La Dernière Partie De Poker

(Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

J’ai fait un drôle de rêve hier soir.

Il est vingt heures. J’entre dans une pièce mal éclairée. À travers l’épaisse fumée de cigare j’aperçois une table ronde. Une lampe suspendue y éclaire sept têtes. Chacun tient des cartes entre ses mains, l’air soucieux.

La partie de poker se déroule depuis un moment.

Je m’approche sans faire de bruit. J’observe. De gauche à droite, je compte sept joueurs : Mme Crise économique, Gouvernement, Consommateur, Payeur de taxe, Économiste conventionnel, Banquier, et une bibitte étrange – elle possède des cuisses de fermier, des mains d’artistes, le corps d’un PDG d’entreprise et la tête d’un chef syndical. Appelons-la « Groupe de pression ».

Sur le tapis vert de la table, Consommateur et Gouvernement jouent comme des débutants. Ils gaspillent des jetons sans compter, incapables de s’en empêcher.

Après un mauvais bluff, Consommateur perd tous ses jetons. Ça fait trois fois qu’il se ruine, et remprunte à Banquier pour continuer à jouer. Il a déjà mis son auto et sa maison en garantie. « Assez, c’est assez! » Il se lève et quitte la table.

Je me tourne pour regarder Payeur de taxe. Il semble contrarié. Il joue de façon prudente et disciplinée, mais perd des jetons chaque tour. Parce que Gouvernement joue de façon agressive, mais aussi parce que Groupe de pression, assis à côté de Gouvernement, pige dans les jetons de ce dernier et le relance à chaque mise, créant une surenchère. Payeur de taxe est incapable de suivre le rythme.

À ma gauche, Économiste conventionnel est dans le trouble. Sa pile de jetons fond rapidement. Il ne comprend pas. Ses années de recherche lui ont enseigné que plus on dépense de jetons (même si on les gaspille), plus notre fortune grossit, puisque cette dépense entraîne des effets « multiplicateurs ». Confus, il se lève et quitte. Il retourne à sa tour d’ivoire peaufiner ses modèles mathématiques.

Pendant ce temps Mme Crise économique, sourire en coin, accumule les jetons que gaspillent tous les joueurs…

Le joueur le plus détesté, c’est Banquier. Lui, il mise un paquet de jetons à chaque tour, peu importe les cartes qu’il a entre les mains. Il s’en fout. Il sait très bien que son ami Gouvernement va le renflouer s’il perd tout. Mais au tour suivant, il tente un pari beaucoup trop risqué… et perd tout!

Bah! Il se lève, fait un clin d’œil à Gouvernement, et va préparer tranquillement du café.

Soudain, un cri fait sursauter tout le monde. « Lâche mes jetons, parasite! » Gouvernement vient de réaliser que Groupe de pression pige constamment dans sa pile.

Gouvernement place ce qu’il lui reste de jetons bien en vue devant lui, et jure qu’il adoptera dorénavant une façon de jouer plus « austère » d’ici la fin de la partie.

Groupe de pression ne survit pas à cette décision. Il se lève, furieux, et sort protester dans la rue. Il brandit une pancarte sur laquelle on peut lire : « Je mérite plus de jetons! »

Appauvri par l’agressivité de Gouvernement et de Groupe de pression depuis le début de la partie, Payeur de taxe fini par mourir, un deux de pique et un sept dans les mains. Il quitte la table en vociférant contre les autres joueurs : « Vous conspirez tous contre moi! »

La fin de partie approche.

Seuls deux joueurs demeurent à la table : Gouvernement et Mme Crise économique.

Mme Crise économique possède beaucoup plus de jetons que Gouvernement.

Gouvernement, désemparé, lance un coup de fil à Économiste conventionnel dans sa tour d’ivoire. « Vous n’avez qu’un choix, dit ce dernier : bluffer. Il faut faire peur à Mme Crise économique pour qu’elle se couche. Misez tout ce qu’il vous reste. Ce n’est pas le temps d’être radin et de penser à l’avenir. À long terme, nous sommes tous morts. »

Le gouvernement se lance all in. Il pousse tous ses jetons au centre de la table. Et prie.

Mme Crise économique tient une full house entre ses mains.

Le gouvernement, une paire de cinq.

Mme Crise économique va-t-elle se coucher?

À ce moment, je me suis réveillé.

MON LIVRE « L’ARGENT DES AUTRES » EST DISPONIBLE EN LIBRAIRIE DEPUIS LE 26 JANVIER, OU ICI: (VERSION PAPIER ET ÉLECTRONIQUE)

L'argent des autres

 

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Redoutables lobbys

Aux États-Unis, des lobbys font toujours la loi et des entreprises québécoises en payent le prix.

(Publié en 2008 dans le défunte revue Commerce, mais toujours d’actualité semble-t-il…)

Palm Beach, en Floride. Par une matinée ensoleillée, José Fanjul vérifie son courrier. Il y trouve un chèque de cinq millions signé par le gouvernement américain. Cet exilé cubain, exproprié par Fidel Castro pendant la révolution, utilisera l’argent pour entretenir son yacht, le Crili. Il prête ce vaisseau de 95 pieds à des politiciens qu’il courtise à l’occasion de dîners-bénéfice. Il ajoutera aussi un ou deux Sorolla – un peintre espagnol qu’il affectionne – aux murs de sa somptueuse demeure de 30 pièces. Il peut se le permettre : des chèques comme celui-ci, il en reçoit douze par an. José Fanjul est propriétaire de Flo-Sun, un vaste empire sucrier de 400 000 acres qui fournit le tiers du sucre consommé annuellement par les Américains. Et, comme tous les mois, il réserve une partie du montant à l’American Sugar Alliance, le lobby le plus efficace des États-Unis.

