadiennes (sociétés financières, de télécommunications, d’assurance ou de ressources naturelles) ont été imposés (et taxés) en moyenne à 33,4 % en 2012. Dans certaines provinces, dont le Québec, les entreprises sont plus taxées aujourd’hui qu’elles l’étaient il y a 15 ou 20 ans.

L’hebdomadaire The Economist avait également souligné cette situation en février dernier, se basant sur des chiffres de l’OCDE et de PwC. En moyenne, soutenait le magazine, une entreprise multinationale paye 43,1 % de ses profits en taxes de toutes sortes. Soit 16,1 % en impôts sur le profit, 16,3 % en taxes sur la masse salariale et 10,7 % en taxes autres. La conclusion peut en surprendre plus d’un : en pourcentage du PIB, la part de taxes et impôts payée par les entreprises dans les pays développés est presque identique à celle de 1981.

Un faux débat

Mais ce débat relatif aux chiffres nous éloigne du cœur du sujet. Car les entreprises ne payent jamais d’impôts; les êtres humains le font. L’entreprise n’est qu’une entité juridique. Trois acteurs payent la note : les propriétaires (par des rendements moindres pour les actionnaires), les employés (par des salaires moindres) et les clients (par des prix plus élevés). Et selon la recherche économique, ce sont les salariés qui payent la part la plus élevée à moyen et à long termes, avec des salaires moindres et moins d’occasions d’emploi. L’impôt des entreprises est en réalité un double impôt des individus.

Il en est ainsi parce que les actionnaires peuvent déplacer leurs billes ailleurs du jour au lendemain, pas les travailleurs. Moins « mobiles », ces derniers écopent du gros de la facture.

Non seulement il est erroné de prétendre que les entreprises contribuent moins aux revenus de l’État, mais hausser leurs charges fiscales n’engraisserait pas automatiquement les coffres gouvernementaux. Car les incitations comptent, et un environnement fiscal étouffant peut décourager l’investissement et chasser certaines entreprises vers d’autres cieux, ce qui réduit du même coup les rentrées fiscales du gouvernement.

Cela ne veut pas dire qu’il faut tolérer des pratiques illégales comme l’évasion fiscale. Et les grandes entreprises ne devraient pas non plus recevoir des millions en subventions, cadeaux qui ont souvent pour seul but d’aider des politiciens à se faire réélire.

Mais dans une perspective de politique fiscale, plumer davantage les entreprises et leurs profits risque plus de nuire à l’économie qu’à l’avantager.

Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.

 

La petite poule rousse

L’autre soir en pratiquant l’anglais de ma fille de 10 ans, nous sommes tombés sur une histoire de la « Little red hen ». Ça m’a rappelé ce texte que j’avais écrit il y a quelques années, tiré de ce conte, et qui demeure intemporel. Une bonne façon de vulgariser la fiscalité en cette période d’impôts!

(Écrit en 2009 dans le journal Métro)

La petite poule rousse

Je voulais vous parler d’impôts et de fiscalité. Mais c’est ennuyeux à mourir. Je vais plutôt vous parler de cochons, de vaches, et d’une petite poule rousse.

Le gouvernement est dans le rouge. Pour renflouer ses coffres, certains, dont plusieurs députés du Bloc québécois, suggèrent d’imposer davantage les riches. Je suis d’accord avec l’idée que les mieux nantis redistribuent une part de leur richesse aux citoyens moins choyés par la vie. Mais abuser de cette politique peut nuire à notre économie – et aux moins nantis que l’on souhaite aider.

Pour illustrer cette réalité, je me suis inspiré d’un conte écrit en 1976 par l’ancien président américain Ronald Reagan, et toujours d’actualité :

LA PETITE POULE ROUSSE DES TEMPS MODERNES

Il était une fois une petite poule rousse qui gratta le sol près de la grange, jusqu’à ce qu’elle trouve quelques grains de blé. Elle appela ses voisins, et leur dit : « Si nous plantons ces grains, nous aurons du pain à manger. Qui m’aidera à les planter? »

« Pas moi », dit la vache.
« Pas moi », dit le canard.
« Pas moi », dit le cochon.
« Pas moi », dit l’oie.

