Des héros et des vilains

 

(Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

Si vous voulez avoir une foule en liesse à vos pieds, n’étudiez pas l’économie. Cela vous nuira. Dites plutôt aux gens ce qu’ils veulent entendre – et ils ne veulent pas entendre parler de chiffres, ni de courbes d’offre et de demande.

Ces mots sont du professeur de Stanford Thomas Sowell. Et c’est une phrase que devraient méditer tous ceux qui cherchent à proposer des réformes au Québec. Que ce soit pour rendre les hôpitaux plus efficaces, améliorer le système d’éducation, réduire les subventions aux entreprises, ou permettre à des entrepreneurs québécois de concurrencer des monopoles comme la SAQ.

C’est aussi, un peu, le propos d’une chronique que j’avais écrite à l’époque, où j’y critiquais la stratégie de l’ADQ (maintenant la CAQ) face aux syndicats. Ce parti, qui se définit de centre-droit, demandait que l’argent des cotisations payées par les syndiqués serve uniquement pour la négociation de leur convention collective, et non pour appuyer des partis politiques et faire de la pub.

C’est correct. Je trouve la cause juste. Mais pour le citoyen ordinaire, c’est vague tout ça. Il ne voit pas le scandale. En quoi ça le touche, surtout s’il n’est pas syndiqué — comme la majorité des Québécois?

Le député de Québec solidaire Amir Khadir, la même semaine, a critiqué les syndicats en disant qu’ils se comportaient en groupe d’intérêt. En lobby qui cherche à protéger leurs privilèges, et qui sont prêts à refiler la facture – via des tarifs d’électricité plus élevés, par exemple – aux citoyens plus pauvres qu’eux.

Je trouve cette critique, cet angle, plus efficace. C’est humain. Ça touche la cible.

De l’humanité, bordel!

Sowell écrit que les concepts économiques abstraits, comme l’offre et la demande, ne sont pas émotionnellement satisfaisants pour les électeurs. Pour ça, il faut des mélodrames, des histoires avec des héros et des vilains.

Le politicien qui voudra changer le Québec en réformant des pans de son économie devra convaincre une majorité de la population du bien-fondé de ces réformes. Contre une multitude de lobbys qui tiennent au statu quo et au maintien de leurs privilèges – syndicats, corporations, patronat ou même politiciens.

Pour réussir, il devra faire plus que parler d’économie. Il devra toucher le cœur des gens.

Nous sommes au Québec. Pour faire accepter des idées de réforme, la droite doit démontrer que son but premier est d’aider la veuve et l’orphelin. Montrer de la compassion. Et aussi, se rappeler que nous vivons dans une collectivité. Que le « nous » existe bel et bien – même s’il n’a pas à être incarné par l’État et ses bureaucrates. Mais ça, la droite l’oublie trop souvent. Et sans ça, même les meilleures idées économiques meurent rapidement.

Le plus grand succès de la gauche est d’avoir fait passer les gens de droite pour des sans-cœur. Des gens qui ne pensent qu’à l’argent, et qui rêvent d’un monde où règne la loi de la jungle, la loi du plus fort. Et disons-le franchement, beaucoup de gens « à droite » ne s’aident pas beaucoup et leur donnent raison.

Pour combattre cette perception bien enracinée, pour convaincre les Québécois de faire des réformes nécessaires, il faut plus que des idées. Plus que de la théorie, ou que du « gros bon sens ». Il faut de la compassion. Moins d’arguments économiques, plus de héros et de vilains.

MON LIVRE « L’ARGENT DES AUTRES » EST DISPONIBLE EN LIBRAIRIE DEPUIS LE 26 JANVIER, OU ICI: (VERSION PAPIER ET ÉLECTRONIQUE)

L'argent des autres

L’Étatisme sauvage

(Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

Si vous croyez comme moi qu’on paye déjà trop de taxes, dites-vous que le pire est probablement à venir.

Pour les partis plus à gauche comme le PQ ou Québec solidaire, le gouvernement est toujours trop petit. Quant au parti libéral, ses relativement petites et maladroites coupures — que certains osent appeler de l’« austérité » — sont insuffisantes pour nous éviter, à nous contribuables, de payer la facture d’un état qu’on a engraissé comme un porc ces dernières années, et dont les politiciens ont perdu le contrôle.

Au Québec, c’est simple. Tout essor économique doit passer par l’État. Celui-ci guidera les entrepreneurs égarés vers le succès, la prospérité et le bonheur. Laisser ces derniers se débrouiller et alléger leur fardeau fiscal? Oubliez ça! C’est bien connu, le dynamisme économique d’une nation passe par plus de comités, plus de « plans » et plus de tables de concertation…

Ce qu’on oublie de vous dire, c’est que tous ces nouveaux programmes sont gérés par encore plus de fonctionnaires. Que vous devrez payer, eux et leurs généreux fonds de pension, avec plus de taxes. Et tenez-le-vous pour dit : aucun retour en arrière ne sera possible. Ces nouveaux « privilégiés de l’État » deviendront automatiquement indélogeables.