Rue Notre-Dame, à Montréal, l’usine de Sucre Lantic a repris son activité depuis quelques heures déjà. Une épaisse fumée s’échappe des trois cheminées surplombant la raffinerie. Même si ses fondations datent du 19e siècle, l’usine de Sucre Lantic est plus concurrentielle que celle de Flo-Sun. Elle pourrait vendre du sucre aux Américains pour deux fois moins cher. Mais si elle tente de le faire, elle devra payer une taxe de 100 % sur chacun de ses sacs de sucre qui passeront la frontière. Alors, elle ne le fait pas. Le protectionnisme, c’est ça. Et José Fanjul s’y connaît. Talonné par une armée de lobbyistes, non seulement le gouvernement américain lui verse les subventions les plus scandaleuses de la planète, mais il le protège aussi de la concurrence étrangère.

Les sacrifiés de l’ALENA

Le sucre est un exclu du libre-échange, comme le sont les produits laitiers, la dinde, le poulet, les arachides et certains produits cosmétiques, entre autres. Ils ne font pas partie des quelque 28 000 produits qui circulent librement entre le Canada et les États-Unis grâce à l’Accord de libre-échange (maintenant l’ALENA) signé en 1989 entre les deux pays. Menacés d’être frappés de tarifs douaniers allant jusqu’à 300 % du prix de vente s’ils entrent aux États-Unis, ces produits doivent trouver preneur ailleurs. Pour certains, c’est le désastre. Les entreprises sucrières canadiennes perdent chaque année 120 millions de dollars, et leur nombre est passé de quatorze en 1970 à quatre aujourd’hui. « Le marché des États-Unis étant fermé, il est très difficile de réaliser des économies d’échelle. Les raffineries ont dû fusionner pour survivre, explique Ed Makin, président de Sucre Lantic. Si on nous permettait de vendre notre sucre là-bas, nous prendrions des parts de marché aux entreprises américaines, c’est sûr. »

Les producteurs de sucre ne sont pas les seuls à souffrir des exceptions de l’ALENA. Outre l’exclusion de certains produits, certaines lois américaines l’emportent sur l’accord et empêchent des entreprises québécoises et canadiennes de vendre leur produit ou service aux États-Unis. À 24 ans, Denise Verreault a dû prendre la tête du chantier maritime Verreault, fondé par son père aux Méchins, en Gaspésie. Depuis ses débuts en affaires – elle a aujourd’hui 42 ans -, elle est privée de la moitié de sa clientèle potentielle. La raison : le Jones Act, une loi américaine signée en 1920 qui invoque des motifs de sécurité, et interdit aux entreprises canadiennes de construire, réparer ou exploiter des navires commerciaux qui font plus d’un arrêt dans les eaux américaines. Les navires qui vont livrer leur marchandise aux États-Unis doivent avoir été construits par des Américains et ne peuvent être réparés qu’aux États-Unis. À la grande joie des chantiers maritimes du pays. « Il est clair que cette mesure protectionniste va à l’encontre de tous les principes de libre-échange. Mais les Américains y tiennent mordicus », dit Denise Verreault.

Depuis 1992, les revenus de l’industrie canadienne des chantiers maritimes ont diminué de moitié. Le chantier de Denise Verreault est fermé depuis janvier dernier : il n’y a plus de navires à réparer. À Lévis, le chantier maritime de la Davie, le plus important du Canada, menaçait lui aussi de fermer en octobre 2006. Il a finalement été acheté par un concurrent. « Le protectionnisme américain a imposé le Jones Act aux négociateurs du libre-échange, dit Gilles Gagné, chef de la direction de la Davie. C’est sûr que le marché américain serait intéressant pour nous, mais nous devons nous concentrer sur les marchés canadien, européen et asiatique. »

Outre le Jones Act, plusieurs lois font obstacle au commerce entre les deux pays. Le Buy American Act, par exemple, empêche des fournisseurs canadiens de soumissionner pour des appels d’offres du gouvernement américain. La loi des Marchés réservés aux petites entreprises, quant à elle, oblige les soumissionnaires d’un projet à donner en sous-traitance une part (habituellement 40%) de leurs travaux à des sociétés américaines. Un protectionnisme subtil, qui heurte des entreprises québécoises et canadiennes. Mais, surtout, qui profite à des firmes américaines.

Follow the money

Dans certains cas, il s’agit d’un compromis entre les deux pays, explique Lawrence Herman, avocat chez Cassels Brock. « Le sucre, par exemple, est un produit très sensible aux États-Unis. Le Canada se devait de tolérer cette exception. En retour, les Américains ferment les yeux sur notre système de gestion de l’offre pour le lait, les oeufs et la volaille », explique cet ancien diplomate canadien, qui a conseillé des juges de l’ALENA lors de conflits commerciaux. Ottawa empêche les producteurs américains de nous vendre ces produits parce qu’ici aussi, il y a des groupes de pression qui protègent leur marché. Le lobbying est pratiqué des deux côtés de la frontière.