« Alors, je le ferai », dit la petite poule rousse. Et elle le fit. Le blé poussa et mûrit, jusqu’à devenir bien doré. « Qui m’aidera pour la récolte? », demanda la petite poule rousse.

« Pas moi », dit le canard.
« Cela ne correspond pas à ma formation », dit le cochon.
« Je perdrais mes années d’ancienneté », dit la vache.
« Je perdrais mes allocations de chômage », dit l’oie.

« Alors, je le ferai », dit la petite poule rousse. Et elle le fit.
Enfin vint le moment de faire le pain. « Qui m’aidera à faire le pain? », demanda la petite poule rousse.

« Cela m’obligerait à faire des heures supplémentaires », dit la vache.
« Je perdrais mes avantages sociaux », dit le canard.
« Mon syndicat me l’interdit », dit le cochon.
« Si je suis la seule à participer, ce ne serait pas socialement juste », dit l’oie.

« Alors, je le ferai », dit la petite poule rousse. Elle fit cinq miches de pain, et les montra à ses voisins. Tous en voulaient, et demandaient leur part. Mais la petite poule rousse leur dit : « Non, je peux les manger toute seule. »

« Profiteuse », cria la vache.
« Sale capitaliste », hurla le canard.
« Je demande le respect de mes droits », ajouta l’oie.
Et le porc se mit à grogner…

Ils peignirent le mot « Injustice » sur des banderoles, et manifestèrent contre la petite poule rousse, lui criant au passage des obscénités.  Quand un agent du gouvernement vint, il dit à la petite poule rousse :

« Tu ne dois pas être aussi cupide. »
« Mais j’ai gagné ce pain », dit la petite poule rousse.
« Exactement, dit le fonctionnaire. C’est ce qu’il y a de merveilleux avec le système de libre entreprise. Tout le monde à la ferme peut travailler, et gagner autant qu’il le veut. Mais selon les règles de gouvernements modernes, les plus productifs doivent partager leur production avec les paresseux. »

Et ils vécurent tous heureux ensuite, y compris la petite poule rousse, qui dut dire poliment au fonctionnaire : « Je suis reconnaissante, je suis reconnaissante. »

Mais ses voisins, encore à ce jour, se demandent pourquoi elle ne fit plus jamais de pain.

*****

Pour chaque dollar qu’un Québécois « riche » gagne au-delà des premiers 82 000$, l’État lui en confisque la moitié en impôts. Si on augmente encore plus ces impôts, croyez-vous qu’on le motive à rester au bureau pour bûcher une heure de plus? À se casser la tête huit ans à l’université pour devenir médecin ou ingénieur? Sûrement pas. Résultat : On crée moins de richesse en tant que société, richesse qu’on pourrait distribuer aux plus pauvres.

Pour finir, un petit rappel : au Québec, environ 169 000 contribuables – à peine 3% du total – déclarent un revenu de 100 000$ et plus. À eux seuls, ils payent autant en impôts que les 80% qui gagnent moins de 50 000$ par année.

On n’aime pas tous les poules rousses. Mais on a tous besoin de leur production. Gardons cela en tête avant d’implanter des solutions démagogiques, mais ruineuses.

( Conte tiré du livre « Ronald Reagan : Écrits personnels ». Éditions du Rocher, 2003. )

David Descôteaux est auteur du livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca en version papier et Kindle.

Place à la compétition!

(Dernier extrait – et là c’est vrai – 🙂 ) de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca)

Un dimanche soir humide dans un parc de l’Est de Montréal. Le gros cogneur des Rotoculteurs se présente au marbre. Paul, mon lanceur, envoie la balle… Whack! Une flèche en ma direction. Je baisse mon gant pour l’intercepter. Trop tard… La balle file entre mes jambes. J’ai peur de relever la tête. Ce n’est pas le jugement des cinq spectateurs éparpillés dans les estrades qui me terrorise, c’est Paul. Il hait perdre. Je vais entendre parler de mon erreur pendant deux mois…

Paul est très compétitif. Notre équipe est loin de s’en plaindre. Paul trouve toujours le moyen de nous faire gagner. Même contre les plus coriaces adversaires. Mais ça, c’est le dimanche. Le lundi, tout change. Paul travaille à la Ville de Montréal. Il est col bleu. Et à l’entendre, il préfère la loi du moindre effort lorsque vient le temps de remplir un nid-de-poule.