Pris à la gorge

À la place, pourquoi ne pas s’inspirer de la Suède? Un pays social-démocrate, qui a choisi de miser sur les forces du marché pour traverser la crise. Là-bas on soulage le fardeau fiscal des entrepreneurs, on choisit la voie de la concurrence — même en santé et en éducation —, et on coupe les dépenses. Et ça marche! Ce pays, où les taxes sont élevées, a compris une chose : l’individu est l’unité de base de la société, comme l’écrivait récemment l’historien suédois Lars Tragardh. Et c’est en encourageant son autonomie — et non sa dépendance au gouvermaman — qu’on arrive au bien commun.

Ici, on fait tout le contraire. On veut plus de ce qui ne marche pas. Les pourfendeurs du capitalisme aiment crier au « capitalisme sauvage » sitôt qu’une entreprise ferme ses portes. Tant qu’à user d’hyperboles, on peut dire que le chemin que trace les partis politiques, peu importe leurs couleurs depuis 40 ans, est celui de l’« Étatisme sauvage »…

En 2001, l’essayiste français Jean-François Revel écrivait dans le magazine Le Point « qu’un État tout à la fois pléthorique et incontrôlé tend à se mettre à son propre service plutôt qu’au service de toute la société. »

Il poursuivait : « Ainsi l’Étatisme sauvage, fort avec les faibles et faible avec les forts, justifie son existence par la correction des inégalités. Mais en introduit de pires qui sont, comme celles de l’Ancien Régime, structurelles et institutionnelles. Son tour de force consiste en outre à persuader les victimes du système qu’elles en sont les bénéficiaires. Et les sondages attestent que cette propagande réussit à duper une majorité de Français… »

Gardons une chose en tête : c’est vous et moi qui payons pour l’engraissement perpétuel du gouvernement. Et une part croissante de la population, prise à la gorge, ne peut plus payer pour les « initiatives » et les « plans » coûteux d’une poignée de politiciens de plus en plus déconnectés de leur réalité.

 

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L'argent des autres

Redoutables lobbys

Aux États-Unis, des lobbys font toujours la loi et des entreprises québécoises en payent le prix.

(Publié en 2008 dans le défunte revue Commerce, mais toujours d’actualité semble-t-il…)

Palm Beach, en Floride. Par une matinée ensoleillée, José Fanjul vérifie son courrier. Il y trouve un chèque de cinq millions signé par le gouvernement américain. Cet exilé cubain, exproprié par Fidel Castro pendant la révolution, utilisera l’argent pour entretenir son yacht, le Crili. Il prête ce vaisseau de 95 pieds à des politiciens qu’il courtise à l’occasion de dîners-bénéfice. Il ajoutera aussi un ou deux Sorolla – un peintre espagnol qu’il affectionne – aux murs de sa somptueuse demeure de 30 pièces. Il peut se le permettre : des chèques comme celui-ci, il en reçoit douze par an. José Fanjul est propriétaire de Flo-Sun, un vaste empire sucrier de 400 000 acres qui fournit le tiers du sucre consommé annuellement par les Américains. Et, comme tous les mois, il réserve une partie du montant à l’American Sugar Alliance, le lobby le plus efficace des États-Unis.

Rue Notre-Dame, à Montréal, l’usine de Sucre Lantic a repris son activité depuis quelques heures déjà. Une épaisse fumée s’échappe des trois cheminées surplombant la raffinerie. Même si ses fondations datent du 19e siècle, l’usine de Sucre Lantic est plus concurrentielle que celle de Flo-Sun. Elle pourrait vendre du sucre aux Américains pour deux fois moins cher. Mais si elle tente de le faire, elle devra payer une taxe de 100 % sur chacun de ses sacs de sucre qui passeront la frontière. Alors, elle ne le fait pas. Le protectionnisme, c’est ça. Et José Fanjul s’y connaît. Talonné par une armée de lobbyistes, non seulement le gouvernement américain lui verse les subventions les plus scandaleuses de la planète, mais il le protège aussi de la concurrence étrangère.

Les sacrifiés de l’ALENA

Le sucre est un exclu du libre-échange, comme le sont les produits laitiers, la dinde, le poulet, les arachides et certains produits cosmétiques, entre autres. Ils ne font pas partie des quelque 28 000 produits qui circulent librement entre le Canada et les États-Unis grâce à l’Accord de libre-échange (maintenant l’ALENA) signé en 1989 entre les deux pays. Menacés d’être frappés de tarifs douaniers allant jusqu’à 300 % du prix de vente s’ils entrent aux États-Unis, ces produits doivent trouver preneur ailleurs. Pour certains, c’est le désastre. Les entreprises sucrières canadiennes perdent chaque année 120 millions de dollars, et leur nombre est passé de quatorze en 1970 à quatre aujourd’hui. « Le marché des États-Unis étant fermé, il est très difficile de réaliser des économies d’échelle. Les raffineries ont dû fusionner pour survivre, explique Ed Makin, président de Sucre Lantic. Si on nous permettait de vendre notre sucre là-bas, nous prendrions des parts de marché aux entreprises américaines, c’est sûr. »