Sauf que chez notre voisin du Sud, c’est bien connu, tout est plus gros. Y compris le lobbying. Quand une industrie américaine réussit à se soustraire au libre-échange, c’est parce que les groupes de pression qui la représentent sont riches, puissants et organisés. Et ils payent cher pour convaincre le Congrès américain de protéger leur marché. Une myriade de groupes de pression se battent pour l’industrie de la construction navale aux États-Unis. Les plus actifs sont le Maritime Cabotage Task Force – qui défend bec et ongles le Jones Act -, le Great Lakes Maritime Task Force et l’American Shipbuilding Association. Dans l’ensemble, le lobby du transport maritime dépense 17 millions par an pour représenter ses intérêts à Washington. Son message est clair : la sécurité nationale doit primer sur le libre-échange, et le Jones Act protège les Américains. Contre de tels moyens, les chantiers maritimes québécois sont impuissants. « Personne ne se bat pour notre industrie. Voilà pourquoi elle en arrache », déplore Denise Verreault.

Les producteurs canadiens de sucre sont tout aussi démunis. Sucre Lantic se frotte aux industriels les mieux protégés par Washington. L’American Sugar Alliance, le puissant lobby du sucre dominé par Flo-Sun, a versé 2,7 millions à divers élus au cours de l’année 2006, selon le Center for Responsive Politics, un centre de recherche non partisan qui étudie les filières des contributions financières aux partis politiques. Près de 60% de cette somme est allée au Parti démocrate, qui détient maintenant la balance du pouvoir à Washington. À lui seul, José Fanjul a contribué pour plus d’un million de dollars. Un bon investissement. Selon le General Accounting Office, le programme de soutien des prix rapporte cinq cents par livre aux producteurs de sucre. Avec sa production annuelle de 650 000 tonnes, Flo-Sun reçoit chaque année 65 millions de dollars du gouvernement.

« L’argent n’achète pas nécessairement les politiciens et les projets de loi, explique Larry Makinson, chercheur principal au Center for Responsive Politics. Le lien est souvent plus subtil. Mais une chose est sûre: les politiciens ont besoin de garnir leur trésor de guerre en période électorale. Et ils se sentent souvent redevables envers ceux qui les ont aidés », dit-il.

Dans certains cas, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le conflit du bois d’oeuvre entre les scieries canadiennes – dont plusieurs québécoises – et américaines en est un bon exemple. Une loi américaine, l’amendement Byrd, incite les sociétés américaines à jouer les victimes du libre-échange.

En vertu de cette loi, le gouvernement récompense les entreprises qui se plaignent de concurrence « déloyale ». Il impose des taxes au produit du concurrent étranger, et redonne l’argent ainsi perçu aux plaignantes. En 2004, le gouvernement américain imposait des tarifs de 27 % sur le bois d’oeuvre en provenance du Canada. Cette année-là, quatre producteurs forestiers de l’Oregon, du Tennessee et de la Georgie ont reçu plus d’un million de dollars en vertu de l’amendement Byrd, selon une étude du US Government Accountability Office. « Cette loi a prolongé le conflit », dit Carl Grenier, président du Conseil du libre échange pour le bois d’oeuvre, la principale organisation qui a défendu les entreprises canadiennes. « Nous exportons pour près de 11 milliards de dollars de bois d’oeuvre par an. Avec des tarifs de 27%, ça monte vite. Vous pouvez imaginer la motivation des PDG américains. »

Cependant, rien n’est gratuit. Pendant la même année, ces entreprises ont figuré parmi les plus importants contributeurs aux caisses électorales des partis démocrate et républicain, selon les chiffres du Center for Responsive Politics. International Paper, une entreprise qui est en activité dans plus de 40 pays et dont les ventes annuelles dépassent les 29 milliards de dollars, a « investi » 479 332 dollars en contributions politiques à divers sénateurs et représentants en 2004, et a récolté 761 907 dollars en droits compensatoires. Coïncidence? « Absolument pas, répond Carl Grenier. C’est clair qu’il y a un lien. Aux États-Unis, il y a une croissance phénoménale des activités de lobbying depuis quelques années. Au point où le système politique est corrompu », dit ce spécialiste des institutions politiques américaines qui est aussi professeur à l’Université Laval. La situation est, en effet, inquiétante. Les dépenses en lobbying ont presque doublé depuis 10 ans aux États-Unis, atteignant 2,45 milliards de dollars en 2006.

Ce n’est pas fini…

À la suite de plusieurs menaces de la part du Canada et de l’Union européenne, le Congrès américain a décidé il y a quelques mois d’abroger l’amendement Byrd. Celui-ci sera caduc le 1er octobre 2007. D’ici là, les droits de douane perçus continuent à tomber dans les poches des entreprises qui se plaignent au gouvernement (depuis 2001, quelque 1,26 milliard de dollars ont été distribués en vertu de cette loi).