J’ai pensé à Paul – et à ses contradictions – cette semaine. Peinant à boucler son budget, le gouvernement québécois fait grimper les tarifs, la TVQ, les impôts… Bref, la main de l’État fouille plus profond dans vos poches. Il existe pourtant une alternative : rendre l’État plus efficace et moins coûteux.

Comment? Les fonctionnaires syndiqués effectuent un travail de piètre qualité et sont payés trop cher, dit-on. Parce qu’ils sont paresseux et incompétents? Non. La plupart de ces hommes et femmes sont comme vous, comme moi, comme Paul. Dévoués et talentueux. Le problème : ils se trouvent prisonniers d’un système qui punit l’initiative, qui se fiche de l’efficacité, et qui récompense le gaspillage. Nos fonctionnaires travaillent pour des monopoles. Sans jamais se frotter à la concurrence. Difficile alors de sortir le meilleur d’eux-mêmes. Et c’est nous, contribuables, qui en payons le prix.

Stephen Goldsmith a compris cela. En 1995, cet ancien maire d’Indianapolis a décidé de lancer des appels d’offres, tous les cinq ans, pour l’entretien d’une partie des rues de la ville. Les syndiqués municipaux pouvaient aussi soumissionner, mais ils se mesureraient à des entreprises privées. Le contrat irait au groupe offrant un travail de qualité, au meilleur prix.

Devinez qui a remporté le contrat? Les employés de la Ville! Ils ont présenté une soumission nettement inférieure à celle de leurs concurrents privés. « Nous étions certains que les entreprises privées écraseraient nos travailleurs dans une situation de concurrence directe », raconte Goldsmith, aujourd’hui professeur à l’Université Harvard, dans son livre Resurrecting Urban America. « Mais les hommes et femmes qui font ce travail savent mieux que quiconque comment l’accomplir. En ayant leur destinée en main – et le contrôle sur les décisions –, ces travailleurs ont fait preuve de créativité. Ils se sont transformés en spécialistes de l’efficacité du jour au lendemain », dit-il.

La ville d’Indianapolis dépensait 425 $ par tonne d’asphalte chaud pour remplir les nids-de-poule. Avec la nouvelle soumission : 307 $. Une économie de 25 % pour les contribuables. Indianapolis n’est pas seule. La ville de Philadelphie économise bon an mal an 38 M$ par année depuis qu’elle fait jouer la concurrence dans les services municipaux. C’est la Grande-Bretagne, en 1980, qui a parti le bal. Les syndicats ont protesté au départ, mais ils ont raflé plus de 70 % des contrats! Normal, ils sont experts dans leur domaine. Motivez-les, et ils deviennent aussi innovateurs, efficaces et soucieux que leurs confrères du privé.

Pour rendre l’État plus efficace – et moins cher –, il faut introduire la compétition. En ce moment, les Montréalais et Québécois paient cher le manque de compétition dans la livraison des services gouvernementaux. Qu’on me comprenne bien. Des fonctionnaires qui se défoncent jour après jour, ça existe. Mais nombre de services – autant au municipal, au provincial qu’au fédéral – gagneraient à se frotter à la concurrence. Entretien des routes, déneigement, transport en commun, comptabilité, livraison du courrier… la liste est longue.

Et les économies réalisées? On pourrait les distribuer aux usagers par le biais de baisses de tarifs, aux contribuables en diminuant leurs impôts, et aux employés du secteur public sous forme de bonification des conditions de travail.

Au lieu de nous refiler la facture de leur piètre gestion, nos élus doivent ouvrir les portes de l’État à la concurrence.

Notre équipe de balle-molle? Elle s’est rendue en finale cet été-là. Grâce à Paul. Une chance qu’on jouait le dimanche.

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