Les producteurs de sucre ne sont pas les seuls à souffrir des exceptions de l’ALENA. Outre l’exclusion de certains produits, certaines lois américaines l’emportent sur l’accord et empêchent des entreprises québécoises et canadiennes de vendre leur produit ou service aux États-Unis. À 24 ans, Denise Verreault a dû prendre la tête du chantier maritime Verreault, fondé par son père aux Méchins, en Gaspésie. Depuis ses débuts en affaires – elle a aujourd’hui 42 ans -, elle est privée de la moitié de sa clientèle potentielle. La raison : le Jones Act, une loi américaine signée en 1920 qui invoque des motifs de sécurité, et interdit aux entreprises canadiennes de construire, réparer ou exploiter des navires commerciaux qui font plus d’un arrêt dans les eaux américaines. Les navires qui vont livrer leur marchandise aux États-Unis doivent avoir été construits par des Américains et ne peuvent être réparés qu’aux États-Unis. À la grande joie des chantiers maritimes du pays. « Il est clair que cette mesure protectionniste va à l’encontre de tous les principes de libre-échange. Mais les Américains y tiennent mordicus », dit Denise Verreault.

Depuis 1992, les revenus de l’industrie canadienne des chantiers maritimes ont diminué de moitié. Le chantier de Denise Verreault est fermé depuis janvier dernier : il n’y a plus de navires à réparer. À Lévis, le chantier maritime de la Davie, le plus important du Canada, menaçait lui aussi de fermer en octobre 2006. Il a finalement été acheté par un concurrent. « Le protectionnisme américain a imposé le Jones Act aux négociateurs du libre-échange, dit Gilles Gagné, chef de la direction de la Davie. C’est sûr que le marché américain serait intéressant pour nous, mais nous devons nous concentrer sur les marchés canadien, européen et asiatique. »

Outre le Jones Act, plusieurs lois font obstacle au commerce entre les deux pays. Le Buy American Act, par exemple, empêche des fournisseurs canadiens de soumissionner pour des appels d’offres du gouvernement américain. La loi des Marchés réservés aux petites entreprises, quant à elle, oblige les soumissionnaires d’un projet à donner en sous-traitance une part (habituellement 40%) de leurs travaux à des sociétés américaines. Un protectionnisme subtil, qui heurte des entreprises québécoises et canadiennes. Mais, surtout, qui profite à des firmes américaines.

Follow the money

Dans certains cas, il s’agit d’un compromis entre les deux pays, explique Lawrence Herman, avocat chez Cassels Brock. « Le sucre, par exemple, est un produit très sensible aux États-Unis. Le Canada se devait de tolérer cette exception. En retour, les Américains ferment les yeux sur notre système de gestion de l’offre pour le lait, les oeufs et la volaille », explique cet ancien diplomate canadien, qui a conseillé des juges de l’ALENA lors de conflits commerciaux. Ottawa empêche les producteurs américains de nous vendre ces produits parce qu’ici aussi, il y a des groupes de pression qui protègent leur marché. Le lobbying est pratiqué des deux côtés de la frontière.

Sauf que chez notre voisin du Sud, c’est bien connu, tout est plus gros. Y compris le lobbying. Quand une industrie américaine réussit à se soustraire au libre-échange, c’est parce que les groupes de pression qui la représentent sont riches, puissants et organisés. Et ils payent cher pour convaincre le Congrès américain de protéger leur marché. Une myriade de groupes de pression se battent pour l’industrie de la construction navale aux États-Unis. Les plus actifs sont le Maritime Cabotage Task Force – qui défend bec et ongles le Jones Act -, le Great Lakes Maritime Task Force et l’American Shipbuilding Association. Dans l’ensemble, le lobby du transport maritime dépense 17 millions par an pour représenter ses intérêts à Washington. Son message est clair : la sécurité nationale doit primer sur le libre-échange, et le Jones Act protège les Américains. Contre de tels moyens, les chantiers maritimes québécois sont impuissants. « Personne ne se bat pour notre industrie. Voilà pourquoi elle en arrache », déplore Denise Verreault.

Les producteurs canadiens de sucre sont tout aussi démunis. Sucre Lantic se frotte aux industriels les mieux protégés par Washington. L’American Sugar Alliance, le puissant lobby du sucre dominé par Flo-Sun, a versé 2,7 millions à divers élus au cours de l’année 2006, selon le Center for Responsive Politics, un centre de recherche non partisan qui étudie les filières des contributions financières aux partis politiques. Près de 60% de cette somme est allée au Parti démocrate, qui détient maintenant la balance du pouvoir à Washington. À lui seul, José Fanjul a contribué pour plus d’un million de dollars. Un bon investissement. Selon le General Accounting Office, le programme de soutien des prix rapporte cinq cents par livre aux producteurs de sucre. Avec sa production annuelle de 650 000 tonnes, Flo-Sun reçoit chaque année 65 millions de dollars du gouvernement.