Il s’agit d’une bonne nouvelle pour tous les partenaires commerciaux des États-Unis. Toutefois, envisager une réforme plus profonde du système – qui réduirait le pouvoir des lobbys – demeure utopique, selon plusieurs. « Le mécanisme de règlement de conflits de l’ALENA n’est pas encore assez fort pour contrer le jeu politique », dit Guy Stanley, consultant en commerce international chez Guy Stanley et associés. « Tant que les parts de marché des entreprises canadiennes aux États-Unis demeurent sensiblement les mêmes, les relations commerciales sont bonnes. Mais si ces parts augmentent trop, les pénalités et les menaces de représailles arrivent. »

Les premiers concernés ont appris à composer avec un marché américain bloqué. « Je ne me fais pas d’illusions, répond Ed Makin, de Sucre Lantic, lorsqu’on l’interroge sur une éventuelle ouverture du marché américain. Avec le renouvellement probable du Farm Bill – une subvention de 175 milliards versée aux agriculteurs américains sur une période de 10 ans, en attente d’approbation par le président -, je serais très surpris. En ce qui nous concerne, en tout cas, nous ne misons pas là-dessus pour assurer notre avenir. »

Sage décision. Car les producteurs sucriers américains ont un nouvel allié à Washington : le représentant démocrate du Minnesota, Collin Peterson, qui est depuis deux mois aux commandes du comité sur l’Agriculture à la Chambre des représentants. Son district électoral est bondé de fermiers qui cultivent la canne à sucre. Collin Peterson a récemment affirmé qu’il veut améliorer le sort de ses agriculteurs. Pour y arriver, il se dit prêt à faire monter le prix du sucre « par tous les moyens ».

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L'argent des autres

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Place à la compétition!

(Dernier extrait – et là c’est vrai – 🙂 ) de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca)

Un dimanche soir humide dans un parc de l’Est de Montréal. Le gros cogneur des Rotoculteurs se présente au marbre. Paul, mon lanceur, envoie la balle… Whack! Une flèche en ma direction. Je baisse mon gant pour l’intercepter. Trop tard… La balle file entre mes jambes. J’ai peur de relever la tête. Ce n’est pas le jugement des cinq spectateurs éparpillés dans les estrades qui me terrorise, c’est Paul. Il hait perdre. Je vais entendre parler de mon erreur pendant deux mois…

Paul est très compétitif. Notre équipe est loin de s’en plaindre. Paul trouve toujours le moyen de nous faire gagner. Même contre les plus coriaces adversaires. Mais ça, c’est le dimanche. Le lundi, tout change. Paul travaille à la Ville de Montréal. Il est col bleu. Et à l’entendre, il préfère la loi du moindre effort lorsque vient le temps de remplir un nid-de-poule.

J’ai pensé à Paul – et à ses contradictions – cette semaine. Peinant à boucler son budget, le gouvernement québécois fait grimper les tarifs, la TVQ, les impôts… Bref, la main de l’État fouille plus profond dans vos poches. Il existe pourtant une alternative : rendre l’État plus efficace et moins coûteux.

Comment? Les fonctionnaires syndiqués effectuent un travail de piètre qualité et sont payés trop cher, dit-on. Parce qu’ils sont paresseux et incompétents? Non. La plupart de ces hommes et femmes sont comme vous, comme moi, comme Paul. Dévoués et talentueux. Le problème : ils se trouvent prisonniers d’un système qui punit l’initiative, qui se fiche de l’efficacité, et qui récompense le gaspillage. Nos fonctionnaires travaillent pour des monopoles. Sans jamais se frotter à la concurrence. Difficile alors de sortir le meilleur d’eux-mêmes. Et c’est nous, contribuables, qui en payons le prix.

Stephen Goldsmith a compris cela. En 1995, cet ancien maire d’Indianapolis a décidé de lancer des appels d’offres, tous les cinq ans, pour l’entretien d’une partie des rues de la ville. Les syndiqués municipaux pouvaient aussi soumissionner, mais ils se mesureraient à des entreprises privées. Le contrat irait au groupe offrant un travail de qualité, au meilleur prix.

Devinez qui a remporté le contrat? Les employés de la Ville! Ils ont présenté une soumission nettement inférieure à celle de leurs concurrents privés. « Nous étions certains que les entreprises privées écraseraient nos travailleurs dans une situation de concurrence directe », raconte Goldsmith, aujourd’hui professeur à l’Université Harvard, dans son livre Resurrecting Urban America. « Mais les hommes et femmes qui font ce travail savent mieux que quiconque comment l’accomplir. En ayant leur destinée en main – et le contrôle sur les décisions –, ces travailleurs ont fait preuve de créativité. Ils se sont transformés en spécialistes de l’efficacité du jour au lendemain », dit-il.

La ville d’Indianapolis dépensait 425 $ par tonne d’asphalte chaud pour remplir les nids-de-poule. Avec la nouvelle soumission : 307 $. Une économie de 25 % pour les contribuables. Indianapolis n’est pas seule. La ville de Philadelphie économise bon an mal an 38 M$ par année depuis qu’elle fait jouer la concurrence dans les services municipaux. C’est la Grande-Bretagne, en 1980, qui a parti le bal. Les syndicats ont protesté au départ, mais ils ont raflé plus de 70 % des contrats! Normal, ils sont experts dans leur domaine. Motivez-les, et ils deviennent aussi innovateurs, efficaces et soucieux que leurs confrères du privé.

Pour rendre l’État plus efficace – et moins cher –, il faut introduire la compétition. En ce moment, les Montréalais et Québécois paient cher le manque de compétition dans la livraison des services gouvernementaux. Qu’on me comprenne bien. Des fonctionnaires qui se défoncent jour après jour, ça existe. Mais nombre de services – autant au municipal, au provincial qu’au fédéral – gagneraient à se frotter à la concurrence. Entretien des routes, déneigement, transport en commun, comptabilité, livraison du courrier… la liste est longue.

Et les économies réalisées? On pourrait les distribuer aux usagers par le biais de baisses de tarifs, aux contribuables en diminuant leurs impôts, et aux employés du secteur public sous forme de bonification des conditions de travail.