« L’argent n’achète pas nécessairement les politiciens et les projets de loi, explique Larry Makinson, chercheur principal au Center for Responsive Politics. Le lien est souvent plus subtil. Mais une chose est sûre: les politiciens ont besoin de garnir leur trésor de guerre en période électorale. Et ils se sentent souvent redevables envers ceux qui les ont aidés », dit-il.

Dans certains cas, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le conflit du bois d’oeuvre entre les scieries canadiennes – dont plusieurs québécoises – et américaines en est un bon exemple. Une loi américaine, l’amendement Byrd, incite les sociétés américaines à jouer les victimes du libre-échange.

En vertu de cette loi, le gouvernement récompense les entreprises qui se plaignent de concurrence « déloyale ». Il impose des taxes au produit du concurrent étranger, et redonne l’argent ainsi perçu aux plaignantes. En 2004, le gouvernement américain imposait des tarifs de 27 % sur le bois d’oeuvre en provenance du Canada. Cette année-là, quatre producteurs forestiers de l’Oregon, du Tennessee et de la Georgie ont reçu plus d’un million de dollars en vertu de l’amendement Byrd, selon une étude du US Government Accountability Office. « Cette loi a prolongé le conflit », dit Carl Grenier, président du Conseil du libre échange pour le bois d’oeuvre, la principale organisation qui a défendu les entreprises canadiennes. « Nous exportons pour près de 11 milliards de dollars de bois d’oeuvre par an. Avec des tarifs de 27%, ça monte vite. Vous pouvez imaginer la motivation des PDG américains. »

Cependant, rien n’est gratuit. Pendant la même année, ces entreprises ont figuré parmi les plus importants contributeurs aux caisses électorales des partis démocrate et républicain, selon les chiffres du Center for Responsive Politics. International Paper, une entreprise qui est en activité dans plus de 40 pays et dont les ventes annuelles dépassent les 29 milliards de dollars, a « investi » 479 332 dollars en contributions politiques à divers sénateurs et représentants en 2004, et a récolté 761 907 dollars en droits compensatoires. Coïncidence? « Absolument pas, répond Carl Grenier. C’est clair qu’il y a un lien. Aux États-Unis, il y a une croissance phénoménale des activités de lobbying depuis quelques années. Au point où le système politique est corrompu », dit ce spécialiste des institutions politiques américaines qui est aussi professeur à l’Université Laval. La situation est, en effet, inquiétante. Les dépenses en lobbying ont presque doublé depuis 10 ans aux États-Unis, atteignant 2,45 milliards de dollars en 2006.

Ce n’est pas fini…

À la suite de plusieurs menaces de la part du Canada et de l’Union européenne, le Congrès américain a décidé il y a quelques mois d’abroger l’amendement Byrd. Celui-ci sera caduc le 1er octobre 2007. D’ici là, les droits de douane perçus continuent à tomber dans les poches des entreprises qui se plaignent au gouvernement (depuis 2001, quelque 1,26 milliard de dollars ont été distribués en vertu de cette loi).

Il s’agit d’une bonne nouvelle pour tous les partenaires commerciaux des États-Unis. Toutefois, envisager une réforme plus profonde du système – qui réduirait le pouvoir des lobbys – demeure utopique, selon plusieurs. « Le mécanisme de règlement de conflits de l’ALENA n’est pas encore assez fort pour contrer le jeu politique », dit Guy Stanley, consultant en commerce international chez Guy Stanley et associés. « Tant que les parts de marché des entreprises canadiennes aux États-Unis demeurent sensiblement les mêmes, les relations commerciales sont bonnes. Mais si ces parts augmentent trop, les pénalités et les menaces de représailles arrivent. »

Les premiers concernés ont appris à composer avec un marché américain bloqué. « Je ne me fais pas d’illusions, répond Ed Makin, de Sucre Lantic, lorsqu’on l’interroge sur une éventuelle ouverture du marché américain. Avec le renouvellement probable du Farm Bill – une subvention de 175 milliards versée aux agriculteurs américains sur une période de 10 ans, en attente d’approbation par le président -, je serais très surpris. En ce qui nous concerne, en tout cas, nous ne misons pas là-dessus pour assurer notre avenir. »

Sage décision. Car les producteurs sucriers américains ont un nouvel allié à Washington : le représentant démocrate du Minnesota, Collin Peterson, qui est depuis deux mois aux commandes du comité sur l’Agriculture à la Chambre des représentants. Son district électoral est bondé de fermiers qui cultivent la canne à sucre. Collin Peterson a récemment affirmé qu’il veut améliorer le sort de ses agriculteurs. Pour y arriver, il se dit prêt à faire monter le prix du sucre « par tous les moyens ».

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L'argent des autres

La « juste part » des entreprises

Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.

Au cours de la récente campagne électorale fédérale, certains ont proposé de hausser l’impôt des grandes entreprises. Qu’elles payent leur « juste part »! On a aussi entendu ce discours aux États-Unis, notamment de la bouche du candidat à l’investiture démocrate Bernie Sanders. L’impôt des entreprises diminue sans cesse, aime-t-il répéter, et cela expliquerait en partie le déficit budgétaire des États-Unis.

Dénoncer les « grosses entreprises » qui paient de moins en moins d’impôts séduit toujours une partie de l’électorat, mais c’est un faux débat.

Oui, dans plusieurs pays — dont le Canada — l’impôt sur les bénéfices des entreprises a diminué. Mais attention! En tenant compte de toutes les taxes et charges fiscales que les entreprises doivent assumer, le portrait change.

Un rapport de la firme PwC rapportait récemment que, pour chaque dollar payé en impôt sur le revenu, les entreprises canadiennes contribuent en plus 94 cents en taxes diverses (taxes sur la masse salariale, taxes de vente non remboursables, impôts fonciers, etc.). Résultat : les profits des grandes entreprises canadiennes (sociétés financières, de télécommunications, d’assurance ou de ressources naturelles) ont été imposés (et taxés) en moyenne à 33,4 % en 2012. Dans certaines provinces, dont le Québec, les entreprises sont plus taxées aujourd’hui qu’elles l’étaient il y a 15 ou 20 ans.

L’hebdomadaire The Economist avait également souligné cette situation en février dernier, se basant sur des chiffres de l’OCDE et de PwC. En moyenne, soutenait le magazine, une entreprise multinationale paye 43,1 % de ses profits en taxes de toutes sortes. Soit 16,1 % en impôts sur le profit, 16,3 % en taxes sur la masse salariale et 10,7 % en taxes autres. La conclusion peut en surprendre plus d’un : en pourcentage du PIB, la part de taxes et impôts payée par les entreprises dans les pays développés est presque identique à celle de 1981.

Un faux débat

Mais ce débat relatif aux chiffres nous éloigne du cœur du sujet. Car les entreprises ne payent jamais d’impôts; les êtres humains le font. L’entreprise n’est qu’une entité juridique. Trois acteurs payent la note : les propriétaires (par des rendements moindres pour les actionnaires), les employés (par des salaires moindres) et les clients (par des prix plus élevés). Et selon la recherche économique, ce sont les salariés qui payent la part la plus élevée à moyen et à long termes, avec des salaires moindres et moins d’occasions d’emploi. L’impôt des entreprises est en réalité un double impôt des individus.

Il en est ainsi parce que les actionnaires peuvent déplacer leurs billes ailleurs du jour au lendemain, pas les travailleurs. Moins « mobiles », ces derniers écopent du gros de la facture.

Non seulement il est erroné de prétendre que les entreprises contribuent moins aux revenus de l’État, mais hausser leurs charges fiscales n’engraisserait pas automatiquement les coffres gouvernementaux. Car les incitations comptent, et un environnement fiscal étouffant peut décourager l’investissement et chasser certaines entreprises vers d’autres cieux, ce qui réduit du même coup les rentrées fiscales du gouvernement.

Cela ne veut pas dire qu’il faut tolérer des pratiques illégales comme l’évasion fiscale. Et les grandes entreprises ne devraient pas non plus recevoir des millions en subventions, cadeaux qui ont souvent pour seul but d’aider des politiciens à se faire réélire.

Mais dans une perspective de politique fiscale, plumer davantage les entreprises et leurs profits risque plus de nuire à l’économie qu’à l’avantager.

Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.

 

Place à la compétition!

(Dernier extrait – et là c’est vrai – 🙂 ) de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca)

Un dimanche soir humide dans un parc de l’Est de Montréal. Le gros cogneur des Rotoculteurs se présente au marbre. Paul, mon lanceur, envoie la balle… Whack! Une flèche en ma direction. Je baisse mon gant pour l’intercepter. Trop tard… La balle file entre mes jambes. J’ai peur de relever la tête. Ce n’est pas le jugement des cinq spectateurs éparpillés dans les estrades qui me terrorise, c’est Paul. Il hait perdre. Je vais entendre parler de mon erreur pendant deux mois…

Paul est très compétitif. Notre équipe est loin de s’en plaindre. Paul trouve toujours le moyen de nous faire gagner. Même contre les plus coriaces adversaires. Mais ça, c’est le dimanche. Le lundi, tout change. Paul travaille à la Ville de Montréal. Il est col bleu. Et à l’entendre, il préfère la loi du moindre effort lorsque vient le temps de remplir un nid-de-poule.

J’ai pensé à Paul – et à ses contradictions – cette semaine. Peinant à boucler son budget, le gouvernement québécois fait grimper les tarifs, la TVQ, les impôts… Bref, la main de l’État fouille plus profond dans vos poches. Il existe pourtant une alternative : rendre l’État plus efficace et moins coûteux.