Au lieu de nous refiler la facture de leur piètre gestion, nos élus doivent ouvrir les portes de l’État à la concurrence.

Notre équipe de balle-molle? Elle s’est rendue en finale cet été-là. Grâce à Paul. Une chance qu’on jouait le dimanche.

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Comment se fera l’atterrissage immobilier?

(Extrait du livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

Le marché immobilier canadien va-t-il se dégonfler en douceur ou en catastrophe? On peut en débattre. Mais une chose est certaine : l’économie canadienne — et québécoise — va en souffrir.

Près de la moitié (45 %) de la croissance du PIB depuis 2000 au Canada peut être attribuée directement aux industries de la construction. Et à celles qui gravitent autour (finance, assurance, immobilier, etc.) C’est le constat que faisait récemment l’analyste Ben Rabidoux, président de la société de recherche North Cove Advisors.

C’est l’immobilier et la construction qui a tiré l’économie ces dernières années. Et qui, conjugué à notre surconsommation et notre endettement record, nous a permis de passer à travers la dernière crise. Mais tout ce que l’économie canadienne a fait, c’est acheter du temps. Sacrifier demain pour éviter de payer aujourd’hui. Or, demain s’en vient. Et ce même marché immobilier — avec ses effets d’entraînement sur une foule d’industrie —, risque d’envoyer l’économie au tapis. Si les dominos commencent à tomber, nul ne sait où ils s’arrêteront.

Sur son blogue, Rabidoux calculait que le pourcentage de la population active employé dans la construction est de 7,3 % au Canada (en forte hausse depuis le début des années 2000) comparé à 4,2 % aux États-Unis. « Attendez-vous à ce que l’investissement résidentiel et l’emploi dans la construction deviennent des freins à la croissance du PIB à partir de maintenant », écrit-il.

La Banque complice

Quelqu’un est-il surpris? Depuis 10 ou 15 ans, le prix des maisons a explosé dans plusieurs villes du Canada. Même à Montréal et Québec, les prix sont à des niveaux qui n’ont aucune mesure avec la hausse des salaires pendant la même période. Pourquoi? Parce que cette bulle a été gonflée au crédit. La dette personnelle des Canadiens bat un record tous les trimestres, et dépasse aujourd’hui celle des Américains avant leur effondrement immobilier. De plus, selon la Banque du Canada, la part des marges hypothécaires du crédit à la consommation a monté en flèche, ce qui rend plusieurs Canadiens vulnérables à une hausse des taux d’intérêt.

Ça peut durer longtemps, une bulle. Mais ça finit toujours par dégonfler. Ou éclater.
Les avertissements de la Banque du Canada, et les nouvelles règles hypothécaires du gouvernement, arrivent trop tard. C’est d’ailleurs cette même banque qui a contribué à gonfler la bulle, en maintenant artificiellement bas les taux d’intérêt. Certains diront qu’elle n’avait pas le choix. Mais du coup, elle a stimulé la surconsommation, l’endettement et les bulles spéculatives.

Que fait-on quand les taux d’intérêt (et par ricochet, les taux hypothécaires) sont bas? On s’endette pour acheter une maison. On prend une marge de crédit et on achète une auto. Épargner? Vous voulez rire… Quand un certificat de placement rapporte 1 %? Non merci.

Mais la route vers une véritable reprise économique passe par l’épargne, non par la consommation. Les Canadiens doivent nettoyer leur bilan. Cesser de consommer à crédit, et épargner. Ce sera dur pour l’économie à court terme, mais c’est l’inévitable chemin de croix par lequel nous devons passer. Retarder cet ajustement ne fait qu’empirer les choses.

Nous avons longtemps festoyé à crédit. Par conséquent, préparons-nous, au minimum, à un sérieux mal de tête dans les années à venir.

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Si Robin des Bois vivait au Québec

Je me suis loué le film Robin des Bois. Je ne cours pas les films de superhéros, vraiment pas. Mais celui-là est différent. Pertinent. En fermant la télé je me suis dit : le Québec a besoin d’un Robin des Bois.

Rectifions d’abord la légende. On croit à tort que Robin des Bois prenait aux riches pour donner aux pauvres. Trop simpliste. Robin des Bois défendait la propriété privée. Il se battait pour la liberté pour tous de jouir, en vertu de la loi, du fruit de son travail. Il décochait ses flèches pour permettre aux citoyens – riches et pauvres – de protéger leur terre et leur argent de leur vol par le roi et ses percepteurs d’impôts. Son ennemi, c’était l’État. Celui dépensier et boulimique. Celui qui, lâchement, préfère fouiller plus profond dans les poches du peuple plutôt que de réduire ses trop nombreux fonctionnaires et ses dépenses, souvent somptuaires.

Ça vous rappelle quelque chose?

Pas de doute, le Québec a besoin d’un Robin des Bois. Imaginons un peu ce qu’il ferait s’il vivait parmi nous…

Il irait, au galop, détrousser le « ministère des Subventions » et rapporterait au peuple les milliards que l’État pige dans nos poches pour donner en cadeau aux grandes entreprises. Il ferait même un détour à cheval, région par région, pour nous redonner nos impôts que les administrateurs de programmes comme le « Fonds vert » distribuent scandaleusement à leurs copains.

Robin des Bois et sa bande iraient terroriser les commissaires scolaires en « réunion » sur leur terrain de golf. Ils dévaliseraient les coffres bien remplis des centrales syndicales, plus préoccupées par le bien-être de leurs dirigeants que par celui de leurs membres.