Comment? Les fonctionnaires syndiqués effectuent un travail de piètre qualité et sont payés trop cher, dit-on. Parce qu’ils sont paresseux et incompétents? Non. La plupart de ces hommes et femmes sont comme vous, comme moi, comme Paul. Dévoués et talentueux. Le problème : ils se trouvent prisonniers d’un système qui punit l’initiative, qui se fiche de l’efficacité, et qui récompense le gaspillage. Nos fonctionnaires travaillent pour des monopoles. Sans jamais se frotter à la concurrence. Difficile alors de sortir le meilleur d’eux-mêmes. Et c’est nous, contribuables, qui en payons le prix.

Stephen Goldsmith a compris cela. En 1995, cet ancien maire d’Indianapolis a décidé de lancer des appels d’offres, tous les cinq ans, pour l’entretien d’une partie des rues de la ville. Les syndiqués municipaux pouvaient aussi soumissionner, mais ils se mesureraient à des entreprises privées. Le contrat irait au groupe offrant un travail de qualité, au meilleur prix.

Devinez qui a remporté le contrat? Les employés de la Ville! Ils ont présenté une soumission nettement inférieure à celle de leurs concurrents privés. « Nous étions certains que les entreprises privées écraseraient nos travailleurs dans une situation de concurrence directe », raconte Goldsmith, aujourd’hui professeur à l’Université Harvard, dans son livre Resurrecting Urban America. « Mais les hommes et femmes qui font ce travail savent mieux que quiconque comment l’accomplir. En ayant leur destinée en main – et le contrôle sur les décisions –, ces travailleurs ont fait preuve de créativité. Ils se sont transformés en spécialistes de l’efficacité du jour au lendemain », dit-il.

La ville d’Indianapolis dépensait 425 $ par tonne d’asphalte chaud pour remplir les nids-de-poule. Avec la nouvelle soumission : 307 $. Une économie de 25 % pour les contribuables. Indianapolis n’est pas seule. La ville de Philadelphie économise bon an mal an 38 M$ par année depuis qu’elle fait jouer la concurrence dans les services municipaux. C’est la Grande-Bretagne, en 1980, qui a parti le bal. Les syndicats ont protesté au départ, mais ils ont raflé plus de 70 % des contrats! Normal, ils sont experts dans leur domaine. Motivez-les, et ils deviennent aussi innovateurs, efficaces et soucieux que leurs confrères du privé.

Pour rendre l’État plus efficace – et moins cher –, il faut introduire la compétition. En ce moment, les Montréalais et Québécois paient cher le manque de compétition dans la livraison des services gouvernementaux. Qu’on me comprenne bien. Des fonctionnaires qui se défoncent jour après jour, ça existe. Mais nombre de services – autant au municipal, au provincial qu’au fédéral – gagneraient à se frotter à la concurrence. Entretien des routes, déneigement, transport en commun, comptabilité, livraison du courrier… la liste est longue.

Et les économies réalisées? On pourrait les distribuer aux usagers par le biais de baisses de tarifs, aux contribuables en diminuant leurs impôts, et aux employés du secteur public sous forme de bonification des conditions de travail.

Au lieu de nous refiler la facture de leur piètre gestion, nos élus doivent ouvrir les portes de l’État à la concurrence.

Notre équipe de balle-molle? Elle s’est rendue en finale cet été-là. Grâce à Paul. Une chance qu’on jouait le dimanche.

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Les orgasmes multiples

(Tiré de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca)

Avez-vous le sentiment que la crise financière de 2008 est loin derrière nous? Qu’un tel événement ne risque pas de survenir de nouveau? C’est une erreur, pour la simple raison que nous n’avons tiré aucune leçon de cette crise.

C’est l’impression que j’ai après avoir lu Mastery, de George Leonard. Dans son livre (publié en 1992), ce professeur d’Aïkido trace la voie à suivre pour maîtriser un art, un sport, un métier. Pour atteindre un but.

Le lien avec l’économie? L’auteur fait l’éloge de la pratique. De l’effort patient, sans préoccupation pour les résultats immédiats. Appréciez le long chemin et les plateaux durant votre apprentissage, explique-t-il. C’est la clé du succès.

Quel contraste avec notre façon de vivre! Notre société de consommation, écrit Leonard, livre une guerre sans merci contre cette manière patiente de réussir. Notre vie s’organise autour d’un système économique qui exige toujours plus de dépenses. On nous bombarde d’une quantité infinie de biens de consommation, dont le marketing se base sur un climax, un point culminant qu’on atteint rapidement. « La famille réunie qui voit l’adorable enfant souffler les chandelles. L’athlète qui gagne la course. Les beaux et jeunes adolescents qui sautent d’excitation autour d’une canette de cola froide. Des hommes qui travaillent seulement quelques secondes et ensuite, c’est Miller time! »

La vie à son meilleur, selon ces publicités, est une série sans fin de climax. D’orgasmes multiples. Au diable l’effort et la patience. Votre fantaisie la plus folle peut se réaliser tout de suite, sans effort. Les climax se succèdent. Les orgasmes matériels s’empilent. Vite, une autre shot de gratification instantanée!