Robin des Bois sèmerait la pagaille au ministère de l’Éducation. Pourchassé par des milliers de bureaucrates, il s’enfuirait à cheval avec un gros sac contenant le budget du ministère, et le rapporterait à ses légitimes propriétaires : les citoyens et les écoles de leur quartier. Nos enfants s’en porteraient mieux.

Et pour vous, milady contribuables désirant qu’on dépense vos impôts de façon responsable, imaginez le beau Russell Crowe décocher une flèche au derrière du premier ministre, pour qu’il se décide enfin à faire le ménage dans l’industrie de la construction et le ministère des Transports. Sexy, vous dites?

Nous avons plus que jamais besoin d’un Robin des Bois. Pas pour attaquer les riches. Pour protéger les pauvres et la classe moyenne contre le détournement de leurs impôts au profit des groupes d’intérêts – gros syndicats, grosses entreprises, etc. – et autres profiteurs du système.

Nous avons besoin d’un Robin des Bois pour freiner les excès des politiciens. Excès qui auront tôt fait d’enchaîner nos enfants à une dette écrasante, tout en étouffant leurs parents avec d’incessants nouveaux impôts et taxes.

Nous avons besoin d’un Robin des Bois pour nous défendre contre notre propre gouvernement.

Que d’évolution depuis le Moyen-Âge…

***

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Mami, papi et les banques

Un extrait de mon livre L’argent des autres:

 

Mamie, Papi et les banques

Les parents ou les psys qui s’inquiètent de la prolifération d’enfants-roi devraient jeter un œil sur le monde de la finance. Ils verront ce qui arrive, à long terme, quand on gâte et pourrit ces grands bébés.

Plusieurs scandales ont fait surface ces dernières années. Les milliards $ perdus par la banque JP Morgan, et cachés par ses courtiers. La manipulation des taux d’intérêt (Libor) par plusieurs grandes banques — sous le regard complice du gouvernement, soulignons-le. Et le blanchiment d’argent criminel par la banque HSBC.

Mais doit-on vraiment s’en surprendre? Quand les politiciens décident que les contribuables vont sauver le cul des banques quoiqu’il arrive, cela entraîne des conséquences.

Bébés gâtés

Dans son livre A capitalism for the people, l’économiste Luigi Zingales illustre avec brio ce problème d’« aléa moral ».

Imaginez que vos enfants se comportent mal. Vous essayez de les discipliner, mais chaque fois, leurs grands-parents arrivent et les « sauvent ». Pour acheter la paix, et préserver l’harmonie familiale.

À court terme, leur intervention semble bénéfique. Les enfants sont contents, personne ne pleure, et la belle journée se poursuit. Mais à long terme? On se retrouve avec des enfants gâtés pourris, et des parents malheureux.

Le lien avec la politique? Les grands-parents ont une motivation à gâter leurs petits-enfants, poursuit Zingales : obtenir la gratitude de ces derniers, et la paix temporaire. De plus, mamie et papi ne subiront pas les conséquences à long terme des comportements impunis des enfants. (Puisqu’ils sont rarement à la maison, et qu’ils vont mourir d’ici là).

De la même façon, les politiciens sont heureux de sauver les banques ou les pays qui dépensent trop. Car ils en profitent. C’est rentable politiquement d’avoir une économie qui donne l’impression (artificielle) de bien aller. Les politiciens profitent aussi de la gratitude des banquiers « sauvés », surtout lorsque viendra le temps de se trouver un emploi dans le privé… Et comme les grands-parents, les politiciens risquent peu de souffrir des conséquences à long terme de leur geste. Ils ne seront plus au pouvoir quand ces conséquences se produiront.

De pire en pire

Mais comme avec les enfants, si vous refusez de laisser le marché punir les mauvais comportements financiers, vous ne ferez qu’empirer la situation. Le capitalisme repose sur le principe qu’un individu doit subir les conséquences de ses erreurs. Sinon, jamais il n’apprendra.

La « politique de sauvetage » des banques, note Zingales, a commencé en 1994. Lors du sauvetage de l’économie mexicaine et du Peso. (Et surtout, des banques américaines, qui avaient prêté des milliards à ce pays.) Ce geste — et la promesse implicite de futurs sauvetages — a éliminé la peur chez plusieurs prêteurs et PDG. Grave erreur! La peur est un élément clé pour discipliner les décisions financières, rappelle l’auteur.

Résultat : aujourd’hui, l’aide gouvernementale est une drogue, dont le système financier est accroc, écrit Zingales. Arrêtez de lui en donner, et la panique s’empare des marchés. Sauf que, comme un junkie, le système financier en réclame toujours plus. Jusqu’au jour où ce sera impossible pour l’État de le sauver.

Vous vous souvenez de 2008? On disait qu’il fallait sauver les banques américaines, car elles étaient « trop grosses pour tomber ». Devinez quoi? Quatre ans plus tard, en 2012, elles étaient 23 % PLUS grosses que 5 ans plus tôt, selon le professeur Neil Barofsky, qui a lui-même supervisé le plan de sauvetage des banques en 2008.

On peut réprimander les banques, ou les enfants. Mais tant que les politiciens vont jouer à papi et mamie, le problème va empirer. Un jour ou l’autre, il faudra changer de stratégie. Et laisser le marché sortir la strap.

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Vous avez aimé? L’argent des autres est disponible dans toutes les librairies et Coop d’universités.