Mais les génies du marketing se gardent bien de vous dire que la poursuite de l’orgasme incessant peut mal se terminer…

Coït interrompu

Dans son livre sur la crise économique (Boomerang), le journaliste Michael Lewis cite le maire de San Jose, en Californie, dont la ville frôle la faillite. « Ce n’est pas une coïncidence si les dettes des États et des villes sont devenues hors de contrôle en même temps que celles des citoyens, dit-il. Les Américains, des riches aux plus pauvres, ont été conditionnés à s’approprier le plus qu’ils peuvent, sans penser aux conséquences à long terme. »

La crise financière, celle des hypothèques subprime, l’orgie du crédit, la bulle immobilière, tout ça vient en partie de cette mentalité. S’enrichir en peu d’efforts. En flippant des maisons, en prêtant des sommes immenses à des gens qui n’en ont pas les moyens, ou en maquillant les résultats de l’entreprise. Faire des millions en quelques secondes procure un gros climax… Même si on n’ajoute aucune valeur à l’entreprise ou à l’économie.

Est-ce un hasard si deux Canadiens sur trois ne contribuent pas à leur REER? Que l’endettement des Québécois a doublé depuis le tournant des années 2000? Que de moins en moins de gens épargnent pour leur retraite? Un hasard si nos gouvernements, poussés par les électeurs, font la même chose depuis 40 ans?

Vous pensez que la crise de 2008 a changé quoi que ce soit à nos habitudes? Je lisais récemment que Depuis 2007, les prêts automobiles ont quadruplé au Canada (de 16,2 G$ en 2007 à environ 64 G$ en 2013), ce qui placerait les consommateurs et les banques dans une situation délicate si l’économie venait à ralentir. Il n’est pas étonnant que l’industrie automobile canadienne se soit aussi bien relevée de la crise. La majeure partie de la récente hausse des dettes de consommation provient des prêts automobile, dont on peut maintenant échelonner les paiements sur huit ans!

Coup de barre

Malgré les balbutiements de reprise économique, cette mentalité demeure. Les citoyens et les gouvernements devront la mettre aux poubelles un jour ou l’autre. Sinon une crise attendra l’autre, à des intervalles de plus en plus courts.

Mais que nous changions de cap ou non, dans l’immédiat, il faut payer les excès des dernières années. Avant de réapprendre à vivre selon nos moyens, à tempérer nos désirs, il faudra accepter de payer la facture du dernier party. Quitte à jouir un peu moins souvent.

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L’ennemi commun

(Tiré de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca)

Au Québec, il faudrait garder une chose en tête : à droite comme à gauche, on se bat contre le même monstre.

Je ne parle pas de tel ou tel politicien. Je parle du capitalisme de copinage.

J’ai lu « A capitalism for the people », de l’économiste d’origine italienne Luigi Zingales. Ses écrits pourraient s’appliquer au Québec, et à beaucoup de pays riches.

Traditionnellement, écrit-il, le spectre politique américain a toujours été divisé entre un côté pro-business, qui apprécie le rôle des incitations économiques et de la concurrence, et un côté anti-business. Qui lui, voit l’entreprise soit comme une cible à abattre, soit comme une vache à traire, pour citer Churchill.

Mais ces différences idéologiques se sont gommées avec le temps, poursuit l’auteur. Et les deux côtés ont conspiré et se sont mis d’accord pour trouver qui allait jouer le rôle de la vache à traire : le contribuable. Aujourd’hui, plusieurs pro et anti-business endossent ce mariage entre entreprises et gouvernement. Le fossé sépare maintenant ceux qui profitent de cette union perverse, et ceux qui en sont exclus.

Capture de l’État

Nous vivons à l’ère du capitalisme de copinage (crony capitalism). Celui où on privatise les profits des banques, tout en refilant les pertes aux contribuables.

Celui où les grosses entreprises dépensent des millions en lobbyistes pour acheter les politiciens. Et pour faire jouer les règles en leur faveur. (Comme ériger des barrières aux produits concurrents étrangers, ou se partager des contrats gouvernementaux à prix gonflés.)

Celui où syndicats, bureaucratie et autres groupes d’intérêt échangent des votes contre des privilèges et des subventions à la pelle.

C’est la capture de l’État par les groupes d’intérêt — qu’ils soient de droite ou de gauche. Et ceux-ci se foutent bien qu’on endette à mort la prochaine génération.

Le gros bon sens

Zingales défend le libre marché. Ses écrits rejoignent pourtant ceux du mouvement Occupy, qui a beaucoup fait parler de lui aux États-Unis et à Montréal. Une déclaration de ce mouvement, entre autres, se lisait : « Nous ne sommes pas contre les riches, mais contre ceux qui utilisent leur richesse pour acheter des privilèges. Pas contre les entreprises, mais contre le fait qu’elles nous gouvernent. Pas contre le capitalisme, mais contre sa corruption. Pas contre les banques, mais contre leurs pratiques frauduleuses. Pas contre la haute finance, mais contre ses fraudes légales. Nous ne sommes pas contre la démocratie, mais contre le fait que nos élus sont à vendre. »

Qui s’oppose à ce discours?