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Employés de Bombardier, subventionnez-moi!

(Extrait de mon livre L’argent des autres, disponible en librairie et sur Amazon.ca.)

J’ai un projet : publier un livre. J’ai beaucoup de talent et je suis certain que ce sera un succès. Je demande aux 70 000 employés de Bombardier de me prêter 25 $. Je vous rembourserai le montant total (1,7 million) dans 10 ans. Ce sera bien sûr un prêt sans intérêt. Et je vous rembourserai seulement si je vends mes livres. Si je ne vends rien, je ne vous rembourse rien.

Qu’en dites-vous? Vous refusez? Mais voyons, mon projet est structurant. Il génèrera des retombées économiques. La maison d’édition fera des profits, j’achèterai des logiciels de correction, j’engagerai des recherchistes, je ferai rouler l’industrie des pâtes et papiers, je mangerai dans les restaurants autour de chez moi, je me ferai construire un bureau décent… Avec l’argent perçu sur l’impôt de tous ces travailleurs, et les taxes générées par la vente des livres, le gouvernement va faire un coup d’argent incroyable!

En plus, il est vital que notre industrie du livre brille et soit concurrentielle. D’autant plus qu’un auteur français, qui écrit sur le même sujet que moi, reçoit des subventions de son gouvernement. Ce serait vraiment injuste et suicidaire pour notre industrie de ne pas me subventionner aussi.

Vous refusez toujours? Vous préférez mettre votre 25 $ dans un placement à faible risque qui vous rapportera des intérêts de 8 % composés annuellement, et vous enrichira de 54 $ au bout de dix ans au lieu du 25 $ incertain que je vous propose? Vous dites qu’il est plus important pour vous de placer cet argent pour l’éducation de votre petite fille que de l’utiliser pour produire un livre que vous ne comptez pas lire? Je n’y comprends rien…

Mais peu importe votre décision. Vous n’avez pas le choix. Mon bon ami le ministre vous oblige à me prêter cette somme. Sinon, vous irez en prison. Lui, il croit que c’est un bon projet. Après tout, qui êtes-vous pour prétendre savoir quoi faire avec votre argent?

MON LIVRE « L’ARGENT DES AUTRES » EST DISPONIBLE EN LIBRAIRIE DEPUIS LE 26 JANVIER, OU ICI: (VERSION PAPIER ET ÉLECTRONIQUE)

L'argent des autres

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Jolie fille cherche mari riche…

En reprise, et parce que c’est le weekend. Une bonne – et hilarante – leçon de finances 101.

Vu sur argentaire.com (et pas mal partout sur le web)

Cette jolie fille de 25 ans cherchait un mari riche. La réponse qu’elle a reçu de ce millionnaire n’a pas de prix !

 Une jeune fille américaine de 25 ans n’a rien trouvé de mieux à faire que de poster une annonce sur le site Craigslist pour obtenir des conseils sur la façon de trouver un mari très riche! Estimant sa beauté comme une arme imparable, elle ira même jusqu’à dire qu’elle mérite au minimum un mari avec un salaire annuel d’environ 500.000 de dollars!

 

“Je vais être honnête. J’ai eu 25 ans cette année. Je suis très jolie, j’ai du style et du bon goût. Je souhaite épouser un homme qui gagne un salaire annuel de 500 000 $ ou plus. Vous pourriez penser que j’en demande trop, mais la classe moyenne, à New York, gagne un salaire annuel d’un million de dollars.

Mon exigence n’est pas élevée. Est-ce qu’il y a quelqu’un, dans ce forum, qui a un salaire annuel de 500 000 $ ? Êtes-vous tous mariés ? Je voulais vous demander : que dois-je faire pour me marier avec des personnes riches comme vous ?

J’ai déjà été fiancée à des hommes qui gagnent de 200 à 250 000 dollars pas plus…mais 250 000 dollars ce n’est pas suffisant pour que je puisse vivre dans les beaux quartiers de New-York. 

 

Une brillante réponse d’un banquier à son annonce a rapidement fait le tour du web:

 

“Mademoiselle,

J’ai lu votre article avec un grand intérêt. Sachez qu’il y a beaucoup de filles, ici, qui se posent des questions similaires à la vôtre. Permettez-moi donc de me livrer à une analyse financière de la situation.

Mon revenu annuel est de plus de 500 000 $, ce qui correspond à vos besoins. Alors j’espère que tout le monde sait que je ne suis pas en train de perdre mon temps ici.

Du point de vue d’un homme d’affaires, ce serait une très mauvaise décision de se marier avec vous.

Soyons clairs, ce que vous essayez de faire est échanger de la « beauté » contre de l’« argent ». La personne A offre la beauté et la personne B paie pour cela.

Cependant, il y a un problème. Votre beauté va se faner, mais mon argent ne disparaîtra pas sans une bonne raison. Le fait est que mon salaire pourrait augmenter d’année en année, mais vous ne pouvez pas être plus belle année après année.

Ainsi, ‘en termes économiques’, vous êtes un passif qui subit une dépréciation et je suis un actif qui produit des dividendes. Et ce n’est pas seulement une dépréciation normale, c’est une dépréciation exponentielle!

Soyons plus précis: Vous avez aujourd’hui 25 ans, vous êtes belle et sans doute le resterez vous durant les 5 ou 10 années à venir. Mais chaque année un peu moins, et quand vous vous comparerez à une photo prise aujourd’hui, vous constaterez combien vous avez vieilli. Cela signifie que vous êtes aujourd’hui dans la ‘phase de croissance’, c’est donc le bon moment pour vous vendre mais non pour vous acheter.