On risque de s’obstiner encore longtemps sur les solutions. Certains veulent plus de gouvernement pour corriger la situation. D’autres veulent moins de gouvernement — un retour vers le vrai capitalisme. Enfin, il y a ceux qui croient qu’en plaçant au pouvoir la bonne personne, le système va se nettoyer.

Mais à part les extrémistes de chaque côté, on se bat tous, grosso modo, contre le même monstre.

Gardons cela en tête en buvant notre bière autour du BBQ cet été, ou en mangeant nos guimauves autour du feu.

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Pourquoi avez-vous droit à juste 1$ de baisse d’impôt par semaine?

Si vous vous demandez pourquoi, après le budget d’hier, vous n’avez droit qu’à l’équivalent de 1$ par semaine de baisse d’impôt de la part de notre cher gouvernement libéral, malgré des milliards $ en surplus, voici une piste de réponse:

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Cul-de-sac à droite

Dans mes écrits, j’ai souvent le réflexe de défendre les contribuables contre le gaspillage de leurs impôts. Et contre le détournement de ceux-ci vers des groupes organisés. En faisant cela, j’ai l’impression naïve de parler à l’ensemble de la population. Mais quand je regarde les statistiques fiscales de plus près… Oh boy! Je réalise que je parle à peu de monde, finalement.

Dépendants de l’État

La moitié des Québécois ne payent aucun impôt, ou très peu (et peu de taxes, si on tient compte des remboursements de TPS/TVQ). L’État gaspille? Bof, c’est pas moi qui paye. Parmi l’autre moitié, plus d’un sur cinq travaille pour l’État (fédéral, provincial ou municipal). Et il y a aussi tous ceux dont le salaire dépend en tout ou en partie des subventions ou du monopole que leur confère le gouvernement, ou ceux qui ont le gouvernement comme principal client de leur entreprise.

(Ajoutons à cela le nombre croissant de baby-boomers à la retraite, qui ne payent plus d’impôt ou presque et qui exigent plus de services, notamment en santé.)

Si tous ces gens veulent préserver leurs revenus ou l’augmenter, ils vont souhaiter que l’État dépense plus, pas moins. Ne généralisons pas, mais une bonne partie va voter pour le politicien qui promet de dépenser plus et s’endetter davantage. (Soyons honnêtes, on ferait la même chose à leur place.)

Pour une bonne partie des électeurs québécois, le message de la droite, ou des « défenseurs des contribuables », passe dans le beurre.

Comment en sommes-nous arrivés là? Le mot magique : endettement. Les politiciens aiment dépenser pour s’acheter des clientèles et des votes. Mais pour dépenser, ils doivent d’abord taxer. Or, si l’État taxe trop, les contribuables vont se plaindre, ou n’auront plus d’argent. Comment contourner le problème? En s’endettant. Quelque 7 milliards $ par année en moyenne, depuis 40 ans. Celui qui va payer la facture peut difficilement se plaindre — il n’est même pas né! À l’aide de sa carte de crédit, l’État a accroché un nombre croissant de citoyens à ses mamelles.

Comme aime répéter Deric, un lecteur sur mon blogue, la droite n’a aucune chance face à la gauche et son slogan : « recevez maintenant, vos enfants paieront. »

Méchants et Gentils

Dans ce contexte, un parti politique « de droite », qui représente les intérêts de ceux qui veulent un État qui dépense moins, et mieux, n’a presque aucune chance au Québec.

Comme si ce n’était pas assez, la droite se fait planter sur le terrain des communications. Pour vendre ses idées, la droite parle au cerveau. La gauche parle au cœur. La droite peut trouver les meilleurs arguments du monde, mais la gauche a de bonnes intentions, et c’est tout ce qui semble compter. Elle veut aider les pauvres. La droite connaît peut-être un meilleur moyen de les aider, ces pauvres, mais on se méfie de ses intentions (c’est sûrement pour enrichir les riches!) Les méthodes de la gauche ne fonctionnent pas? Pas grave! Elle a de bonnes intentions

Résultat : la gauche gagne tous les concours de popularité. Et ce, même quand les faits ou les chiffres contredisent son discours. Les gens de droite ont pourtant autant de compassion, sinon plus. Mais un gros travail de relations publiques les attend.

Mettez tout ça ensemble, et bonne chance pour réformer le Québec!

Le plus ironique : ces réformes de droite — dégraissage de l’État, réduction de la fonction publique, moins de subventions — vont se produire. Et plus rapidement qu’on pense. Mais elles ne viendront pas d’idéologues ou de politiciens. Elles nous seront imposées de l’extérieur. Quand les taux d’intérêt vont se mettre à grimper, et avec eux le service de la dette de l’État.

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