Par conséquent, toujours en termes économiques, le mariage (qui est un “buy and hold”) avec vous n’est pas une bonne affaire à moyen ou à long terme. En revanche, la location pourrait être, en langage commercial, une affaire raisonnable que nous pouvons discuter. Je pense que si vous fournissez la garantie “bien élevée, avec de la classe et merveilleusement belle”, je pourrais très probablement être le locataire de ce “produit”. Cependant, je souhaite faire, ce qui est une pratique habituelle en affaire, un essai. C’est à dire un “test drive” avant de concrétiser l’opération.

En espérant que cette réponse vous aura été utile. 

 

Cordialement,

 

Un millionnaire”

MON LIVRE « L’ARGENT DES AUTRES » EST DISPONIBLE EN LIBRAIRIE DEPUIS LE 26 JANVIER, OU ICI: (VERSION PAPIER ET ÉLECTRONIQUE)

L'argent des autres

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Avant-propos de « L’argent des autres »

Comme Amazon.ca vous offre gratuitement de lire l’avant-propos de mon livre, j’ai pensé le recopier ici pour les intéressés:

 

Avant-propos

J’ai eu l’idée de réunir ces chroniques, publiées dans différents médias depuis 2008 jusqu’à aujourd’hui, alors que je faisais le ménage dans mes dossiers. Lorsque je me suis mis à en relire quelques-unes pour le plaisir, une chose m’a frappé : un journal pourrait publier la plupart d’entre elles demain matin et les textes seraient tout aussi pertinents.

Certes, la plupart de mes textes possèdent un élément intemporel. La raison étant que j’ai toujours essayé, dans mes chroniques, d’expliquer un principe économique général à partir d’un événement de l’actualité. Je suis plus un pédagogue qu’un reporter. Mais surtout, ces textes demeurent à propos pour une raison simple : rien n’a fondamentalement changé au Québec depuis que je les ai écrits.

L’État a toujours un problème de dépense, et non de revenus. Année après année, nous continuons de vivre au-dessus de nos moyens. Et lorsque notre carte de crédit collective déborde, on hausse les taxes et les tarifs des contribuables comme par réflexe.

On pige dans le contribuable comme on le faisait dans le jeu de mon enfance : « Opération ». Vous et vos amis deviez aller chercher des petits objets dans les cavités d’un patient avec des petites pinces, tout en évitant de toucher les bords. Sinon, c’était le choc électrique! À chaque budget, nos décideurs se demandent comment mieux fouiller dans le contribuable sans qu’il ne s’en rende trop compte. Pour qu’il puisse rester là, comme un con, pendant qu’on continue de lui sortir tout ce qu’il a dans le ventre.

Dans le but, surtout, de maintenir le train de vie de l’État et de ceux qui s’y collent. Car il est là, le problème. Nous avons érigé un gros État avec une foule de programmes sociaux en nous faisant croire que c’est pour le « bien commun ». La réalité est plutôt qu’aujourd’hui, de plus en plus de gens s’efforcent de vivre aux dépens de ceux qui payent. Chaque groupe de pression défend son « acquis », et le gouvernement semble d’abord préoccupé par le bonheur et le maintien des privilèges de ceux qui travaillent en son sein. Et si, après, il reste un peu d’argent, on verra si on peut donner des services aux citoyens.

Et cela, peu importe le parti au pouvoir. Car même si les coffres se vident et que la dette collective s’accumule, les différents partis rivaliseront en promesses coûteuses la prochaine élection venue. Ce n’est pas pour rien que H.L. Mencken, un illustre écrivain américain, a écrit : « les élections sont une sorte d’enchère d’objets volés, organisée à l’avance ».

C’est malheureusement ce qui arrive quand on se donne le pouvoir de dépenser l’argent des autres.

Mais comme le veut le dicton, vaut mieux en rire qu’en pleurer. Et c’est pourquoi j’ai pris soin d’inclure dans ce recueil des textes teintés d’humour. Mon but est d’abord et avant tout de faire passer un bon moment au lecteur. Cet ouvrage n’a pas la prétention d’être un guide d’éducation économique ni un traité savant. Il s’agit de mon opinion seule. Voyez-le plutôt comme un outil qui aide à voir au travers de la propagande des nombreux groupes organisés. Je préfère toutefois vous avertir : après sa lecture, vous ne lirez plus les journaux de la même façon.

Comme mon but était d’offrir aux lecteurs et lectrices un ouvrage intemporel, certains ajustements de forme ont été apportés aux textes. Par exemple, j’ai supprimé certaines références à l’actualité du moment de parution pour les remplacer par des références plus actuelles, ou par des formules plus générales. Des chiffres et informations ont également été mis à jour, tandis que certains textes ont été fusionnés pour réunir l’ensemble de mes arguments sur un sujet donné, ou pour éviter les répétitions.

Mais le fond de l’argumentaire n’a pas changé, n’en déplaise à mes détracteurs.

 

David Descôteaux

 

Les chapitres se divisent ainsi:

ÉCONOMIE 101 : CE QU’ON VOIT ET CE QU’ON NE VOIT PAS

LES VACHES SACRÉES

ÉTATISME SAUVAGE

CAPITALISME DE COPINAGE

UN GRAND TEST S’EN VIENT

AU CANADA ET AILLEURS

 

Bonne lecture!

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